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PAROLES DE MM. LETERRIEI5 ET VANLOO. — MUSIQUE DE M. SERPETTE

Représenter pour la première fois sur le théâtre des Bou/fcs-Parisicns le ::n mars 1881 trice •. M""' Ugalde. — général : M. Desamï

La Gamine de Paris rentre dans le genre des pièces des anciennes Folies- Dramatiques : beaucoup de gaieté saupoudrée d'une pointe de sentiment.

Moi Pépin, 011e d'un fripier du Temple, se rend a la mairie, où M. le maire va mettre sa jolie petite main dans celle du peintre en bâtiment Romulus, quand elle apprend que son amie Cœlina, la propre nièce du baron el de la baronne de la Roche-aux-Mouettes, qui aime un jeune homme nommé Hercule, va être mariée par force au prince des Acacias. Nini est bonne fille, elle aime tendrement Cœlina et elle ne saurait être heureuse en sachant que son

amie souffre; aussi, au lieu d'aller à la mairie, pénètre-t-elle, suivie de toute la noce, dans l'hôtel des de La Roche-aux-Mouettes, dont c'est justement soir de réception. En vain elle essaye d'attendrir la féroce tante; heureusement Nini découvre des lettres d'amour fort compromettantes dans la poche d'une des rohes de la baronne, et, au troisième acte, qui se déroule dans le vestibule du tbéàtredela Gaîté, où l'on donnait la première représentation de la Grâce de Dieu, tout s'arrange; on envoie le prince des Acacias attendre sous l'orme, et Cœlina épousera Hercule, en même temps que la Gamine deviendra M"" Romulus.

Sur ce livret gai et bon enfant, qui a fait beaucoup rire, M. Serpette a brodé une musique gracieuse et délicate qui peut compter au nombre de ses meilleures partitions.

C'est Mlle Marguerite Ugalde qui joue Nini Pépin ; excellente chanteuse et comédienne délurée, elle a partagé le succès de la soirée avec M"1' Milly Meyer, qui déploie une verve étourdissante dans le rôle de la baronne de La Roche-aux-Mouettes; M"' Cilberte est une Cœlina agréable à voir et aussi à entendre; enfin, MM. Maugé, Piccaluga et Lamy sont ce qu'ils sont toujours, c'est-à-dire excellents.

DISTRIBUTION DE LA CREATION

Rocue-aux-Mouittes . . . MM. MAUGfi.

Romulus PICCALUGA.

Heiîcui.e LAMY.

Eugène GOURDOX.

Glousse M. JAXNIX.

Titine M-" M. UGALDE.

La baronne MILLY-MEYER

Cœlina GILBERTE.

l'uris. — Maison (Juautiu, 7, rue Snint-B'. uni

PROSERPINE

piesnpiim

DRAME LYRIQ1 ; l N Ql tfRE . Paroles de M. Loris GALLET (d'après AUGUSTE \ U3Q1 ERIE) Musique de M. CAMILLE SAINT-SAËNS

Représenté pour la première fois sur le théâtre national de POpéra-Comique le IH mars (887.

Directeur : M. Cakvalho. — Secrétaire général : M. Édooabd Noél.

M. Auguste Vacquerie était un tout jeune homme voguant en plein romantisme lorsqu'il écrivit, en vers élégants et de Gère allure, la tragique histoire de Proserpine dont M. Camille Saint-Saëns s'est inspire. Elle est, en effet, forl tragique, cette aventure qui, dans le livre, se déi par deux coups de poignard, mortels tous les deux. \u théâtre, et surtout sur une scène où il esl d'usage que les héroïnes se marient, il a fallu l'adoucir. Vngiola survit à sa blessure; Proserpine seule tombe el ne se relève pas.

Vous avez certainement lu le livre : je n'ai donc à vous parler que du livret. Nous sommes a Rome, à Naples, à Florence, où vous voudrez. Des costumes, de très élégants costumes dessinés par M. Thomas, el une date mise en tête de la brochure nous indiquent seulement que la scène se passe au xw siècle, en Italie.

Jeunes seigneurs et jeunes femmes sonl réunis dans les jardins du palais

de Proserpine, ombragés de grands arbres, avec un portique devant lequel s'étalent des sièges recouverts de riebes étoffes et uu lit de repos. « Nous appartenons tous à Proserpine », ebante le seigneur Ercole, mais

Nul no peut dire à qui Proserpine appartient.

