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DURAND ET DURAND

Dl' RAM") ET DURA M'.

Au second acte, maître Durand est dans son cabinet; à la veille de se marier, il tient à liquider sa situation de garçon et il a préparé toute une liasse de lettres d'amour que son domestique doit rendre à M"« du Clos-Vougeot quand elle viendra les demander; arrive l'épicier très ennuyé; Goquardier et sa femme veulent absolument voir le sanctuaire où il prépare ses superbes morceaux oratoires qui rendent à la société les criminels les plus avérés ; justement maître Durand a a sortir; cela tombe à merveille et l'épicier, sa femme et le beau-père restent seuls ; Coquardier est occupé à examiner en connaisseur les mille petits bibelots qui garnissent les meubles, quand entrent M"1 de la Haute-Tourelle et sa fille, la fiancée de maître Durand ; la conversation s'en gage et la noble dame apprend avec stupeur, de la bouche même de Coquardier, que sa demoiselle ne saurait épouser le célèbre avocat, puisqu'il est déjà marié à sa fille à lui: le futur est tout bonnement cet intrigant d'épicier qui s'est

affublé du titre de son cousin pour

faire la chasse aux héritages. M de

la Haute-Tourelle trépigne de fureur;

sa fille est indignée, Coquardier se

démène comme un possédé et, pour

combledemalbeur.M"" Durand trouve

les lettres de M110 du Clos-Vougeot,

qu'elle croit adressées à son mari. Ici,

la scène devient de l'épilepsie; tous ces gens huilent ,

vocifèrent, jurant de se venger; le bègue Javanon,

relégué dans un salon voisin pour y écrire ce que

son défaut de prononciation l'empêchait d'énoncer,

vient se mêler à ce tobu-bobu indescriptible en bran-

dissant un cahier de papier, et enfin, pour brocher sur le tout, le vrai Durand fait irruption au milieu de ces énergumènes, qui mettent au pillage son cabinet de travail, éparpillant les dossiers et" brisant les potiches. — Mon gendre, tout est rompu, lui crie la douairière, et elle sort avec sa fille, laissant l'avocat abasourdi.

Le troisième acte se déroule au Palais de Justice, où tout s'explique; en vain le faux Durand a-t-il endossé une robe d'avocat pour continuer à donner le change à sa femme et à son beau-père, qui veulent entendre une de ces magnifiques plaidoiries qui l'ont rendu célèbre; un huissier du palais découvre le pot aux roses, et le faux Durand, conspué de sa nouvelle famille, est décidé tout d'abord a mettre fin à ses jours; mais il réfléchit qu'il est riche, qu'il pourrait vendre sa boutique et qu'alors, n'étant plus que rentier, il serait encore un parti fort sortable ; Coquardier et sa fille goûtent le raisonnement et pardonnent; quant au vrai maître Durand, il épousera M"' de la Haute-Tourelle.

Tel est, exposé aussi brièvement que possible, ce vaudeville, qui a provoqué des éclats de rire non interrompus de la première à la dernière scène; mais ce dont cette rapide analyse ne saurait donner une idée, ce sont les mots s'éparpillant en gerbes, les saillies originales et les drôleries qui éclatent le long de ces trois actes comme des pétards; entre autres inventions, celle du bègue Javanon qui demande une consultation en chantant, pour ne pas bégayer, est certainement une des cocasseries plus amusantes qui aient jamais été mises au théâtre.

Ce'te comédie fait le plus grand honneur à M. Ordonneau, l'auteur des Petites Godin, et à M. Valabrègue, l'auteur de l'Homme de paille et du Bonheur conjugal.

Quand une pièce a la valeur de celle-là, il est rare qu'elle ne rencontre pas des interprètes à sa taille; ces interprètes, Durand et Durand les a trouvés en M. Dailly, absolument remarquable de finesse et de verve dans le rôle de l'agronome Coquardier, sa meilleure création, à notre avis; en M. Milher, tout à fait épique dans le rôle du bègue Javanon, un rôle épisodique de trente lignes qu'il a mis au premier plan, en MM. Calvin et Numa, tous deux fort amusants, le premier dans le rôle de l'épicier, le second dans le rôle de l'avocat ; en M'"" Mathilde et Lavigue, dont l'éloge n'est plus à faire; et enfin, en Mlles Descorval et Berge, l'une sous les traits de la soubrette délurée qui n'ose pas faire danser l'anse du panier devant des portraits de magistrats, l'autre dans le personnage de la femme de l'épicier.

Oui, cette fois, monseigneur le rire vient de rentrer pour tout de bon dans son vieux Palais-Royal, et il y restera, soyez-en sûrs, la saison actuelle durant et durant une bonne" partie de la prochaine.

DISTRIBUTION DE LA CREATION

Coquardier. . . MM. DAILLY.

Albert Durand . CALVIN.

Javanon .... MILHER.

Barbatier. . . . PELLEK1N.

Durand NUMA.

Charvet .... VICTORIN.

Théodore. . . . BOUCHET.

Chamelle. . . . FERDINAND.

Haute-ïoi iiei.le. M""- MATHILDE.

Pâquerette. . . LA VIGNE.

Loiise BERGE.

Clarisse .... DESCORVAL

Irma CLEM.

RlGOBERT

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