‹ Les Premières illustréesChapitre 89 sur 97 · LK ROI MALGRÉ LUI · texte numérisé non relu

LK ROI MALGRÉ LUI

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merveilleux, n'arrivent à faire leurs preuves que Lorsqu'ils sont au seuil île la vieillesse!

M. Chabrier aura du moins eu crt avantage de trouver de lions interprètes

pour défendre son œuvre.

M Isaac chante, comme elle a coutume de le l'aire, avec un beau style et une brillante virtuosité. Quoiqu'il ait une grande importance musicale, le rôle qu'elle tient est médiocre; elle le joue toujours avec talent et parfois avec effet.

M. Bouvet a composé le personnage du duc d'Anjou avec beaucoup d'art, et sa jolie voix, d'un timbre si sympathique, met en beau jour toutes les jolies choses qu'on lui donne à chanter.

M. Fugère a rajeuni avec habileté un type qui a déjà trop servi : le seigneur italien ruffian et poltron à la fois. Ce bon duc de Fritelli est jaloux du roi qui fait la cour à sa femme:

bien à tort selon moi. Henri III n'était guén' redoutable aus femmes et j'ai lu quelque part — dans l'Estoile ou Michelet peut-être — qu'après cinq minutes d'amour, Henri était obligé de se mettre au lit pour trois semaines.

M. Delaquerriére lient le rôle de Nangis; il le chante d'une jolie vois el le joue avec élégance; mais s'il veut que je lui dise toute ma pensée, je dois avouer que je l'ai souvent vu meilleur que ce soir.

Quant à M Mézeray, on sait qu'elle a voulu plaider pour justifier le refus qu'elle a\ait fait de son rôle. Elle a eu tort de ne pas pousser son instance à bout. Après l'avoir entendue chanter, tous les juges lui auraient donné raison.

L'orchestre avait une tâche redoutable; il s'en est tiré à son honneur et à

celui de son chef. Mais les chœurs! Puissances divines !

Victor Wilder.

DISTRIBUTION DE LA CRÉATION

Henri de Valois MM. BOUVET.

Le comte de Nangis DELAQUERRIÈRE

Duc de FniTEi.Li FUGÈRE.

Marquis de Villeouieh BALANQUIE.

Moxgiron COLLIN.

Comte de Caïlus TROY.

Easki THIERRY.

Minka M'»" A. ISAAC.

\m\iw C. MEZERAY.

LOHENGRIN

RICHAM» WAGNEB

D V ( Fi F iS IN nF.--IN "MOI NU. DE K. GobGOET.

LOHENGRIN

OPÉRA ROMANTIQUE EN 3 V.CTES Représenté pour la première fois It 2 Mai (887 sur le théâtre d< Directeur : M. Lamourei \

Lohengrin a eu, pour des raisons que personne n'ignore, une seule représentation. Mais cette unique représentation a été un magnifique triomphe pour l'œuvre admirable, pour le sincère el passionné artiste qui l'a montée, pour les chanteurs qui nous l'onl l'ail entendre. Nier l'enthousiasme qui a accueilli l'œuvre de Richard Wagner serait une absurdité parfaite, el je ne pense pas que personne s'avise d'un tel mensonge. Il esl aujourd'hui avéré que le drame musical, tel que l'auteur de Lohengrin l'a conçu, est accepté, admiré, acclamé en France : les wagnéristes n'uni qu'à attendre l'heure prochaine où, l'imbécillité des colères faussement patriotiques enfin apaisée, ils pourront assistera la victoire paisible de l'art qu'ils onl si longtemps célébré sans espoir de voit toute la l'ouïe partager leur ardent et légitime enthousiasme.

Le prélude de Lohengrin! Jamais, depuis que l'art I tain lente d'exprimer

l'inexprimable, jamais encore il n'avait réalisé une aussi parfaite, une aussi délicieuse manifestation de l'immatériel : Lislz, Charles Baudelaire, Villiers «le l'Isle- \ihiin. d'autres écrivains non moins subtils ont essayé de traduire ce prélude dans la parole écrite ; mais, si belles que soient les pages qu'ils onl publiées, combien ils sont demeurés au-dessous de leur admirable sujet ! Nulle prose, nulle poésie

même ne saurait atteindre à la hauteur de cette nuée mélodieuse où passent des volées sonores d'anges aux ailes de cygne et que déchire un instant,

Comme un chœur de clairons éclatant h l'aurore,

la splendeur rapprochée des célestes messagers.

