‹ Les premiers almanachs canadiens [microforme]Chapitre 3 sur 15 · TR ST · texte numérisé non relu

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sion du temps et de faire suivre le calendrier de renseignements quelconques, l’Almanach étend peu à peu son domaine, et arrive à se constituer un véritable empire comprenant toutes les branches de la littérature, empire si vaste que, jusqu'à présent, aucun bibliographe n’a eu la témérité d'en déterminer la frontière, et si riche en variétés innombrables qu'il est presque impossible d'en établir le compte.”

Ce sont les Almanachs prophétiques qui ouvrent la marche. Le plus célèbre est pout-être celui auquel donna naïssance, en 1543, le curé de Meudon, Rabelais. Il obtint en effet un tel succès que Rabelais se détermina à en continuer la publication chaque année. (1538-1550.) Rabelais avait intitulé son almanach : “ Pronostications pantayzruéliques.” |

Cet almanach n'était au fond qu'un recueuil de plaisanteries plus ou moins risques, un livre dans lequel l’auteur s'amusait à faire des prédictions d’un burlesque dont se serait parfaitement accommodé M. de la Palisse. L'on y lisait, par exemple, dans le genre drôlatique, des phophéties de la force suivante :

Cette année, —(1533)—écrit M. Rabelais —les aveugles ne verront que bien peu, les sourds oyront (entendront) assez mal, les muts (muets) ne parleront guère, les riches se porteront un peu mieux que les pauvres et les sains mieux que les malades. Vieillesse sera incurable à cause des années passées.

Ceux qui seront pleurétiques auront grand mal au costé.”

Après Rabelais, Michel Nostradamus se fit, à partir de 1550, une réputation universelle avec les almanachs qui portent son nom.

Médecin astrologue français, Michel Nostradamus se confina, disent ses historiens, dans la solitude pour se soustraire aux tracassories de ses confrères, envieux de sa popularité. Là, dans sa retraite, il s’imagina toutà-coup être doué de l'esprit de prophitie etse mit à publier, dans un style énigmatique, sous le nom de Centuries, des prédictions qui eurent une grande vogue. La crédulité populaire se doubla de la crédulité des têtes couronnes et des grands de la cour. On vit uns reins, Càtherine de M ‘dicis, faire venir auprès d’elle le fameux Nostradamus et lui demander l'horoscope de ses fils. Le duc et la duchesse de

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Savoie le consultèrent à leur tour et le com blèrent de présents. A Charles IX il inspira tant de confiance qu'il le nomma son médecin. |

L'almanach que publia Nostradamus se maintint sans interruption de 1550 à 1567. Il fut par excellence le livre du peuple qui n'était guère éloigné d'accepter comme mot d’évangile tout ce qui tombait de la plume de son auteur.

Son fils, Michel Nostradamus, dit le Jeune, trouvant la carrière de prophète d’almanaeh assez lucrative, y entra et se mit aussi à prédire l'avenir. Moins heureux cependant que son père, il fut toute sa vie démenti par les faits. S'étant avisé un jour d'annoncer la destruction de la petite ville de Pouzin, dans l'Ardèche, il eut le chagrin de constater que l'événement ne répondait point à son attente. Furieux d'être pris ainsi en flagrant délit de mensonge, il conçut l’idée singulièrement originale d'aider à la réalisation de sa prophitie en mettant le feu à la ville ! Cette malencontreusce idée lui valut pour toute récompense la peine capitale,

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Le succès du premier des Nostradamus eut pour effet de susciter une multitude d'astrologues qui s’employèrent à accumuler tant de prédictions ridicules que les rois de France durent sévir et lancer des édits de répression pour empêcher la propagation dans les campagnes de superstitions dangereuses.