Voilà qui suffit, n'est-ce pas? pour vous indiquer que cette Proserpine est une

divinité n'ayant rien de commun avec celle qui préside aux ébats infernaux.

Courtisane célèbre par ses caprices autant que par sa beauté, elle ne marche que suivie d'un nombreux cortège d'adorateurs, et ceux qu'elle désespère sont ceux qui peuvent le plus espérer.

Sabatino est assez naïf pour ne pas les comprendre; las de subir les humiliants refus de la belle, il prend un jour la résolution de se marier. Et il en parle à son ami Renzo, lequel a une sœur charmante, jolie, délicieuse, répondant au doux nom d'Angiola et dont la ïertu est enfermée dans les quatre murs d'un couvent. Ma sœur, lui dit Renzo, est « pure comme la Madone » et je ne te la donnerai que lorsque tu auras bu jusqu'à la dernière goutte le calice des plus honteux plaisirs. S'il ne lui dit

pas tout à fait cela, du moins lui dit-il quelque chose d'approchaut et qui

conclut ainsi, dans la poétique version de M. Vacquerie :

... Par la vérité nue!

Pour obtenir ma sieur, donne aux filles tes nuits. D'abord, comme j'adore Angiola, je suis Charmé qu'elle n'ait pas un in, m grave et triste. Un monsieur prude, un sombre et vil séminariste. Puis je suis convaincu...

Enfin, Renzo est d'avis que le meilleur moyen d'assurer la tranquillité du foyer domestique, c'est que, avant d'y prendre place, le mari se soit fort diverti.

Et Renzo ne donnera la main de sa sœur à Sabatino que lorsque celui-ci aura triomphé de la résistance de Proserpine, résistance inexplicable d'ailleurs, étant donnés les agréments physiques et la proverbiale générosité de Sabatino. Que tout au moins l'expérience soit tentée, et qu'elle le soit loyalement.

Peine perdue! Proserpine s' obstinant à jouer le même jeu, Sabatino continue à ne rien y voir, et Reuzo, désespérant d'achever l'éducation de son futur beau-frère, finit par céder. Proserpine pousse un rugissement de panthère

PROSERPINE

blessée en apprenant par le seigneur Orlando le prochain mariage il*1 Sabatino et d'Angiola.

. ... Ces choses là s'apprennent d un passant ! On les aime, ellesl On les é] se!

Proserpine se vengera.

Elle a précisément sous la main, pour servir d'instrument à sa vengeance, certain bandit nommé Squarocca, proche parent de Saltabadil, qu'un sbire menait pendre et dont elle a racheté la liberté pour l'aire de lui son amant.

Deuxième acte: l'intérieur d'un couvent. Voici les nonnes el la sœur tourière , les nm ices et la mère abbesse. Et tandis que i'Avi se chante dans la chapelle, la cloche tinte et annonce le ûancé attendu. Rien du Domino noir, dirons-nous dans ce langage familier dont, pour ces choses familières, il est commode quelquefois de se servir. Ce tableau n'est pas dans le poème de M. Vacquerie : il convient donc d'en faire honneur à

l'inspiration de l'ingénieux librettiste. Et j'avoue que. musicalement, il est on ne peut mieux réussi.

Sabatino. introduit par son ami Renzo, et 1res séduisant d'ailleurs dans son costume de chanteur florentin, n'a pas de peine à toucher le petit cœur de l'innocente Angiola. Et, avant échangé leurs anneaux, ils chantent :

Effeuillons en riant la Heur de la jeunesse, Hors do non:- ne comptons j>t u ~ rien...

Squarocca, qui s'est glissé dans. un groupe de mendiants et de pèlerins, trouve Angiola fort à son goût.

Ali! l'ingénue adorable!

Moi qui ne crains ni Dieu ni diable,

Pour elle, en ce joli couvent,

Je rnr 1er. lis frère servant !

Vrais vers d'opéra-comique el galamment tournés, o'est-ce pas?