Puis la toile se lève. On voit une prairie au bord de l'Escaut. Devant Henri l'Oiseleur, devant la foule des seigneurs brabançons et saxons, Eisa est accusée d'avoir donné la mort à son jeune frère, accusée par Frederick, comte de Telramund. Qui la défendra, innocente et faible? Un chevalier qu'elle a vu dans un rêve. « Dans l'éclat d'une armure étincelante, un héros vint vers moi. Jamais on n'a vu encore un homme briller d'une vertu aussi pure. Une trompe d'or suspendue à ses reins, il était appuyé sur une épée d'argent. D'un air respectueux, il m'adresse une consolation. C'est sur ce chevalier que je me repose, il sera mon défenseur! » Eisa se tait, extatique, et voici que tout à coup la foule s'élance vers le rivage, épouvantée et ravie d'un miracle. « Voyez-vous! voyez-vous ! l'admirable prodige ! C'est un cygne ! Un cygne qui tire une nacelle ! Un chevalier est debout dans la nacelle ! De quel éclat reluit son armure ! L'œil est ébloui de cette lumière! Voyez-vous? Il approche. Le cygne est attaché par une chaîne d'or. » Ainsi, dans un chœur où se môle, clairement formulé par l'orchestre, le pressentiment d'une victoire prochaine, ainsi s'écrient les seigneurs brabançons pendant que Lohengrin aborde aux rives de l'Escaut. Lohengrin est accouru pour détendre Eisa de Brabant. Durant les premiers vers qu'il prononce, les voix et les instruments se taisent, afin que les spectateurs puissent nettement entendre et ne jamais oublier cette phrase céleste : « Maintenant, mon cygne aimé, grâces te soient rendues ! Retourne à travers l'onde lointaine d'où m'apporta la nacelle; ne reviens que pour notre bonheur. Adieu! adieu ! cygne chéri ! » Oh ! quels mots pourraient dire l'ineffable mélodie du chœur qui lentement, tendrement, succède a cet adieu, et qui est comme la reconnaissance ravie, par toute une foule touchée delà grâce, de la nature angélique du miraculeux chevalier. Puis Lohengrin tourne les yeux vers Eisa qui le regarde, heureuse.

— Parle, Eisa de Brabant! Si je te suis choisi pour champion, veux-tu te fier, sans craindre et sans frémir, à ma défense?

Elva s'agenouille, subjuguée par un ascendant divin.

— Mon héros !mon sauveur! Emmène-moi ! Jeté donne tout ce que je suis.

— Si je remporte pour toi la victoire, veux-tu que je sois ton époux ?

— Regarde, me voici à tes pieds, je m'abandonne à toi ; mon âme et mon corps t'appartiennent.

— Eisa, si tu veux que je m'appelle ton époux, que je défende la terre et tes sujets, et que rien ue me sépare plus de toi, il faut que tu me fasses une promesse : jamais tu ne chercheras à savoir ni de quelles contrées j'arrive, ni quel est mon nom, ni quel est ma nature?

LOHENGRIN. 233

— Jamais, soigneur, tu n'entendras de moi cette question.

— Eisa, je l'aime !

Hélas ! que l'analyse est vaine, et comme il parait rroid.ee dialogue mal

traduit en prose française, dépouillé du double enchantement de la poésie et de la musique ! Le plus incolore des mots que tous venez de lire ressuscite dans

ma mémoire d'adorables émotions ; j'entends encore li1 thème indulgent et ferme à la fois sur lequel Lohengrin défend a Eisa de lui demander le nom qu'il porte. Que puis-je faire? La parole seulement parlée est impuissante à révéler les charmes de la parole mélodique. L'inexprimable ne peul être exprimé que par soi-même. Si vous voulez comprendre et croire, il n'y a qu'un moyen, aile/ entendre Lohengrin.

Cependant, puisque l'occasion s'en présente ici. j'essayerai d'indiquer selon quel système Richard Wagner combine l'exposition de ses drames musicaux.

