MAITRE GUÉRIN
taneuse tout court. Ensuite, il médite d'obtenir pour son garçon la main d'une veuve opulente, la belle Madame Le Coutellier. Ces deux projets réalisés,' il vendr.a son étude ; et, comme il faut bien s'occuper, son intention est de briguer la députation^ « avec l'agrément du ministère >», dit-il.
Eh bien 1 mais, voilà un programme ingénieusement combiné; et peu de personnes trouveraient à y reprendre, si l'astucieux notaire n'employait, pour arriver à ses fins, des moyens réprouvés par la probité. La terre de Valtaneuse appartient à un inventeur, dévoré, comme tous ses semblables, par de continuels besoins d'argent ; maître Guérin ne se fait pas scrupule d'abuser de son désordre intellectuel et de lui extorquer sa terre à vil prix, avec le concours d'un homme de paille. Mais ces trames se font peu à peu visibles aux yeux de Guérin fils, et même à ceux de la placide Madame Guérin ; lenr honnêteté s'indigne; tous deux supplient leur père et leur époux de ne pas consommer la ruine du pauvre inventeur. A cela, le notaire répond qu'il est en règle avec la loi. C'est la thèse soulevée, il y a quelques années, par M. Léon Laya.— « De quoi vous inquiétez-vous? s'écrie maître Guérin stupéfait; je travaille à votre bonheur; » Le colonel refuse nettement ce bonheur- là; il déclare ne reconnaître d'autre loi que la loi du cœur; et, après avoir été revêtir son grand uniforme, il annonce qu'il quitte pour toujours la maison paternelle. Sa mère se précipite alors au-devant de lui... et demande aie suivre. Maître Guérin étoufife de colère, mais il tient bon. Il reiste seul. C'est alors qu'une scène effroyable termine la pièce : un drôle entre-bâille une porte,
3]0 LES PEEMIÈRBS REPRéSENTATIONS
moitié usurier, moitié paysan, Thomme de paille dont il a été question. Le notaire le regarde pendant quelque temps en silence et d'un air farouche, puis, secouant la tête, il dit : •« — Va chercher ta nièce Françoise; nous dînons tous les trois I »
Cette nièce Françoise-là est le dernier mot du réalisme. — voûtes classiques du Théâtre-Français, comment ne vous êtes-vous pas écroulées !
On porte depuis quelque temps de rudes atteintes à la paternité. Ne nous parlez plus du Père prodigue do M. Alexandre Dumas fils, nous avons maintenant lePèr$odieuw. L'hiver dernier, Montjoye nous avait préparés à Maître Ouirin. Peut-être notre époque n'est-elle pas encore accoutumée à ces hardiesses ; certaines leçons nous froissent, nous épouvantent. Pourtant le public de la première représentation a accueilli sans broncher ce dénoûment. Il a accueilli également, avec une extrême faveur, les situations moins tendues et les détails spirituels qui sont prodigués dans ces cinq actes. Il m'eût été difficile de suivre la pièce pas à pas; ses développements sont nombreux, patiemment exposés, — même lentement. On ne mai>quera pas de vouloir comparer Maître Ouirin au Fils de CHhoyer; et, de fait, ces deux comédies ne sont pas sans corrélation. Elles prennent à partie un père toutes les deux; je ne serais.flatté de devoir la vie pas plus à l'un qu'à Vautre; mais enfin il faut Convenir que le bohème Giboyer a plus de droit à la sympathie, ou plutôt à l'indulgence, que le notaire Ouérin. M. Emile Augier a-t-il cherché ce parallèle? Je suis tenté de le croire.
Excepté la principale figure, étudiée avec beau-