G4 LES PREMIERS
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ler au Canada des barrières, des espèces de murailles de Chine pour prévenir l'invasion des produits... qui ne portaient pas l'étiquette anglaise.
Les denrées que nous fournissait la métropole n''taient pas elles-mêmes exemptes d'impôt, mais on y allait beaucoup plus légèrement afin de favoriser davantage le commerce ct l’industrie anglaises.
Notons en passant, que la loi fiscale de l'époque était assez anodine et beaucoup moins complexe que celle qui frappe aujourd’hui nos importations. Ælle devait être bâclée en un tour de main puisqu'il ne s'agissait pour elle que d'atteindre un nombre très restreint d'articles. Au reste, l’industrie canadienne n'était pas née ct rien ne faisait prévoir que pour la protéger et faciliter son expansion, nos hommes publics, afiranchis de la tutelle dans laquelle on les avait tenus avant l'établissement du gouvernement responsable, recourraient plus tard à un système politique qui les rendrait libres de frapper d’un lourd impôt tout ce que l'étranger envoyait sur nos march{s. Aussi la loi fiscale de 1802, mise en parallèle avec l’échelle des impôts actuelle-
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ment en force, offre t-elle un sujet curieux d'étude, C’est une transformation, un bouleversement complet qui prouvent à eux seuls la mesure du progrès accompli dans cet intervalle,
On peut dire en toute sûreté que la taxe était purement nominale à l'ouverture du siècle et je n'hésite pas à croire que nos pères qui ne payaient que trois deniers d'impôt sur chaque gallon de brandy anglais et neuf deniers sur chaque gallon de rhum de la Jamaïque auraient été épouvantés si on leur eut prédit—ce qui n'était que l'exacte vérité—que leurs descendants seraient assujettis à une taxe de $1.75 pour chaque gallon de genièvre ou de rhum qu'ils boiraient et à une taxe de $2.00
pour le cognac.
Cette progression de l'impôt sur les liqueurs n’a pas eu d’ailleurs l'effet d’effrayer sensiblement la génération actuelle. Je ne crois pas même calomnier notre époque en disant que nous buvons aussi ferme et aussi généreuse ment que nos pères.
Passons maintenant en revue les principaux articles soumis au tarif de 1802.
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2 + D sd
Pour chaque gallon de brandy ou autres spiritueux de la manufacture de la Grande-Bretagne... 0 0 3
Pour chaque gallon de rhum ou autres spiritueux qui sont importés ou amenés d'aucune des colonies sucrières de Sa Majesté dans les Indes Occidentales........, .....,,... 0 0 6 Pour chaque gallon de rhum ou autres spiritueux qui seront importés ou amenés d'aucune autre colonie de Sa Majesté ou d2s puissances dans l'Amérique... ......,.,.. 0 0 9 Pour chsque gallon de brandy étran- Pour chaque gallon de melasses et sirops qui seront importés ou amenés dans cette province dans des vaisseaux appartenant aux sujets de Sa Majesté dans la Grande-Bretagne ou d'Irlande ou aux sujets de
Sa Majesté en cette province... 0 0 3 Le tabac par livre... 0 0 2 Le café de plantation anglaise par
CM estorouse UE 0 Le café par Hyre, ss sssssossnsssnss" À 0: 2 Pour chaque paquet de cartes à jouer. 0 0 2 Pour chaque minot de sel... 0 0 4
Il semblerait qu'avec cette dernière énumération, j'ai touché à peu près à tout ce qui constituait autrefois notre organisation 8s0ciale. C’est une erreur. Pour être complet, il me faut vous dire un mot d’un autre rouage qui à fonctionné pendant de longues années et qui n’est peut-être pas le moins important de cette même organisation : l'institution des seigneuries.
Soumis au régime féodal dès les commencements de la colonisation au pays, le Bas-Canada (1) vit la Couronne faire pleuvoir, d'année en année, des titres conférant des seigneuries aux gentilhommes qui s'en montraient dignes ou qui les obtenaient à la faveur de la brigue ou de protections particulières.
Le nombre de seigneuries octroyées sous Louis XIV était déjà tel que l’on disait à cette époque que le fleuve Saint-Laurent ne coulait plus qu'entre des terres nobles depuis les Rapides jusqu’à la rivière Métis. (2)
1—Le Haut-Canada ne fut pas soumis à ce régime. Le voisinage des [ndiens l'en pré- SCT Va.