Sabatino est parti en avant pour aller préparer les relais et le souper qu'il compte offrir le lendemain à Renzo et à angiola.

i ne sorte de hutte, nous dit le livret, faite de branchages et de quartiers de roches, abri perdu dans la montagne, sert de refuge à la bohémienne Proser-

pine et à son complice Squarocca. Celui-ci rend compte de sa mission et annonce l'arrivée de la chaise de poste qui, en se brisant, par suite d'un accident habilement préparé, mettra Angiola aux mains de sa rivale. Et tout arrive comme il le dit, à cela presque des carabiniers qu'on n'attendait pas forcent Proserpine à fuir, délivrent la jeune captive et s'emparent de Squarocca.

Nous allons retrouver au dernier acte Proserpine repentante, et faisant dans les termes les plus brûlants l'aveu de son amour. 11 est trop tard. Et d'ailleurs Angiola va venir. Elle entre, tout émue, toule haletante :

Ces soldats que Renzo congédie

Ont fait le dénouement

De cette tragédie. ; '

Vous avez failli perdre Angiola!

Quant au dénouement de la pièce, je l'ai suffisamment indiqué pour que le lecteur apprenne sans surprise que Proserpine se tue après avoir donné à la fiancée de Sabatino un coup de stylet dont celle-ci, fort heureusement, ne mourra pas.

Il paraît que M. Saint-Saëns, ayant compris tout le parti que l'on pourrait tirer, en le transportant au théâtre, du dramatique poème de M. Vacquerie,

avait d'abord résolu d'en faire un opéra italien. 11 a complètement changé d'avis depuis : c'est sur un texte français qu'il s'est exercé, et ce n'est point du tout à l'italienne quesa partition est traitée, dans les deux derniers actes principalement.

Jadis grand admirateur de Richard Wagner, M. Camille Saint - Saëns [tasse aujourd'hui pour un dissident. Les fidèles le qualifient même plus sévèrement. On raconte qu'un soir à Munich (n'était-ce pas après une représentation de la Valkyrie?), étant a table avec quelques artis-

PROSERPINE

trs qui exaltaient à qui mieux mieux le génie du maître, dans le feu de la discussion, il brisa son assiette. J'imagine qu'il a dû en ramasser les morceaux. On peut rester un apôtre très convaincu, tout en discutant, mê avec

une certaine vivacité, quelques points obscurs d'une religion nouvelle, i I

kf~

M. Camille Saint-Saëns, un musicien qui vaut la peine qu'on l'écoute, a bien pu exprimer librement son opinion, sans faire pour cela un acte d'apostasie, sans qu'on soit en droit de lui dire qu'il brûle ce qu'il a adoré. El puis, quoi de plus facile à briser qu'une assiette, quand il n'j a plus rien dedans? Je ne prétends ni raviver une querelle à peu près éteinte, ni défendre un confrère qui est de taille à se défendre tout seul. J'ai voulu seulement rappeler un incident dont on s'est fort ému en Allemagne et dont on a peut-être eu tort de tant s'émouvoir.

Pourquoi ces phrases typiques si fréquemment el si habilement ramenées;

LES l'IiEMIEUES ILLUSTRÉES.

pourquoi celte importance symphonique donnée à l'orchestre; pourquoi cette variété dans le coloris instrumental; pourquoi cet enchaînement de scènes à la place de morceaux étiquetés; pourquoi cette forme dialoguée qui, à de très rares exceptions, persiste d'un bout à l'autre de l'ouvrage; pourquoi ce parti pris de rompre avec les vieux usages et les vieilles formules, s'il est vrai que l'auteur de Proserpine ait renié ses croyances et déserté le culte de celui que ses fervents disciples appellent le vrai Dieu?

Atteints de wagnérisme, nous le sommes à peu près tous, à des degrés différents peut-être; mais nous avons bu, nous buvons et nous boirons à la

gm

même source, et la seule précaution à prendre est de n'y pas noyer notre personnalité.

Celle de M. Saint-Saëns est trop vivace pour qu'elle puisse courir le moindre danger. Je la retrouve dans cette piquante scène dialoguée qui ouvre le premier acte, dans la jolie sicilienne que chantent Orlando et Ercole, dans la pavane que suit un poétique adagio; dans le chant de fête des invités de Proserpine, et dans le deuxième acte tout entier, depuis l'Ave Maria jusqu'au finale, une des pages les plus ravissantes, les plus mélodiques, les plus ingénieusement développées qui soient sorties de l'imagination et de la plume de M. Camille Saint-Saëns.

