‹ Les Premières illustréesChapitre 71 sur 97 · MA GOUVERNANT · texte numérisé non relu

MA GOUVERNANT

ne partage ni sa foi ni ses espérances. Célestin, lui, eslle contraire d'un savant : c'est un amoureux. Il aime M,,,r Chamorin à en perdre le peu d'esprit qu'il a. Car Chamorin est marié. Jamais on ne vit un mari plus extraordinaire ; c'est un mari honoraire et volontairement honoraire. Un jour il a dit à son vieil ami le notaire I'.onnardel : « Dis donc, mon vieux Bonnardel, tu serais bien gentil de me trouver une petite femme qui remettrait des boutons à mes chemises; ferait mes comptes, tiendrait mon ménage. Tu sais, moi, je n'y entends rien à toutes

ces affaires-là. Mais c'est une gouvernante que je veux, ce n'est pas une épouse. Une épouse, je n'en ai que faire, tu le sais bien ; pour moi l'amour n'est rien, et la science est tout. Je n'ai le temps ni de roucouler ni de faire le joli cœur, ni même de remplir les obligations ordinaires d'un mari. Ma devise est: Pas de femme!... Tu vois ce qu'il me faut, tache de me le trouver.

Bonnardel qui, pour un notaire, a l'esprit un peu aventureux, s'imagine que Chamorin exagère son détachement des choses auxquelles le commun des hommes attache tant d'importance, et il a l'imprudence de lui offrir la main de sa pupille. Chamorin accepte. Mais il n'a pas exagéré, et au bout de plusieurs

mois de mariage, M,,,r Chamorin est aussi pure qu'au jour de sa naissance. Gela

l'étonné un peu, mais c'est une petite provinciale assez bornée, et son étonne-

Page 1