2—% Déjà,—dit Isidore Lebrun dans son livre : Tableuu statistique et politique des
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Sous Louis XV, les seigneuries durent être prises dans l’intérieur du pays, et ce ne furent pas les moins productives.
En 1830, toutes ces seigneuries subsistaient encore et l'on portait leur nombre à 210, y compris les fiefs et les grandes concessions de terres faites par des seigneurs.
Le district de Montréal, divisé en 19 comtés, comptait pour sa part 70 seigneuries et 8 arrières-fiefs ; Trois-Rivières avec 6 comtés 25 seigneuries et 9 fiefs ; le district de Québec, 79 seigneuries et 12 fiefs pour 13 comtés ; Gaspé, une seigneurie et 6 fiefs. (1)
deux Canadas,—des gentilhommes, des filles nobles avaient obtenu des domaines, lorsque les officiers du régiment de Carignan, en 1668, emportèrent, dans leurs bagages, de ces petits carrés de papier qui les déclaraient gratuite: ment propriétaires de terres immenses, dans des pays bien inconnus de la chancellerie.
D'autres grands fiefs furent accordés à des courtisans, obligés seulement à foi et hommage. Et Louis XIV se plut à redire que la Nouvelle-France possédait plus de membres de sa noblesse que toutes ses autres colonies ensemble.
1—[négales en étendue, comme en fertilité, plusieurs des seigneuries ont jusqu’à 36 lieues
En 1780—l'année que parut l’almanach de Brown—le nombre des seigneuries dans la province de Québec ne devait guère dépasser 80 à 90. La liste qu'il en donne se résume à 70 noms. J’en reproduis une partie. (1)
NOMS DES SEIGNEURS PRIMITIFS DES DIFFÉREN- TES PAROISSES ET SEIGNEURIES DANS CETTE PROVINCE :
MM. les représentants Joliet, Terre ferme de Mingan et île d'Anticosti.
Thos. Dunn, Ecr., Mille- Vaches.
Le Page de St-Barnabé, Rimouski.
Héritiers Aubert de la Chenaie, Ecrs., Bic.
Henry Caldwell, Ecr., Rivière du Loup et côte de Lauzon.
Veuve Deschaïinais, Kamouraska.
Baptiste Perrault, Rivière Ouelle.
Lauchlin Smith, Ste-Anne.
Juchereau Duchesnay, Ecr., St-Denis, St-
carrces en superficie. On évalue la totalité du territoire seigneurial à 12,066,000 arpents de France, ou 9,349,600 acres de l'Angleterre (I. Lebrun).
1—Les seigneurs percevaient, année moyen-
ne, pour leurs droits féodaux, les uns 100 louis, les autres 1000 à 1500 louis.
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Roch, Beauport, (1) Godarville et Fossembault.
Louis de Beaujeu, les aux (rues et aux Oies.
Aubert de Gaspé, Ecr., St-Jean.
Frs. Bélanger, L’Islette.
Amiot Vincelote, Cap St-Ignace.
Louis Brouillard, St-Thomas et St-Pierre.
Pierre Tremblay, Les Æboulements.
Les Prêtres du Séminaire de Québec, Côte de Beaupré depuis la baie St-Paul jusqu'au Sault de Montmorency.
Messire Berger de Rigauville, Berthier et St-Françots.
MM. Tarieu et Lanaudière, Ecr., St- Valier, Ste-Anne, St-Pierre-et Maskinongé.
Brassard Deschenaux, St-Michel et Pointeaux-Trembles. |
À. Panet, Ecr., Bourglouis.
Couillard de Beaumont, Ecr., Beaumont et rivière Boyer.
Capitaine Alex. Fraser, St-Charles.
Frs. Joscph Cugnet, Ecr., St Etienne.
Gabriei Taschereau, Ecr., Ste-Murie, Linière et Joliet.
Fleury de la Gorgendiire, St-Joseph et Deschambault,
Le chevalier de Léry, Ecer., St- François, Tilly et Gentilly.
1—Le promier titulaire de cette seigneurie fut Robert Giffard. Gifard était aussi propriétaire de la seigneurie des Mille- Vaches.
Guiliaume Grant, Ecr., De l'Isle.
Les R. P. Jésuites, Lorette, Charlesbourg, Ste-Foi, Champlain, Batiscan, Ste-Geneviève et Prairie de la Magdeleine.