Le public ne s'y est pas trompé; il en a même subi le charme irrésistible au point de le faire recommencer. Un anale bissé, je crois que cela ne s'était jamais vu.

Dans le duo qui précède, les deux amants, au comble de l'ivresse, avaient bien un peu chanté à la tierce et à la sixte, sans doute dans l'espoir de flatter le goût des habitués de la maison; mais c'est à l'ensemble final où les voix sont

PR0SERP1 NE.

si habilemenl groupées que les applaudissements les plus enthousiastes onl été réservés.

L'emploi des procédés particuliers à la nouvelle école est-il plus fréquent ou plus nettement accusé dans 1rs deux derniers actes que dans les deux premiers? G'esl bien possible. El c'esl peut-être pour cela qu'ils onl produil moins d'effet. .l'\ relèverai cependant comme des spécimens Franchement mélodiques el donl la forme n'a absolument rien d'indécis, la phrase de Proserpine : « Non : je me donne à lui, lui seul est mon vainqueur », la strette du duo entre Proserpine et Angiola, l'air de Sabatino : « Vprès ces cœurs flétris, cette àmc virginale »; YaUegro du duo final, el d'autres encore qui mit pu m'échapper : la chanson à boire de Squarocca, par exemple.

Je suis vraiment heureux chaque fois que je puis adresser à une cantatrice autre chose que d'aimables banalités. El M11, Caroline Salla esl bien certainement, parmi nos chanteuses modernes, une de celles que j'entends avec le plus de plaisir et que je loue le plus volontiers. J'aime ses emportements et ses violences, même quand elle les exagère un peu : j'aime le timbre harmonieux de sa voix; j'aime son talent d'excellente musicienne aussi.

Elle a été superbe et touchante dans ri' mie de Proserpine, fort difficile à jouer,

et qui, à Vrai dire, n'est [tas

des plus sympathiques. Je contresignerais, si ce n'était pas là chose superflue, le brevet île grande cantatrice

(|UC M. Auguste Vacquerie

lui a décerné. \ côté de M Caroline Salla, M11" Simonne! a l'ail applaudir la grâce naïve de son jeu el l'élégante souplesse de sa jolie voix. M. Taskin est, dans le rôle de Squarocca, aussi parfail qu'on peut le désirer; M. Cobalel s'est tort distingué dans celui de Kenzo, et j'adresse tous mes

compliments au gentil ténor découvert par monéminenl confrère m. foncières,

au ténor du Chevalier Jean, à .M. Lubert.

Orchestre de premier ordre, très habilemenl conduit; riche mise en scène,

beaux décors et jolis costumes dont le dessinateur mérite d'être c plimenté.

C'est aussi par la que j'ai commencé. Encore un motet j'aurai tout dit. La parti

lion de Proserpine, admirablement écrite, il n'est pas besoin d'j insister, est une

œuvre fort intéressante, mais un peu complexe, qui ne se révélera pas du premier coup, même à ceux qui sont capables de la bien juger. L'Opéra-Comique, dont l'heureuse veine semble inépuisable, tient néanmoins un nouveau succès, et qui donnera peut-être à M. Carvalho l'idée de reprendre la Princesse Jaune, cette originale fantaisie qui fut représentée il y aune quinzaine d'années sous la direction de Camille du Locle et qu'on n'a pas réentendue depuis.

Ernest Rêver.

DISTRIBUTION DE LA CRÉATION

Sabatino MM. LUBERT.

Sqimocca TASKIN.

Renzo C.OBALET.

Orlando HERBERT.

Enioi.o COLLIN.

Filippe CAISSO.

Gil BARNOLT.

Prdserpine M"'cs SALLA.

Akgiola SI MONNET.

Le Roi malgré lui

Directeur : M . Carvalho Secrétaire généra] : M. E. Noèi

Henri de Valois s'ennuie. On l'a fait roi de Pologne, mais il regrette le temps où il était simplement duc d'Anjou. Son rêve est de sechappcr de ses États, de

brûler la politesse à ses sujets, qui se sont constitués ses geôliers, et de regagner la France. Pour réaliser son projet, il prend le nom d'un de ses favoris, — le comte de Nangis, — et feint d'entrer dans une conjuration, ourdie par quelques nobles, aussi las d'Henri qu'Henri est las de la Pologne.

