‹ Les premières représentations célèbresChapitre 60 sur 70 · LES RESSOURCES DE QUINOLA · texte numérisé non relu

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manque. Il y a d'ailleurs d'innombrables difficultés à vaincre pour aborder n'importe quelle scène, et je n'ai pas le loisir de jouer des jambes et des coudes ; un chef-d'œuvre seul et mon nom m'en ouvriraient les portes, mais je n'en suis pas encore aux chefsd'ceuvre. Ne pouvant compromettre ma réputation, il faudrait trouver des prête-noms; c'est du temps à perdre, et le fâcheux c'est que je n'ai pas le moyen d'en perdre I Je le regrette ; ces travaux, plus productifs que mes livres, m'auraient plus promptement tiré de peine. »

Voilà le grand mot. Le théâtre rapporte plus d'ar^ gent que la librairie. On conçoit la rage de Balzac et ses eflforts en présence de cette iniquité qui dure toujours : la pièce dominant le volume I Enfin, à quarante ans, il n'y put tenir. Il fit, — d'autres disent il improvisa — le drame de Vautrin. Quoiqu'il n'en fût pas encore aux chefs-d'œuvre, selon sa sincère expression, je considère ce drame comme chose puissante. Vautrin fut interdit par la maladresse d'un auteur. H. de Balzac resta deux ans à se remettre de cette secousse, au bout desquels il apporta •à rOdéon le manuscrit, ou plutôt Vidée des liessources de Quinola, M. Léon Gozlan a raconté avec unei verve infinie la légende de cette pièce faite pendant les répétitions, et dont le dénoûment n'existait pas encore la veille de la représentation ; il a dit les exigences et les fantaisies énormes de l'auteur, le .parterre de chevaliers de Saint-Louis, et les bulletins portés chaque soir, à minuit, à un homme apposté dans les Champs-Elysées. La légende vaut mieux que la pièce, je suis forcé de l'avouer.

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Les Ressources de Quinola exposent, comme on le sait, les épreuves et les souffrances d'un inventeur, — l'inventeur de la navigation à vapeur, rien que cela. Mais quel pauvre inventeur que celui-ci I Au lieu d'une figure terrible et résolue comme celle de Balthazard Claës, nous n'avons qu'un petit jeune homme tremblant, amoureux d*une Marie quelconque, et ne parlant jamais que de sa Marie, et rapportant à sa Marie toute l'initiative et toute la gloire de son invention. C'est incroyable de la part de Balzac. La scène est en Espagne, à la cour de Philippe Ilf • moines, inquisiteurs, infantes, alguazils, courtisans et courtisanes, s'agitent pendant sept ou huit tableaux dans une action prévue, informe, puérile, et qui recommence sans cesse. Le drame a toutes les ambitions, toutes les visées; c'est un drame philosophique, un drame politique, un drame de cape et d'épée, un drame de passion; l'auteur y court après le mouvement du Pinto de Lemercier, et tâche de parler la grasse langue de la Reine d'Espagne de Latouche ; il n'y réussit que par intervalles.

Le succès des Ressources de Quinola, à l'Odéon, fut à peu près négatif; on prétend que Balzac aida beaucoup à ce résultat par ses excentricités; moi, je crois surtout que la pièce n'était pas viable. On peut s'exprimer librement sur la tentative d'un homme qui compte des chefs-d'œnvre par douzaines; Balzac est au-dessus du respect. Quoi qu'il en soit, le directeur du Vaudeville a incontestablement fait un acte . littéraire en reprenant les Ressources de Quinola, et il mériterait d'en être récompensé; il les a mises en scène avec le même soin et le même luxe qu'il au-

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rait apportés à TouTrage d'un auteur vivant; décors, et prîncipaleinent costumes, sont d'une exactitude et d'une richesse rares. Je louerai également les acteurs pour leur conscience. — Mademoiselle Jane Essler manque visiblement de Tampleur nécessaire au rôle de la Brancador, le meilleur de la pièce et le plus hardi, créé, il y a vingt ans, par Héléna Gaussin, une superbe et singulière créature, à qui le velours seyait magnifiquement. Mademoiselle Jane Essler remplace la taille par Tintelligence, par Tardeur, par la flamme. Elle est, en outre, attrayante au possible avec sa coiffure de perles et sa pelisse de sultane de Favart.