Amable Durocher, Jsle d'Orléans.
Les Dames de l’Hôtel- Dieu de Québec, St- Augustin et Ste-Croix.
Les Dames de l'Hôpital-Général, Comté d’'Orsainville.
Blair Dusault, Ecureuils.
George A. Alsopr, Ecr., Jacques-Cartier.
Les Dames Ursulines de Québec, Paronie de Portneuf. (1)
Augustin Hamelin, Grondines.
François de la Chevrotière, La Chevrotière.
Chorel Dorvilliers, Près de Ste-Anne.
Jean Noël, St-Antoine.
Chartier de Lotbinière, Esr., Lotbinière,
Vaudreuil (2) et Beauharnoïs.
Conrad Gugy, Ecr., Grosbois.
Antoine Boisseau, De Bellevue.
Jacques Cuthbert, Ecr., Berthier, St-Cuthbert, etc. |
Les prêtres du Séminaire de St-Sulpice, St-Sulpice, Assomption, Côte des Neiges, Lac des Deux-Montagnes et Isle de Montréal.
1—Le sieur de Croisille fut le premier baron canadien de Portneuf.
2—Cette seigneurie eut pour premiers titulaires les héritiers de Joybert, chevalier de Sounlange.
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Les Dames Ursulines des Trois-Rivièresr Rivière du Loup.
Mme veuve Montesson, Bécancour, etc., etc.
Joseph de Longueuil, Ecr., (1) Soulanyes.
Greenwood et Higginson, Sorel, ete, ete,
Après les almanachs Mesplets, Brown et Neilson, il convient de signaler, parmi les plus anciennes publications de ce genre qui aient paru au pays, l’almanach dit Ztrennes Mignonnes pour l’année 1799, et l'Almanach des Dames de 1807.
Les Etrennes Mignonnes justifient assez leur titre. C’est un opuscule, d'aspect mignon, à très petit format et contenant cinquantecinq pages de matières.
Il fut imprimé à Québec, à la “ Nouvelle imprimerie ” rue des Jardins. (2)
1— Un Longueuil reçut de Louis XIV, en 1700, une baronie de 2 lieues ou envi iron, de front sur le Saint- Laurent, de 3 lieues et demie de profondeur, laquelle s'accrut encore de 3 lieues de front jusqu'au lac Champlain.
(I. Lebrun.)
2— Plusieurs bibliophiles québ{quois possèdent un exemplaire de cet almanach. Nommons MM. Cyr. Tessier, Chapais, Ph. Gagnon et l'Université Laval,
ALMANACIHS CANADIENS 73
L'auteur des Etrennes Mignonnes me parait avoir emprunté le titre alléchant de son almanach à une publication du même genre qui cireulait à Paris en 1791. Elle était intitulée, ecmme le petit almanach canadien, L£trennes Mignonnes, curieuses et utiles. (1)
Pour ne pas empiéter sur les brisées de ses prédécesseurs, les Ætrennes Mignonnes abordent des sujets diffrents de ceux des almapachs Mesplets, Brown et Neilson.
Le calendrier de l’année occupe encore une place assez respectable dans le corps du volume, mais plus de nomenelatures, plus de tableaux statistiques sur le Canada comme dans les cpuseules précédents.
Le compilateur des Etrennes Mignonnes semble n'avoir visé qu'un but : faire de son opuscule un livre amusant.
I] y glisse quantité d'anecdotes, de sentences, de ‘ reparties ingénieuses, de bons mots
1—Ce n'est point le seul almanach qui fut publié sous ce titre en France. Le premier qui fut intitulé Ætrennes Mignonnes parut en 1741. [I renfermait un certain nombre d'illustrations de l'artiste Cochin et il en futtiré, dit-on, 40 à 50,000 exemplaires.
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cte., empruntés à des journaux européens, consacre deux pages aux époques les plus remarquables de l'histoire du monde, les fait suivre d’un certain nombre de ‘“ stances morales ” de Madame Deshouliers, puis le lecteur tombe sur un code du jeu de whist, en vingtneuf règles.
Ce code émet, à quelques exceptions près, les mêmes principes acceptés par les joueurs de whist de notre époque. Ce quiindique déjà que le whist a une origine assez ancienne et comptait, avant l'ouverture du siècle, un nombre assez considérable d'amateurs au Canada, puisque l’on a cru nécessaire d'imprimer un code spécial de ce jeu.