L'équipée est hasardeuse. Un instant elle menace de tourner à mal, lorsque Nangis lui-même, en courant après une aventure d'amour, vient se jeter étourdiment au milieu des conspirateurs, qui le prennent pour le roi en personne; — car, dans cet étrange pays, nul ne connaît son souverain. Grâce au doute qui plane sur son identité, Henri réussit à se sauver et déjà le voilà qui galope sur la route de France, en compagnie d'une jolie femme qu'il a détachée de la conspiration, lorsqu'il est pris et ramené par des amis zélés et trop désireux de lui conserver la couronne. Le duc d'Anjou sera roi malgré lui! Telle est la donnée empruntée par MM. de Najac et Buraui à un vaudeville de M. ou de M""- Ancelot, — je ne sais au juste, — qui moisissait depuis trente ans dans l'armoire poudreuse de quelque vieille %. bibliothèque.

On pouvait en faire, au choix, un opéracomique, dans le goût de Scribe, ou une opérette, dans la manière de Clairville. Les auteurs du Roi maigre lui n'ont jamais su prendre parti et l'on gagerait qu'en écrivant leurpiëce, l'un des deux collaborateurs souriait à M. Carvalho, tandis que l'autre faisait de l'œil à Brasseur. Ce désaccord constant, ce conflit perpétuel entre le genre et sa parodie,

LE ROI MALGRÉ l.l I.

est un embarras réel pour le musicien, qui ne sait jamais s'il doit caresser la lyre ou pincer la guimbarde. Un compositeur eûl vu le piège el s'en serait

gardé, mais M. Chabrier n'était pnsd'hi ur à faire le difficile. Depuis un quart

desièeleà peu pris, il se morfond au seuil du théâtre, el dès qu'il a vu la porte ouverte, il s'est précipité dans la place, on peut le plaindre de son imprudence, on ne saurait l'en blâmer.

Je n'étonnerai personne de ceux qui connaissent Gwendoline ou simplement Bspana, — ce tableau rutilanl des carrefours de Séi ille, — en disanl que la partition du Roi maigri lui déborde de talent. M. Chabrier esl certainement, parmi les compositeurs d'aujourd'hui, celui qui a le plusde tempérament el de verve. Peut-être même en a-t-il trop el la dépense-t-il avec excès. Ses idées mélodiques, jaillies en abondance d'une orchestration luxuriante el lancées à fond de train sur des rythmes vertigineux, passent trop rapidement devant l'oreille pour ne pas donner quelque fatigue a l'auditeur. Ivec son imagination toujours prête à L'enflammer, le compositeur s'emballe à tout propos et vous entraîne à sa suite

haletant et sans vous donner le temps de respirer. Lorsque cette fièvre est légitimée par la situation, tout est pour le mieux, et l'heureuse intempérance de M. Chabrier devient la plus précieuse des qualités; mais lorsque le drame se dérobe sous la musique, ce mouvement endiablé paraît s'agiter dans le vide.

C'est ce qui est arrivé pour les beaux morceaux d'ensemble du deuxième acte, qui n'ont pas produit la moitié de l'effet qu'on était en droit d'attendre, parce que personne, en vérité, ne pouvait prendre au sérieux les situations sur lesquelles le compositeur avait été contraint de les échafauder.

Ce deuxième acte pourtant et la meilleure partie du troisième sont de la main d'un artiste de premier ordre. c^d-"' C'est de la musique robuste et saine, je vous en réponds, et comme on n'en a pas écrite depuis longtemps. La forme n'a rien de révolutionnaire, mais l'originalité s'y fait suffisamment jour, pour qu'on devine ce que M. Chabrier ferait, s'il n'était justiciable que de son inspiration et s'il pouvait imposer son œuvre, après l'avoir conçue librement et librement exécutée.

Je ne veux pas laisser croire par mon silence que le premier acte m'ait déplu ; mais les deux derniers sont, à mon avis, très supérieurs.

En somme, l'œuvre est imparfaite, mais puissante, et l'accueil plus ou moins chaleureux que le public peut lui réserver ne modifiera point mon opinion sur la haute valeur de l'artiste qui vient de se révéler aux Parisiens. Mais quel singulier pays que le nôtre, où l'on crache sur les œuvres de génie quand elles viennent de l'étranger, et où des musiciens français, doués des dons les plus

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