‹ Les premières représentations célèbresChapitre 35 sur 70 · CB QUI PLAIT AUX FEMMES · texte numérisé non relu

CB QUI PLAIT AUX FEMMES

rimé, en effet, le joli conte de Ce qui plaît aux dames; mais là s'arrête le rapprochement. Selon Voltaire, ce qui plaît aux dames c'est Tamour de la domination; selon M. Ponsard, c'est... L'analjse de son ouvrage ra nous rapprendre.

Le théâtre représente le houdoir d'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Dans ce boudoir, une comtesse s'ennuie. Son cousin Gontard est auprès d'elle, essayant dô la distraire et de réveiller son cœur. La comtesse est veuve et riche ; un essaim de prétendants s'empressa autour d'elle ; le moment viendra bientôt où elle sera forcée de faire un choix parmi eux. Avant de se résoudre à cette extrémité, elle embrasse un projet que lui suggère son cousin : c'est de mettre à l'épreuve ses soupirants, quitte à accorder sa main à celui qui aura le mieux réussi à l'amuser. Ils acceptent avec transport, et en sa qualité d'inventeur, le cousin Gontard n'est pas exclu du concours. — Voilà le premier acte ; il est en prose, et Ton s'en aperçoit bien. M. Ponsard est en plein braconiiage sur les terres d'Alfred de Musset, mais il ne tire que les lapins domestiques de Wafflard.

Le second acte est en vers. Il forme une pièce à part dans la pièce. C'est une invention du vicomte d'Artas pour amuser la comtesse. Les décors, les ballets, les costumes, les ariettes, le style, tout a été spécialement composé pour elle. — On voit la reine des fées au milieu de son cortège, siégeant au bord de l'étang, près des roseaux verts ; chaque fée a un petit compliment qu'elle récite à son tour; le lutin Robin broche sur le tout en racontant les espiègle-

164 LES PEBMIÈRES EEPEéSBNTATlONS

ries dont il accable les villageois. — On ne peut refuser à ce tableau de la fraîcheur et de la grâce. — Survient un chevalier égaré dans la forêt; la reine ' des fées, qui en est secrètement éprise, lui apparaît sous trois formes successives : l'Amour des voluptés, l'Amour de lor et l'Amour du pouvoir. Olivier repousse vertueusement ces trois figures tentatrices, ce qui ne l'empêche pas, à l'imitation de Robert-le- Diable, de jouer aux dés, de boire des élixirs dans des coupes d'or et de prêter les bras aux pirouettes des danseuses. F4nûn, la reine des fées se montre au chevalier sous sa forme, véritable ; et le lutin Robin bénit un hyménée que couronnent des danses sans fin.

Cet acte est la curiosité de la pièce ; ou y sent la préoccupation des effets romantiques ou plutôt le parti pris d'une franche imitation des magies do Shakspeare et de Gœthe. Les rhythmes se déroulent et se croisent en liberté; l'idylle alterne avec l'ode; . et je ne doute pas que cet intermède ne présente un certain attrait — à la lecture. A la scèrfe, c'est diffé* rent. Le souvenir des Noces à'or, d'Obéron et de Titania cède par instants la place au souvenir des compositions anodines et merveilleuses qui se jouent, aux distributions des prix, par des demoiselles en écharpe bleue, et où se trouvent, comme au Vaudeville, des ermites à longue barbe, des troubadours, des fées déguisées en petites .vieilles à béquille. D'autres fois, la dissonance éclate brusquement ; la personnalité de M. Ponsard fait invasion dans la fantaisie*; il déclame entre deux ronds de jambe; il fustige la société sur les blanches épaules de made-?-

Page 1