En 1636, sous la signature de Mathieu de Laensberg, parut un almanach—ZA4/manach de Liège —dont la vogue égala celle qui accueillit la première publication de Nostradamus. (1)

1—C'est en 1625 ou 1636 (on n'est pas fixé sur la date) qu'il fut fondé par Mathieu Luensberg sous le titre d’Almanach supputé sur le méridien. de Liège. (Liège, imprimerie de Léonard Street, in-24). Dès le milieu du X VIe siècle, la Belgique, qui, de tout temps, a aimé la contrefacon, avait eu un almanach inspiré par celui de Nostradamus ; l’Angleterre avait également vu se produire les prophéties des Almarachs de Moore ; l’Allemagne et la Suisse possédaient des Messagers boîteux imités de l’Almanach publié à Bâle sous ce titre, et dont le succès n'est pas tarié. Mais aucun de ces livres ne devait obtenir la vogue immense, ininterrompue, fabuleuse de celui de Mathieu de Laensberg. Quel était

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Mathieu de Laensberg était aussi prodigue de ses prédictions que Nostradamus et était

donc cet expert en pronostications, ce maître ès choses futures qui sut se préparer pour de si longues années une pareille confiance auprès des générations crédules ? Une sorte de légende fiotte vaguement autour de sa renommée, et l’on ne sait pas même s'il fut chanoine, comme on l'a prétendu, ou simplement astrologue de profession. Toujours est-il que, dans son almanach de 1636, Mathieu Laensberg fait suivre l'indication des époques historiques, des fêtes mobiles, etc., de prédictions sur le beau temps, la pluie et les événements prochains ; on y trouve les douze signes célestes gouvernant le corps humain ; on y voit quel est le temps le plus favorable pour couper les cheveux, pour prendre médecine, etc.

I] n’en fallut pas plus pour mettre ce livre en faveur et si rapidement que l'on vit surgir une quantité d’imitations. On copia son titre, ses prédictions, en signant le tout du nom de Laensberg, sans parvenir néanmoins à détrôner l'ouvrage original, exploité comme une mine, par les éditeurs qui se transmirent et qui renouvelèrent chaque année ses oracles.

(VicTror CHAMPIER.)

aussi habile que son prédécesseur à exploiter la crédulité des masses.

On raconte à son sujet une curieuse anec.

dote qui d‘montre assez éloquemment que si Mathieu de Laensberg n'avait pas le don de conjurer les éléments ni de les faire agir à sa guise, il était au moins doué d'un incroyable sans géneet que la préparation de son almanach ne lui coûtait point un grand effort do travail.

Mathieu de Laensberg, dit la chronique, avait l'habitude de dicter à sa nièce ses prédictions météorologiques que celle-ci éerivait en regard des divers jours de l’année. Il en était rendu ce jour-là au 23 août : Orage, grande pluie, dit tout bonnement l’oracle.— Mais, mon oncle, reprit la jeune fille, le 23 août, c'est précisément le jour de ta fête. — Oh alors, c’est différent ! répond l'excellent oncle. Beau temps, ma fille, beau fixe.

Et l’on inséra dans l’almanach Beau temps,

beau fixe, pour la grave raison que le 23 août

tombait la fête du brave oncle passé prophète |

Après les almanachs de Nostradamus et de Mathieu de Laensberg dont les fouless’engou-

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èrent, il convient de citer citer ici l’almanach du Bonhomme Richard publié en 1732 par l'illustre Franklin. Ce fut le premier ouvrage de ce genre qui parla le langage de la raison, Puis l'almanach de Gotha, dont la cél'brité na cessé de grandir et que l’on consulte encore de nos jours pour retracer la gén'alogie des grandes familles de l'Europe. Fondé en 1764, l’almanach de Gotha compte, depuis cette date, deux éditions particulières : l’une allemande, l’autre française. Le contenu de cet almanach se divisait, dans le principe, en articles permanents et en varittés. ces dernières embrassant tous les sujets En 1798, on commença à publier la chronique des évé.

nements remarquables de l’année et quatre ans plus tard on ÿ ajouta la liste des envoyés des grandes puissances dans les Etats de l’Europe. En 1825, la diplomatie et les géntalogies européennes occupèrent la plus grande place, La forme de l’almanach fut dès lors fixée et ne varia plus.

