CE QUI PLAIT AUX FEMMES
moiselle Delphine Marquet. — Je vous demande un peu ce que la société a à voir dans ce pot-pourri!
TJne aristocratie importe à l'équilibre; Rien ne sera debont si l'examen est libre.
Qui est-ce qui ^'exprime ainsi? C'est la reine des fées. Quels yeux doivent ouvrir les nénuphars en entendant ce lyrisme de premier-Paris!
En homnae modeste, M. Ponsard omet de nous dire l'opinion de la comtesse sur sa féerie. Il est hors de doute qu'elle a adressé les plus vifs compliments au vicomte d'Artas, — mais il ne paraît pas cependant qu'il ait remporté le prix d'amusement, .
Le troisième acte de Ce qui plaît aux femmes nous ramène à la prose et est consacré au triomphe du' cousin (Jontard. Le cousin Gontard s'est laissé paisiblement distancer par ses rivaux, et, pendant que le vicomte d'Artas demandait au romantisme ses moyens de fascination, lui les empruntait tout bonnement au réalisme. — Gontard conduit sa cousine . dans un grenier, où. une jeune ouvrière souffre de faim et de froid et se raidit de toute la force de ses pauvres bras violets contre les offres de la séduction. Cette peinture préméditée rappelle les premières lithographies; rien n'y manque, ni l'infâme entremetteuse passant un collier de perles au cou de la jeune fille, ni les géinissements de la petite sœur dans son berceau, ni l'honnête portier, ni la porte s'ôuvrant tout à coup pour livrer passage au beau monsieur et à ïa belle dame, envelopj^és de somptueuses fourrures. Il est facile de provoquer l'attendrissement par ces procédés extrêmes.' L'art n'est pour rien là-
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dedans. Un cadavre n'a pas besoin d'être signé Ponsard, pour exciter la terreur et la pitié.
Il va sans dire que la comtesse vide son porte-monnaie entre les mains d^ Touvrière, et qu'elle remercie chaleureusement son cousin de lui avoir procuré l'occasion de cette bonne action. Elle l'accepte pour époux, en convenant que ce qui plaît aux femmes, c'est... la charité. Conclusion imprévue, — mais éminemment morale !
Singulière pièce, n'est-il pas vrai? Eh! c'est cette singularité qui a fait sa réussite. Il est bien entendu que singularité n'est pas pris ici dans le sens d'originalité. Classique ou fantaisiste, correct auteur de tragédies ou léger rimeur de féeries, le sort de M. Ponsard est de demeurer constamment attaché au pastiche.»— Il serait injuste néanmoins de ne pas lui tenir compte de l'effort qu'il vient de faire pour varier son talent. J'y vois surtout le désir de réagir contre une accusation de réaction littéraire qui a toujours — et injustement — pesé sur sa carrière si droitement tracée et si honorablement parcourue.
Une seule audition de Ce qui plaît aux femmes ne nous permet pas de nous prononcer d'une manière bien définitive sur le style ; tout ce que nous pouvons en dire aujourd'hui, c'est que, sous ses nouvelles et sémillantes allures, il garde encore des tours vieillis, des épithètes parasites. La métamorphose n'est pas complète et ne pouvait pas l'être. Combien d'amis maladroits crieront néanmoins *au chef-d'œuvre, à propos de ce deuxième acte, — que trente poètes à Paris auraient écrit aussi bien, pour le moins, que M. Ponsard I Je les nomilierai quand on voudra.
mtmm.
VAUDEVILLE
Hédemption^ pièce en cinq actes et nn prologue, par M. Octave Feuillet. (Octobre 1860.)
M. Octave Feuillet ne s*est jamais. donné pour un inventeur, et il ne sera jamais pris comme tel. Venu après tout le monde, il est une aimable réduction des esprits élégants et des poètes en prose du dernier règne; tantôt il se complaît à la découpure de l'auteur tiu Caprice; d'autres fois, on le voit descendre le limpide courant des moralités dans la barque fleurie de Jules Sandeau. Son charme principal est l'égalité et le souci perpétuel du bon goût; c'en est assez pour légitimer la faveur qui accueille ses livres. Les mêmes motifs expliquent l'intérêt attache à ses tentatives dramatiques, bien que la plupart ne soient que des transplantations de ses romans et de ses nouvelles.
