MA GOUVERNANTE
nient se maintient dans les limites d'une sage résignation. I ne seule chose l'inquiète, c'est la présence du préparateur Cèles tin sous le toit conjugal. Kilo aussi, elle a aimé Gélestin, et elle l'aurait épousé si son tuteur j avait consenti. Bonnardel prend même occasion de cet amour réciproque des deux jeunes gens pour effrayer Ghamorin et lui taire entrevoir les dangers qu'il courl en persistant à considérer sa femme comme une simple gouvernante. « Oh : c'est cela qui m'est
égal, répond celui-ci avec cette impassibilité sereine que donne l'amour de la science. S'ils s'aiment, eh bien ! qu'ils se marient, les pauvres enfants. Je veux bien divorcer, moi, si cela leur fait plaisir. » Bonnardel insiste, mais il en est pour sa peine, et Chamorin, plus détaché que jamais, retourne à son affaire. Il fait bien d'y retourner, caries efforts de son génie vont être couronnés de succès. Jl a entin découvert ce qu'il cherche depuis longtemps — la production artificielle du diamant. Tout à la joie du triomphe, il offre un dîner somptueux à tous ses amis, mais comme il veut que ce soit franchement gai, il exige qu'il n'y ait pas une femme, pas une seule. Et là-dessus il part pour Paris, où il va tâcher de tirer de sa découverte le meilleur parti possible.
C'est cette donnée, Qnement et parfois même largemenl exposée dans le premier acte, que l'auteur d'une Mission délicate a développée dans sa nouvelle comédie. Et vous le voyez, C'est bien d'une comédie dont il s'agit. Bien qu'un peu grossi, le personnage de Chamorin est intéressant, parce qu'il est vrai, el il est mis en scène avec beaucoup de verve et de netteté. A mon gré, ce premier acte est le meilleur de la pièce, qui, malheureusement, ne tarde pas a s'égarer dans le pur vaudeville. Chamorin a tout de suite vendu sa découverte pour la
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somme de trois millions. Mais, au lieu de rentrer à Orléans, il est resté à Paris, où il s'est mis à mener une vie de polichinelle. Maintenant, il renverse sa proposition : la science n'est rien et l'amour est tout. Dès son retour, il l'avoue à Bonnardel dans une jolie scène, où nous retrouvons quelque chose de la justesse d'observation dont l'auteur nous avait donné tant de marques au premier acte. Chamorin, désormais, ne pense plus qu'aux femmes ; mais pendant son absence, le cœur de M,,,e Chamorin, lui aussi, s'est réveillé, et quand Célestin se décide à partir, c'est elle qui le retient. Il y a mieux : puisque le divorce est possible, Célestin demande la main de M""' Chamorin à Chamorin lui-même. Celui-ci, qui n'a pas encore revu sa femme, consent. Mais, à peine l'a-t-il revue, qu'il se repent d'avoir consenti. Les choses se compliquent d'une histoire de
procès-verbal assez plaisante. Dans le wagon qui le ramenait à Orléans, Chamorin a été pincé par le contrôleur en compagnie d'une cocotte au moment où il embrassait celle-ci de trop près. Pour atténuer le scandale, Chamorin s'est donné pour le mari de la belle, et le procès-verbal tombe entre les mains de MnK Chamorin, qui se prépare à en faire usage pour obtenir le divorce à son profit.
Le troisième acte est plein de quiproquos et de coq-à-1'àne. Ce qu'il y a d'un peu languissant et vide dans l'action est suffisamment dissimulé par l'adresse, la gaieté et l'imprévu du dialogue. Le dialogue ! C'est par là que l'auteur du Conseil judiciaire révèle ses précieuses qualités d'homme de théâtre. Même quand ils ne sont pas dans la vérité dramatique, ses personnages parlent toujours le langage dramatique, et, à cause de cela, il est rare qu'ils ne nous amusent pas dans l'instant tout au moins où nous les écoutons. Inutile de vous dire que les choses s'arrangent comme il faut. Chamorin, devenu éperdument amoureux de sa « gouvernante », rentre en grâce auprès de « sa femme», et quand le rideau tombe, nous avons la rassurante impression que le ménage Chamorin va désormais goûter en paix toutes les joies de l'amour permis.
Le succès de Ma gouvernante a été très vif, et je ne serais pas surpris qu'il égalât celui de la Mission délicate.
L'interprétation est bonne. M. Saint-Germain est tour à tour un chimiste