‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 161 sur 180 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

au silence de l'histoire sur les longs entretiens et les intimes entrevues de ces grands défenseurs de la vérité, on ne peut taire le souvenir que la tradition du pays en a longtemps conservé. On montrait, au x° siècle, près de la ville, un puits d'une immense capacité, sorte de crypte, où les chrétiens, au commencement du iv siècle, avaient, disait-on, réuni les corps des martyrs immolés pendant la persécution de Dioclétien. Athanase aimait cette sombre retraite qui lui rappelait les puits de FÉgypte, sa patrie, et la couronne promise aux athlètes du Christ. Là, en compagnie de Maximin, il gémissait sur les maux de l'Église; il conjurait ces glorieux défenseurs de la foi de hâter le moment du triomphe de la vérité. Suivant la même tradition, le saint exilé aurait composé son symbole dans le silence et le recueillement de cette crypte; ce serait également en présence des restes sacrés de ces martyrs qu'il aurait écrit à son Église d'Alexandrie cette lettre touchante datée du consulat d'Ursus et de Polemius, l'an 338.

« Non, s'écrie- t-il , non, parce que nous sommes loin de vous, mes frères, ce n'est pas une raison pour que nous oubliions l'usage de nos pères, au point de ne pas vous annoncer le temps de Pâques avec le jour de sa solennité. Aussi, encore que nous soyons enchaîné par les tribulations que vous savez, et que nous soyons environné d'embûches, Dieu nous donnant des forces et nous procurant des consolations au milieu de nos angoisses, nous vous signifions notre Pâque de salut, des extrémités de la terre où nous sommes relégué... » Ces passages jettent une' vive lumière sur la situation d'Athanase à la cour de Constantin le Jeune, ils apprennent que ses ennemis avaient poussé la haine du vénérable proscrit jusqu'à essayer de le perdre dans l'esprit du jeune souverain des Gaules. Ils semaient le mensonge et l'intrigue dans le palais; ils l'accusaient de sabellianisme auprès des évêques occidentaux, s'ingéniant à tirer de ses écrits la preuve de leurs malignes imputations. Que l'on se représente d'une part la faiblesse de ces esprits incertains, toujours en assez grand nombre dans les temps de controverse, soit à la cour, soit dans le clergé; et, d'autre part, le mauvais vouloir d'une foule d'hommes d'État, de magistrats fort peu instruits et très-enuuyés de ces querelles théologiques, l'on avouera que l'influence et l'amitié de Maximin de Trêves furent pour Athanase et pour la cause catholique tout entière un secours immense et un solide rempart. Grâce à l'ascendant de sa vertu, à l'éclat de ses miracles , à l'autorité métropolitaine de son siège, et à la confiance ilUmitée dout l'honorait le jeune Constantin, l'évêque de Trêves put seul briser le réseau d'intrigues formées contre la réputation de son saint ami. On ne doute pas que ce ne fût à cette occasion qu'il composa les savants écrits contre l'arianisrae qu' Athanase citait comme autant de témoins de son innocence et de son orthodoxie '.

Pendant que ces deux illustres prélats s'unissaient pour combattre l'erreur et pour implanter la foi dans les âmes. Dieu intervenait subitement dans la lutte, en appelant à lui le pieux, mais trop crédule empereur Constantin, le 22 mai 337; cette mort fut à peine connue à Trêves, que l'opinion publique se montra favorable sans restriction au saint évêque d'Alexandrie. Athanase alla rendre une visite de condoléance, en compagnie de son ami l'évêque de Trêves, au jeune Constantin, qui, en sa qualité de fils aîné, entrait dès lors en possession d'une autorité nonseulement suprême, mais prépondérante. Sur les instances de Maximin, le prince, avant de quitter sa capitale pour se rendre auprès de ses frères, voulut annoncer lui-même aux fidèles d'Alexandrie, par une lettre pleine de sentiments élevés,

1 Bollandistes , Acta sandorum.

l'heureux et prochain retour de leur saint et bien-aimé pasteur. Il y a tout lieu de croire que le jeune César se servit de la plume de l'évêque Maxirnin, son conseiller intime, pour rédiger ce touchant témoignage de sympathie et de respect. Tandis qu'un courrier portait en toute bâte cette joyeuse missive, Constantin le Jeune se faisait accompagner, dans son voyage en O.ient, par Aihanase et Maximin; il avait à cœur d'utiliser leur science et leur sagesse dans les questions relatives aux intérêts de l'Église aussi bien que de l'État qui allaient être traitées à Naisse, où ses deux frères étaient déjà réunis. Le jeune César, aidé des deux saints prélats, détermina ses frères à décréter le retour de tous les évêques catholiques exilés sous le précédent règne. Cette mesure jeta d'abord les ariens dans la consternation; mais bientôt ils relevèrent la tète et redoublèrent leurs efforts pour arrêter les effets du rescrit impérial.

Pour mettre un terme à de pareils désordres, le pape Jules avait convoqué à Rome, non-seulement les évêques de l'Occident, mais encore Athanase et tous les prélats catholiques de l'Orient. Les serai- ariens comprirent que leurs machinations seraient anéanties par tous ces juges intègres; ils résolurent de dissimuler et de traîner l'affaire en longueur par des protestations réitérées; ils réussirent dans leur plan; mais ils ne purent empêcher les évêques de l'Occident, réunis à Rome, de proclamer l'innocence d'Athanase et d'invalider tout ce qui avait été fait contre lui. Maximin de Trêves eut une large part dans cette décision pontificale; ce qui excita contre lui la colère des eusébiens; il n'en détermina pas moins le jeune empereur Constantin à provoquer dans le plus bref délai la libre réunion d'un concile général à Sardique, en lUyrie, où l'on reconnut de nouveau l'innocence d'Athanase. Maximin ne survécut pas longtemps à ce dernier acte de son zèle apostolique; il revint auprès de son frère Maxentius, évoque de Poitiers; puis il voulut revoir une dernière fois la maison paternelle, à Silly, près de Loudun. Il y a dans ce désir un charme émouvant; on aime à trouver chez les grands esprits, chez les âmes fortes les délicatesses de la nature la plus sensible et la plus aimante. Tandis qu'il priait peut-être sur la tombe de ses parents, la mort vint le surprendre, le 12 septembre de l'an 347.

Ainsi le christianisme devenait de plus en plus influent dans l'empire, et spécialement dans les Gaules, à la faveur de ces assemblées d'évêques où les peuples s'habituaient peu à peu à aller ch-Tcher Its vrais principes de la justice et de la charité. Les princes, qui commençaient à subir, bon gré, mal gré, l'ascendant irrésistible de ces pontifes qu'illuminait la double auréole du génie et de la sainteté, secondaient presque tous ce mouvement religieux et civilisateur.

Page 1