Le couronnement du buste de Balzac a terminé ' cette représentation. Pauvre lutteur I pauvre vainqueur! Le voilà fêté et acclamé partout, même au théâtre, aujourd'hui que la terre le recouvre I Tout le monde s'évertue à lui chercher et à lui trouver les qualités scéniques quon luitlénia si longtemps; on rappelle avec éloge la Marâtre, si peu remarquée lors de son apparition au Théâtre-Historique ; on porte aux nues Mercadet, refusé pendant dix ans par tous les théâtres; on s'écrie: « Quel auteur dramatique il aurait fait, s'il avait vécu ! »

C'était aussi son opinion à lui, Balzac; quelques mois avant sa mort, il écrivait, de Russie, à son ami Laurent-Jean : « Je pourrai être à Paris en février prochain, avec la ferme et nécessaire envie de travailler comme membre de la 'Société des auteurs dramatiques; car dans mes longs jours de traitement, j'ai trouvé une petite Californie théâtrale à exploiter... Pense qu'une scène écrite par jour fait

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trois cent soixante-cinq scènes par an, qui fait dix pièces. En tombât-il cinq, trois n'eussent-elles que des demi-succès, resteraient encore deux succès qui feraient un joli résultat. Oui, du courage,, que la santé me revienne, et je m'embarque hardiment dans la galère dramatique avec de bons sujets! >»

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VAUDEVILLE

IM Diabîeê noirs, pièce en quatre actes, par M. Victorien Sardon, (Décembre 1863.).

M Eh bien! mon axni> sachez donc qu'à cette heure, je sens autour de mes chevâux tous les diables de la migraine, qui sont à Touvrage sur mon crâne pour le fendre : ils y font Tœuvre d'Annibal aux Alpes. Il y a un farfadet, grand comme un moucheron, tout frêle et tout noir, qui tient une scie d'une longueur démesurée et l'a enfoncée plus d'à moitié sur mon front. Dans l'angle du sourcil sont blottis cinq diablotins, entassés l'un sur l'autre comme de petites sangsues, et suspendus à l'extrémité dé la scie pour qu'elle s'enfonce plus avant dans ma tète ; deux d'entre eux sont chargés de yerser, dans la raie imperceptible qu'y fait leur lame dentelée, une huile bouillante qui flambe comme du punch, Je sens un autre petit démon enragé; celui-ci a élu son domicile, en roi absolu, tout au sommet du crâne; il s'est assis, sachant devoir travailler longtemps; il a une

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vrille entre ses petits bras, et la fait tourner avec une agilité si surprenante que vous me la verrez tout à l'heure sortir par le menton...

« Le docteur demeura aussi froid que peut être la statue du czar, en hiver, à Saint-Pétersbourg, et il répondit à Stello :

« — Vous avez les diables bleus, maladie qui s'appelle en anglais blue devils. »

Les Diables noirs de M. Victorien Sardou sont les diables Meus de M. Alfred de Vigny poussés au sombre.

Je me trouve en présence d'une pièce profondément mutilée par la censure, paraît-il, et remaniée par son auteur dans un autre sens que le sens primitif. On avait vu, et quelques-uns persistent à voir encore une grande hardiesse d^ns le sujet, qui est la conversion d'un libertin par une femme. J'ai beau chercher, je ne vois ni hardiesse ni nouveauté làdedang; c'est la mise en scène d'un roman de George Sand, intitulé JSlle et. Lui. Elle, dans les Diables noirs, s'appelle la marquise Jeanne. Lui a pour nom Gaston de Champlieu ; il se présente avec des airs désabusés, moitié Lovelace et moitié Antony; il s'accuse complaisamment de tous les vices; il s'avoue, comme Tartufe,

. • . . • • Un méchant, un coupable.

Un malheureux péchear, tout plein d'iniquité, Le plus grand scélérat qui jamais ait été.

Il faut l'entendre raconter son enfance, comme quoi il mordit sa nourrice en venant au monde, et comment, plus tard, il goûtait un singulier plaisir à

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