‹ Les premières représentations célèbresChapitre 61 sur 70 · LES DIABLES NOIRS · texte numérisé non relu

LES DIABLES NOIRS

distrîl)uer des bourrades à ses petits camarades et à les* pousser dans un bassin, en s'écriant : C est fait! Ce C'est fait ! revient plusieurs fois dans la pièce, à toutes les situations importantes; il équivaut au Coucou! du jeu de cache-cache. Au deuxième acte, • Gaston de Champlieu, la cravate dénouée, pris de vin, se soutenant à peine, embrasse une femme de chambre... Coucou! Ensuite, il ramasse sur le tapis d'un^Joudoir un diamant, et il le met dans sa poche... Coucou!

Malgré ce vol, qui forme le nœud de Tintrigue, le caractère de Gaston manque d'ampleur et d'originalité. C'est un bambocheur bourgeois, plutôt né pour célébrer le Champagne et V amour que pour emboîter le pas de Leone Leoni et des autres célèbres meneurs d'orgie. M. Victorien Sardou en fait, par-dessus le marché, un menteur. Porantel ô Corneille! — Gaston de Champlieu ment comme il joue et comme il boit, petitement, misérablement, ridiculement. Sa maîtresse, la marquise Jeanne, a raison de le vouloir fumer comme un renard, en l'enfermant à clef dans une chambre et en mettant le feu aux rideaux.

Cette scène est une des meilleures de la pièce. Pair malheur, ce ton audacieux ne se soutient pas, et les Diables noirs se terminent par cette agonie banale, que depuis \dL Dame aux Camélias toutes les actrices un peu influentes exigent des directeurs et des auteurs. Nous avons donc vu, encore une fois, une femme en robe blanche, soutenue de chaque côté-, arriver et s'asseoir sur un canapé, bien en face du public, puis promener des regards étonnés au fond

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du parterre et dans les loges, désigner un être imaginaire, se lever, balbutier, essayer de dégager un cri de sa poitrine haletante, et retomber inerte. Nous avons vu aussi l'éternel jeune homme se rouler à ses pieds, embrasser ses genoux, interroger son haleine, invoquer le ciel, sangloter, et finalementrester étendu par terre sans mouvement. De la part de M. Sardou, si chercheur et si ingénieux dans ses précédents ouvrages, on s'attendait à%utre chose qu'à ce dénoùment de convention.

Un autre motif de surprise pour le public et la critique, c'a été de voir 1- auteur des Diables noirs se répéter déjà, et faire des emprunts-àson propre répertoire. Ainsi, il a rajusté de nouveau les morceaux de la lettre des Pattes de mouche; il a recommencé le téte-à-tôte scabreux des Intimes; il a rendu à Numa son personnage grincheux, hargneux, poltron, méchant. On n'en revenait pas. En outre, ces quatre actes sont d'une longueur mortelle.

Quoi qu'il en soit, Us Diables noirs ont été écoutés avec curiosité, avec sympathie même. Il était visible qu'on attendait et qu'on cherchait les occasions d'applaudir. Ce n'est point la faute des comédiens si ces occasions ne se sont pas plus fréquemment montrées. On n'est pas plus dramatique, on ne dit ni mieux ni plus juste que madame Fargueil. Je n'aime pas beaucoup le talent sec et contraint de M. Berton, sa distinction douteuse, son regard et son attitude monotones; mais je dois reconnaître qu'il a dépensé une somme de talent dans les scènes à effet du dianiant volé. M. Félix s'est démené avec une verve

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incroyable; il fait un débauché lui aussi, encore plus commun que Gaston de Champlieu, et auquel M. Victorien Sardou a osé donner le surnom du héros de la terrible -légende des Treinfe, FerragusXXIV. Emprunt bien inutile, celui-là!

VAUDEVILLE

Monsieur $t Madame Femel, comédie en quatre actes et un prologue, par MM. Louis Ulbach et Crisafulli. (Février 1864.)

D'un roman attachant et sincère (que je m'accuse de n'avoir point encore lu) on a tiré une pièce sans intérêt, vide, froide et fausse. Je le regrette particulièrement pour M. Louis Ulbach, qui est un de mes confrères en critique et qui apporte un jugement très-sûr dans Texamen des productions d'autrui. Peu de mots suffiront à donner une idée de la comédie nouvelle du Vaudeville.

Deux honnêtes époux, M. et madame Fernel, habitent Trojes en Champagne. Le mari s'ennuie : la femme ne s'amuse guère davantage, mais elle s'est' résignée aux soins touchants de la mère* de famille. C'est une madame de Mortsauf réduite à des proportions infiniment bourgeoises, le lis de la rue du Cloître. Comme dans le chef-d'œuvre de Balzac, madame Fernel aime, sans se l'avouer, uii jeune homme, ami de son mari et rédacteur de V Étoile de

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