Après le code du whist, viennent quelques autres ‘ Æègles pour parier sur la chance du point,” quelques calculs pour défendre son argent au jeu, puis un chapitre assez long intitulé : |
Les Loirx pu Jeu, tel qu'il est Joué à Bath, etc, signé Bob Short.
L'Almanach des Ætrennes Mignonnes se ferme sur une dissertation fantaisiste adressée à ‘ Messieurs les Historiens, Grénéalogistes, Chronologistes, Annahstes, Computistes, Astrologues et Faiseurs d’Almanachs.”
AILMANACIIS CANADIENS 75
La dissertation roule tout entière sur la question ‘“ de savoir si l’année 99 est la 100e du siècle, Je reproduis la dernière partie :
‘ Au fait, il s’agit de savoir si l'année 99 est la 100e du siècle, ou non; c'est-à-dire s'il est permis de se donner un an de plus où un an de moins qu’on n'en a. Les jeunes demoiselles voudront s’en donher un de plus ; leurs Mamans voudront en avoir un de moins :
voilà la fille armée contre la mère, ot le trouble chez les honnêtes Citoyens.
# De grâce préservez ces malheurs, et finalement placez moi quelque part.
“ Je ne suis pas encore,
Messieurs, à vous L'ANNÉE 1800.” Pi
Si les Ætrennes Mignonnes vivaient d'assez larges emprunts faits à la littérature française, il en est un autre—et c'est le dernier de cette période reculfe—qui s'efforça d'être un peu plus original, et un peu plus du pays.
Je veux parler de l'Almanach des Dames de 1807, charmant petit opuscule, format in- 82, et qui est devenu presqu'introuvable. (1)
1—Je dois à l’obligeance de M. Cyrille Téssier, bibliophile de Québec, d'avoir pu
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Il portait cette éparapie : (Je dois mu muse à vos plaisirs,” et fut imprimi à Québec ‘ à la Nouvelle Imprimerie.”
Les bibliophiles attribuent la paternité de ce recueil à Louis Plamondon, avocat à Qué. 2e.
Le compilateur avait d'dié son almanach à une jeune fille qu'il désignait sous les initiales R. A.—mademoiselle Rosalie Amiot qui devint plus tard la femme de M. Plamondon.
La dédicace, fort galante,était conçue ainsi :
Mademoiselle
Travailler pour les Dames et vous dédier l'ouvrage est, pour moi, trouver dans le travail même le plaisir et la récompense. Permettez-moi de vous l'offrir comme l'hommage de la tendresse et de la sincérité à la beauté et à la modestie, à l'esprit et aux grâces. Si ce recueil peut vous plaire et vous amuser quelquefois, je ne serai que trop récompensé des soins que j'y aurai donnés.
Après la d‘dicace, venait l'avertissement au lecteur. E’Editeur s'excusait, dans cet avis, de n'avoir pu présenter un recueil plus volumineux — il comptait soixante-quatre
compulser ce petit recueil. Nul autre que lui à Québec n'en possède un exemplaire.
ne
ALMANACHS CANADIENS 77 hante pages—et plus intéressant, Cela tenait à ce qu'il avait commencé trop tard. Il annonçait en même temps qu'il se proposait d'ofrir, tous les ans, aux Dames, un semblable ouvrage et sollicitait le concours de tous ceux qui faisaient des vers pour enrichir son recueil.
En dépit de l'avertissement, le compilateur ne put donner suite à son id£e. L Almanach des Dames en resta à l'année 1807 et ne reparut plus.
Les seules compositions originales de cet almanach sont une épître de cent quatrevingt à deux cents vers et un distique.
Le distique était précédé de cette remarque : Vers pour mettre au bas du portrait de Mademoiselle R. À.
La peinture a souvent embelli la nature,
Mais ici la nature embellit la peinture.
Ces deux vers étaient évidemment de la facture de M. Plamondon qui était encore dans l’âge des tendres soupirs.
L'autre pièce de vers, attribué à M. Quesnel, était une épître consolatrice à M. L. (1)... qui se plaiïgnait de ce que ses vers ct son talent n'étaient pas récompensés par le gouvernement.
1—Labadie.
ré. LES PREMIERS
ee mt mate te M
Cette épître débutait comme suit :
Toi qui trop inconnu mérite à juste titre
Pour t'immortaliser que j'écrive une Epître ;
Toi, qui si cristement véjète en l'univers,