C'est le cas de Rédemption^ qui a huit ou dix ans de volume et qui sort d'un des meilleurs plants de M. Octave Feuillet, — retour de la Re^ue des Deux
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Mondes. Commo Dalila, Rédemption n'a eu à subir que de légères modifications pour passer du libraire cbez le directeur. On commence à s'apercevoir que tout est possible au théâtre. *
Bien n'est moins nouveau que le sujet de cette composition, dont la femme déclassée fait encore les frais. Madeleine, la comédienne adulée du théâtre de Vienne, Madeleine s*ennuie, malgré son esprit et sa beauté. Au moment où le drame s'en empare, elle est à bout de caprices notés et de fantaisies prévues ; elle commence à s'engager dans les cercles de l'ironie et de la désespérance. Oh la voit fouler d'un pied impie les dalles d'un cloître de Camaldules; on l'entend répondre par des sarcasmes aux éloquentes exhortations du prieur. Elle ne croit plus à son cœur, monceau de cendres sous la dentelle.
Sa seconde visite est pour un assez mauvais drôle d'alchimiste^ qui n'a de Rembrandt que la houppelande fourrée et de Faust que le vieux soufflet asthmatique. Madeleine est possédée de la manie des consultations. Elle interroge l'alchimiste sur toutes choses, sur le ciel, sur l'opinion, sur la vertu, sur l'or, et elle finit par lui acheter une petite fiole de ]gpison.
Vois-tu, sur cette planche, Ce flacon de couleur brune, où trempe une branche.? . Approches-en ta lèvre, et tu sauras après Si les discours qu'on tient sur les philtres sont vrais.
Ainsi parle la sorcière dans le Don Paef d'Alfred de Musset.
Jusqu'à ce moment, ces allées et ces venues, ces tirades à chaque propos, ce fantastique de troisième
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main, ces contrastes de moines et de comédiennes, tout cela, qui peut chatoyer sur le papier, a paru puéril et importun à la scène. Heureusement que les actes ou les tableaux suivants, qui se passent chez Madeleine, viennent donner Tessor à l'action. — Madeleine est entourée de ses adorateurs : le comte Jean, le duc d*Estival, lord Sheffield et le Russe de rigueur. Elle a promis, ce soir-là, de couronner la flamme de l'un d'eux, comme on disait au dixhuitième siècle; et, toute défaîte de ce genre étant habituellement précédée d'un souper, on soupe. Souper de théâtre! ivresse de théâtre 1 Mais le décor est charmant, battant neuf, somptueusement éclairé; on j remarque des dessus de porte, où des bousculades d'Amours sont fort agréablement peintes. A ce festin, Taotrice a invité, pour s'en railler, un jeune homme d'aspect grave, un Alceste allemand, qui l'aime et qui la maudit. Ce petit monsieur, aussi fier qu'inconséquent, se nomme Maurice Fœder et est le cousin du comte Jean. 11 n'a pour son écot que des paroles poétiques, mais lugubres; et cependant Madeleine l'écoute et le regarde avec attention ; il pique sa curiosité, il agace son désœuvrement, il ne ressemble pas à tout le monde enfin. Cela n'empêche pas Madeleine, à la fin du souper, de jeter le mouchoir au comte Jean en lui disant, du ton de Lucile à Éraste : « Bamenez-moi chez nous. »
. Mais une fois chez elle, et le comte à ses pieds, voilà que le ressouvenir de Maurice Fœder vient poigner la comédienne. Elle veut revoir Maurice à tout prix; elle l'envoie chercher, et il vient. Prenez
note que la pièce n'a été faite que pour cette scène : c'est la lutte de la courtisane amoureuse et du moraliste épris. Marion et Didier sont de nouveau en présence. Qui remportera? — Les transports de madame Fargueil sont très-beaux dans cette scène toute en dehors jetée. — Le cœur de Madeleine se ranime au contact du dédain et de Tinsulte; elle aime, elle croit; mais ne pouvant réussir à convaincre Maurice Fœder, elle vide la fiole que lui a vendue le vieil alchimiste. Le drame devrait finir là; il aurait ainsi sa moralité et sa raison, d'être. L'auteur, trop indulgent, a substitué de l'eau claire au poison. Delà sorte, les âmes tendres s'en vont satisfaites, rêvant chacune une conclusion que M. Octave Feuillet n'a pas osé indiquer.
Rédemption! Jamais titre ne fut moins justifié que celui-là. On cherche en vain une leçon ou une consolation dans ce drame inutilement fantasque; on n'y trouve que de la grâce et de l'esprit, deux jolis lots pour un livre. M. Feuilleta placé son action à Vienne. Pourquoi Vienne? Son héroïne est profondément parisienne ; elle a l'impertinent attrait de nos reines du demi-monde. En recommençant cette étude de la femme blasée, il se devait d'y apporter un accent particulier, au lieu de se contenter du rire de la Dame aux Camellias et du bâillement de Marco. Le rachat par Tamour, après avoir été une de ces questions palpitantes qui réclament des conciles d'écrivains dramatiqii.es et de romanciers, est rentré aujourd'hui dans la classe des problèmes résolus. La pièce de M. Octave Feuillet n'a pas même la valeur d'un post-scriptum.