Après avoir, par un prélude, transporté les spectateurs dans la sphère idéale ou réelle qui sera le milieu de l'action, ou, par une ouverture, indiqué les principaux éléments du drame, il prend soin d'établir les caractères. Établir des caractères par la musique, cela est-il possible? Par la musique seule, non. La musique, qui souligne, commente, développe, ne saurait, en aucun cas, être précise comme la parole. Ceux-là se sont trompés, volontairement ou involontairement, qui ont attribué à Richard Wagner la prétention de peindre par la note et le rythme livrés à eux-mêmes tel ou tel sentiment, tel ou tel objet. Mais établir des caractères, exprimer des passions, par la musique mariée à la poésie, cela n'est que difficile et les besognes malaisées tentent les grands esprits. Si complexe que soit l'âme d'un être humain, elle peut être révéléed'une manière générale en quelques mots, pourvu qu'ils soient suffisamment quintessenciés. Trouver et grouper ces mots selon le rythme du vers est l'affaire du poète; à la phrase parlée unir une phrase mélodique qui lui soit parfaitement appropriée et ea redouble l'effet, c'est l'affaire du musicien. Richard Wagner est un grand poète et un grand musicien. De là, si nombreux dans son œuvre, d'admirables thèmes, expression musicale des idées poétiques qu'ils accompagnent. Dès que les principaux personnages du drame wagnérien sont entrés en scène, accueillis par les sonorités de l'orchestre, dès qu'ils ont prononcé quelques paroles corroborées par quelques notes, le spectateur pourra désormais les suivre, même absents, à travers l'œuvre tout entière, car il a dans l'oreille et reconnaîtra partout la mélodie spéciale qui les distingue et les explique. Mile s'est montrée d'abord secourue parla poésie; mais, quand le sens qu'elle représente sera suffisamment compris et lié à elle, elle pourra se faire entendre seule, augmentée, diminuée, transformée même, selon les éventualités du drame, et quelquefois un lambeau de phrase, quelquefois même une seule note vaguement rappelée par un seul instrument, suffiront à rendre à l'auditoire un inonde d'impressions antérieures. Le parti qui' peut tirer le

drame lyrique de ces retours brefs et saisissants vers les caractères et les sentiments fondamentaux de l'œuvre, on peut, même d'après cette brève explication, le concevoir ; mais ce qu'on ne peut imaginer, à moins d'avoir entendu Lohengrin ou Tristan et Yscult, c'est l'emploi merveilleux que fait Richard Wagner de ce moyen créé par lui; c'est son art de faire reparaître dans l'orchestre les diverses mélodies-types, de les y fondre de façon que, très personnelles, très reconnaissahles, elles n'interrompent jamais cependant la mélodie symphonique, continue, de cet orchestre; c'est la prodigieuse émotion qui envahit l'âme lorsque, à certains moments de l'action, les thèmes s'entrelacent ou se heurtent dans les sonorités instrumentales ou chorales, en même temps que se compliquent sur la scène les mouvements tragiques dont ils sont la trame intime, toujours visible.

Ceci dit, revenons à Lohengrin. Après une simple et puissante prière adressée au ciel par l'empereur d'Allemagne, le champion d'Eisa combat Frederick de Telramund. La vigueur des cuivres scande les alternatives de la lutte. Frederick tombe; Lohengrin lui fait grâce de la vie, et alors éclate, lancé par Eisa et les cent voix du cœur, le plus fougueux, le plus irrésistible cri de victoire qui ait jamais été poussé par des poitrines humaines. Le génie même de Richard Wagner étant donné, on se demande comment il se peut qu'un homme ait atteint la hauteur d'inspiration et de science qui fait de ce finale un incomparable chef-d'œuvre.

Quand la toile se lève pour la seconde fois, la nuit règne dans l'intérieur du burg d'Anvers. Derrière quelques fenêtres éclairées, un festin célèbre la victoire de Lohengrin ; sur les marches de l'église sont assis Frederick et sa femme Ortrude, la magicienne Scandinave. Vaincus par le jugement de Dieu, ils songent en silence. Oh! qu'elle est douloureuse et haineuse, la rumeur des violoncelles qui accompagnent leur rêverie, et où par instants se font jour le thème sur lequel Lohengrin défendit à Eisa de jamais l'interroger, et la mélodie du prélude, qui est la gloire angélique du mystérieux chevalier.

— Debout, compagne de ma honte ! dit enfin le comte de Telramund; le jour nouveau ne doit pas nous voir ici.

— Je ne puis sortir. Je suis enchaînée ici. Laisse-moi sucer, aux splendeurs de leur fête, un poison redoutable qui termine notre honte et leur joie.

— Hélas ! Dieu nous a condamnés !

— Dieu! c'est ta lâcheté que tu appelles Dieu !

— Comme ce nom résonne affreusement dans ta bouche !

Et le dialogue — une des plus tragiques scènes de l'œuvre wagnérienne — se prolonge, plein de rage et de remords, jusqu'à l'heure où, dans les parfums de la nuit, apparaît au balcou Eisa innocente et heureuse. Oh! cette voix dans les ombres charmées pendant que les deux misérables guettent leur douce proie, ctqu'Ortrude, effrayante, s'écrie : « 0 aïeux chassés par le Dieu nouveau, par l'homme cruciûé! Dieux profanes, portez secours à ma vengeance! Wotan,

L'APiwr.mo:

DH1GR1N ;> VCTE I

LOHENGRIN

je t'invoque, dieu fort! Freya, déesse auguste, entends ma voix ! Bénissez en nous l'hypocrisie et le mensonge, afin que ma vengeance soit heureuse !