C’est en 1768 qu’on commença à illustrer le calendrier par des estampes placées entre les douze mois. Elles ne consistèrent tout d’abord qu’en figures allégoriques ; mais de 1774

à 1778, on emprunta leur sujet aux romans ou pièces dramatiques alors en vogue. Dans les premières années de notre siècle, les sujets des illustrations sont les portraits des souverains et d'hommes célèbres, des vues d'endroits et

’Cditices remarquables. L'édition de 1826 fut illustrée des pavillons des principales na: tions de l'Europe. A purtir de 1832: on ne publia plus que des portraits de princes et de princesses.

Les almanachs—je n'ai nommé ici que les principaux (1)—portent naturellement l’empreinte du caractère et des tendances de l’épo-: que qui les a vus se produire.

Sous Louis XIV, l'almanach est galant (2) ; il devient philosophe sous la Révolution ; politique avec 93, socialiste en 1848 et 1851. Sousle second empire,il s'attache aux anecdotes et aux légendes militaires. Après 1870, il se transforme on un recueil de biographies d'hommes politiques et de littérateurs. De nos jours,

1—I1 scrait assez difficile de déterminer, même approximativement, le nombre d’alma:

nachs publiés en Europe, depuis la découverte de l'imprimerie. Ils sont légion! Nous avons cependant quelques données sur le nom:

l’almanach, prenant son complet essor, aborde

bre d’almanachs publiés en France et en Bel-

gique, à certaines périodes,

Le Camus de Mézières, dans son livre, l'Æsprit des Almanachs, publié en 1789, décrit, par exemple, 140 almanachs ayant paru de 1712 à 1786, mais cette liste est fort incomplète.

Henri Welschinger mentionne 268 almapachs pour les seules années qui vont de 1788 à 1800. Encore en a-t-il omis un grand nombre, dit M. Champier.

En 1760, il fut distribué à Paris 73 almanachs sous des titres différents.

M. Warzée, dans ses Recherches bibliograpiques sur les almanachs belges, décrit 450 almanachs publiés, du XVe au XIXe siècle, dans trente localités différentes de la Belgique.

2—Sous le règne de Louis XIV l’almanach, au dire des historiens, n'eut point toute la latitude, toute la liberté que lui avaient accordés les rois de France, ses prédécesseurs. Comme l'almanach ne se bornait déjà plus à annoncer la pluie et le beau temps, mais s'arrogeait le droit de prévoir les orages politiques, Louis XIV tit paraître certains règlements prohibi-

‘ tifs qui en arrêtèrent l'essor. [a mode se tourna alors aux almanachs avec grands calendriers, et l’on prit l'habitude d'en donner en guise d’étrennes. Les almanachs étaient d’ordinaire richement reliés,

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L’almanach canadien devait infailliblement subir, à l'instar de ses frères aînés d'Europe, bien des métamorphoses, mais à aucune époque de sa carrière, il ne revêtit un caractère politique, philosophique, socialiste ; il ne fut pas même galant ! (1)

Ses fondateurs—car il y en a eu deux— Fleury Mesplets (2) à Montréal, et William Brown (3) à Québec, s'appliquèrent avant

1—Comme question de fait, l'almanach canadien, toujours fidèle aux traditions de ses fondateurs, s'est borné à n’être, en tout temps, qu’un recueil d'informations générales, Aucun de nos almanachs, même parmi ceux publiés à notre époque, n’a abordé la politique ou la littérature.

2—Joseph Fleury Mesplets établit à Montréal en 1776, avec C. Berger, la première imprimerie.

3— William Brown est avec Thomas Gilmore le fondateur du premier journal impri:

mé au Canada, la Gazette de Québec (1774); Brown mourut en 1789.

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