‹ Les premières représentations célèbresChapitre 69 sur 70 · MAITRE GUÉRIN · texte numérisé non relu

MAITRE GUÉRIN

taneuse tout court. Ensuite, il médite d'obtenir pour son garçon la main d'une veuve opulente, la belle Madame Le Coutellier. Ces deux projets réalisés,' il vendr.a son étude ; et, comme il faut bien s'occuper, son intention est de briguer la députation^ « avec l'agrément du ministère >», dit-il.

Eh bien 1 mais, voilà un programme ingénieusement combiné; et peu de personnes trouveraient à y reprendre, si l'astucieux notaire n'employait, pour arriver à ses fins, des moyens réprouvés par la probité. La terre de Valtaneuse appartient à un inventeur, dévoré, comme tous ses semblables, par de continuels besoins d'argent ; maître Guérin ne se fait pas scrupule d'abuser de son désordre intellectuel et de lui extorquer sa terre à vil prix, avec le concours d'un homme de paille. Mais ces trames se font peu à peu visibles aux yeux de Guérin fils, et même à ceux de la placide Madame Guérin ; lenr honnêteté s'indigne; tous deux supplient leur père et leur époux de ne pas consommer la ruine du pauvre inventeur. A cela, le notaire répond qu'il est en règle avec la loi. C'est la thèse soulevée, il y a quelques années, par M. Léon Laya.— « De quoi vous inquiétez-vous? s'écrie maître Guérin stupéfait; je travaille à votre bonheur; » Le colonel refuse nettement ce bonheur- là; il déclare ne reconnaître d'autre loi que la loi du cœur; et, après avoir été revêtir son grand uniforme, il annonce qu'il quitte pour toujours la maison paternelle. Sa mère se précipite alors au-devant de lui... et demande aie suivre. Maître Guérin étoufife de colère, mais il tient bon. Il reiste seul. C'est alors qu'une scène effroyable termine la pièce : un drôle entre-bâille une porte,

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moitié usurier, moitié paysan, Thomme de paille dont il a été question. Le notaire le regarde pendant quelque temps en silence et d'un air farouche, puis, secouant la tête, il dit : •« — Va chercher ta nièce Françoise; nous dînons tous les trois I »

Cette nièce Françoise-là est le dernier mot du réalisme. — voûtes classiques du Théâtre-Français, comment ne vous êtes-vous pas écroulées !

On porte depuis quelque temps de rudes atteintes à la paternité. Ne nous parlez plus du Père prodigue do M. Alexandre Dumas fils, nous avons maintenant lePèr$odieuw. L'hiver dernier, Montjoye nous avait préparés à Maître Ouirin. Peut-être notre époque n'est-elle pas encore accoutumée à ces hardiesses ; certaines leçons nous froissent, nous épouvantent. Pourtant le public de la première représentation a accueilli sans broncher ce dénoûment. Il a accueilli également, avec une extrême faveur, les situations moins tendues et les détails spirituels qui sont prodigués dans ces cinq actes. Il m'eût été difficile de suivre la pièce pas à pas; ses développements sont nombreux, patiemment exposés, — même lentement. On ne mai>quera pas de vouloir comparer Maître Ouirin au Fils de CHhoyer; et, de fait, ces deux comédies ne sont pas sans corrélation. Elles prennent à partie un père toutes les deux; je ne serais.flatté de devoir la vie pas plus à l'un qu'à Vautre; mais enfin il faut Convenir que le bohème Giboyer a plus de droit à la sympathie, ou plutôt à l'indulgence, que le notaire Ouérin. M. Emile Augier a-t-il cherché ce parallèle? Je suis tenté de le croire.

Excepté la principale figure, étudiée avec beau-

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