Puis lo drame se développe. Par miséricorde, Eisa accueille Ortrude, qui lui insuffle le poison d'une curiosité fatale. Mais la magicienne a cru en vain qu'elle pourrait toujours ramper el feindre; sa fureur crève son hypocrisie. Lorsque, le soir étanl venu, elle s'achemine, à la suite d'Eisa, vers l'église, elle peut souffrir d'être mêlée a des servantes, el elle s'abandonne a de formidables imprécations; Frederick bientôl se joint à elle, ci leurs voix blasphématoires, mêlées aux plaintes épouvantées d'Eisa, au chant angélique de Lohengrin, aux -raves paroles du roi, aux étonnements et aux colères du chœur, tonnent l'admirable et tragique ensemble qui termine le second acte.

Joyeux, clair, vivace, l'orchestre se reveille. Celle introduction, c'esl le chant des fiançailles joyeuses. En s'achevant, il se lie au chœur des jeunes ^ens et des jeunes filles qui conduisent Eisa et Lohengrin dans la chambre nuptiale, doucement éclairée; puis les voix, à leur tour, si jeunes, si fraîches, si tendres, s'éloignent et s'éteignent; les nouveaux époux sont seuls pour la première fois. Ne cherchez pas dans leurs épanchements l'amour cruellement langoureux qui attache Tannhauser à Vénus, ou la passion sanglante d'Yseull pour Tristan. L'union de deux âmes, l'hymen de deux candeurs, l'une céleste, l'autre terrestre, mais presque céleste. L'union douce à force de pureté, la fusion de deux anges en un seul ange, telle est cette nuit de noce, si beaux, si chastes, ils chantent comme on prie et leurs cœurs sont des lyres vierges.

Mais le perfide conseil d'Ortrudc s'est glissé, tentateur, dans l'espril d'Eisa. Elle voudrait connaître le nom, la nature, la pairie du héros qu'elle embrasse. En vain Lohengrin s'efforce de la détourner d'une pensée périlleuse; elle ne peut plus résister à son désir; elle prononce la question fatale. Vu même instant. Frederick, caché derrière un rideau de la chambre nuptiale, s'élance et croit surprendre son miraculeux vainqueur ; celui-ci, saisissant l'épée que lui présente Eisa, frappe le traître qui blasphème et meurt. Quant à l'épouse curieuse, c'est fait de son bonheur !<( Pour la conduire devant le roi, parez Eisa, ma douer épouse! Là, je veux lui répondre cl lui faire connaître qui je suis: ,

Comme au premier acte, les seigneurs brabançons et savons sont réunis devant le fauteuil de fer de Henri l'oiseleur. Lohengrin s'approche et dit, pendant que l'orchestre rappelle la mélodie du divin prélude : Dans une terre éloignée, inaccessible à des pas, il est un burg nommé Montsalvat. Un temple lumineux s'élève au milieu, un temple auquel la terre n'a rien de comparable. Dans ce temple est gardé, comme le saint des saints, un vase auguste el merveilleux; il recueillit le sang tombé des plaies de Jésus; il tut apporte sur terre par les anges, pour être confié aux soins des plus purs parmi les hommes ; c'est le Graall Quiconque est choisi pour le servir esl aussitôt revêtu d'une puissance surnaturelle; mais telle est la nature sublime de cette puissance, que, dévoilée, elle fuit aussitôt les regards profanes: -le vous ai été envoyé par le

Graal; mon père, Parsifal, porte sa couronne, et moi, son chevalier, j'ai pour nom Lohengrin. »

Donc le chevalier doit partir. C'est Eisa quia douté de lui, mais qu'il adore, il doit la quitter. Quelle plume pourrait raconter les adieux de Lohengrin à Eisa, les larmes de cet ange sur cette jeune fille, veuve avant d'être épouse? « Eisa, qu'as-tu fait? Maintenant, hélas! il faut me séparer de toi à jamais ! » Et voici que le cygne est revenu ! Il est temps de partir, le Graal s'irrite.

« 0 Eisa! une année seulement j'aurais voulu rester auprès de toi!» Inutiles regrets. Il s'éloigne dans la nacelle miraculeuse, vainement rappelé par l'épouse, accompagné des prières de la foule, poursuivi des imprécations d'Ortrude, et le thème angélique du prélude, traversé des cris d'Eisa, reparait dans l'orchestre plus élevé, plus clair, plus immatériel, — et si triste à présent, — pendant que le chevalier Graal s'en retourne vers les splendeurs mystérieuses de Montsalvat.

Catulle Mendès.

DISTRIBUTION DE LA CREATION

lohengbin. .

Telhamond .

Le Roi . . .

MJ1. VAN DYCK.

BLANWAERT.

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