CHAPITRE II
monument funèbre on a 1 âti deux églises. L'Église inférieure n'est autre que l'oratoire construit par les soins de l'illustre hôtesse du Siuveur. Le terrain à l'extérieur tendait sans cesse à s'élever par reflftt des dépôts successifs qu'ont amenés les débordements du Rhône; on pratiqua des fenêtres hautes dans les petil-es chapelles. Plus tard, probablement sous les princes carlovingiens, pour remédier à l'embarras qui résultait, dans les grands concours de pèlerins, de l'encaissemeut et de l'insufflsance de ces différentes chapelles, on érigea sur le flanc, vers le midi, une église plus spacieuse dont on découvre un reste dans le portail latéral. L'an d 197, on termina l'église supérieure, vaste et magniflque vaisseau gothique, justement admiré pour sa majestueuse simplicité, ses belles proportions, la hardiesse des piliers et l'élégance de coupe de la nef. Des tableaux de grands maîtres y déroulent aux regards, sous les traits les plus vifs et les plus gracieux, chacune des scènes de la vie de sainte Marthe.
Tarascon, à toutes les époques, rivalisa noblement de zèle avec les papes et les rois pour la glorification de son auguste patronne. Son hôtel de vil!e lui est dédié; la monnaie qu'elle frappait sous le roi René était à son effigie, aussi bien que son contre-scel; elle ajouta deux autres lampes aux quatre qui brûlaient nuit et jour devant le tombeau ; elle fît don d'une châsse d'argent doré, qui fut remplacée, moins le pied, par celle de Louis XI; jamais elle ne voulut laisser emporter le reliquaire à Marseille pour le soustraire aux huguenots du Languedoc; jamais elle n'a manqué, après les révolutions et les guerres, de restaurer par tous les moyens que lui suggérait sa piété généreuse un culte qui ne lui est pas moins cher que sa propre existence •.
L'évêque Maximin, compagnon apostolique des saintes femmes, connut par révélation le jour où le Juge suprême devait le retirer de ce monde et le récompenser de ses travaux; il fit préparer le lieu de sa sépulture, et ordonna de déposer son sarcophage près du m-ausolée de Marie Madeleine, dans l'oratoire qu'il avait élevé sur ses restes vénérables. Ce sanctuaire, devenu célèbre par d'innombrables prodiges, inspirait aux pèlerins un respect religieux si profond, dit Raban-Maur, que nul, fût-il roi, prince ou autre revêtu d'une dignité quelconque, n'osait y venir solliciter le salut de l'âme ou la santé du corps , sans dépouiller sur le seuil avec ses armes toute fierté brutale, et donner d'ostensibles marques d'une humble piété. Jamais femme, quelle que fût sa condition, n'eut la témérité d'y pénétrer. Ces coutumes prohibitives semblent avoir duré jusqu'à Louis XIV, dont la mère, Anne d'Autriche, désira communier dans la crypte même qui abrite les tombeaux réunis de sainte Madeleine et de saint Maximin. Ces monuments funéraires, qui portent incontestablement le cachet des premiers âges du christianisme dans les Gaules, sont, de tous les sarcophages chrétiens de la Provence, si riche en antiquités religieuses, les plus précieux pour l'histoire de la discipline ecclésiastique et des beaux-arts. . Une autre preuve de la traHUon relative à l'apostolat de Maximin se tire de l'ancien office de ce saint pontife, à l'usage de l'Église d'Aix ; on y renvoie au Commun des apôtres pour toutes les parties qui ne se trouvent pas au Propre des saints ; ce n'est pas qu'on veuille L'égaler aux apôtres mêmes, puisqu'on marque expressément qu'il fut seulement l'un des soi.xante-douze disciples du Sauveur; mais on jugeait avec raison que l'office des apôtres lui convenait mieux qu'aucun autre. On observe cette même distinction dans ks litanies extraites par Peiresc du Processionnal de l'Église de Fréjus ; on y invoque saint Maximin immédiatement après les apôtres et les évangélistes, en ajoutant aussitôt : Tous les sai'nfs disciples du Seigneur, priez pour nous.
1 Sainte Marie Madeleine et lef: autres amis du Sauteur, apôtres de la Pruvence, par le R. P. Benoît Valuy. Lyon, 1867.
Il a existé dans l'église méfropolilaine d'Aix, jusqu'au commencement de ce siècle, un oratoire du Saint-Sauveur, vulgairement appelé la sainte Chapelle, si petite qu'à peine pouvait-elle contenir une dizaine de fidèles à genoux. Cette chapelle, située dans la nef dite du Corpus Domini, était isolée de toute part, excepté du côté du midi mais entourée d'une constante vénération. Ce respect extraordinaire était fondé sur la persuasion universelle que ce modeste édifice avait d'abord été construit par l'ordre de Maximin; que ce saint évêque l'avait dédié au Sauveur et y avait célébré les adorables mystères; qu'enfin sainte Madeleine et saint Maximin s'y retiraient pour y vaquer à la contemplation avec les néophyte^!. On sait qu'avant les ravages des Sarrasins la ville d'Aix n'occupait point sa position actuelle, et que l'oratoire du Saint-Sauveur se trouvait ainsi séparé des habitations par de vastes champs; or rien de plus en harmonie avec les usages des premiers temps du christianisme et les mœurs des hommes apostoli:|ues venus de la Judée que la construction de ces petits édifices dans des lieux écartés et solitaires.
La tradition attribue à saint Maximin, le premier qui ait conféré le baptême aux habitants d'Aix, l'établissement primitif du baptistère du Saint-Sauveur. Les évêques consécrateurs de la nouvelle cathéJrale, l'an 1103, attestent que Madeleine et Maximin avaient été, en effet, les fondateurs non-seulement de l'oratoire du Saint-Sauveur, mais encore de l'église Saint-Jean-Baptiste, située au midi de cette même cathédrale; ce qui Indique précisément la position de l'édifice spécial où, dès les premiers siècles, on baptisait les adultes par immeision. Les évêques précités n'attribuent pas à Maximin le baptistère actuel avec sa vaste rotonde, soutenue par huit grandes colonnes , six en marbre vert antique et deux en granit, puisqu'ils disent que ce pontife en a été le premier fondateur. On le reconstruisit sans doute avec celte magnificence lorsque le christianisme devint la religion dominante dans les Gaules; alors il était convenable d'avoir un baptistère proportionné au nombre des catéchumènes, et qui ne le cédât pas pour l'architecture aux temples des faux dieux. Cette reconstruction peut remon'er au v^ siècle, époque à laquelle les chrétiens de la Provence possédaient déjà depuis longtemps les remarquables sarcophages de la crypte de l'église basse de Saint-Maximin.
Ea résumé, les consciencieuses et savantes recherches de l'abbé Paillon confirment de tous points la tradition relative aux apôtres de la Provence. L'érudit sulpicien produit une Vie de sainte Marie Madeleine, composée au ix* siècle par Raban-Maur, archevêque de Mayence; si l'écrit du célèbre Raban-Maur prouve que l'apostolat de saint Lazare et de ses sœurs était universellement admis au ix<' et au viii^ siècle, une autre Vie de sainte Madeleine , rédigée au V ou au vi« siècle, démontre que le même sentiment avait cours dans les âges précédents. Faut -il chercher en dehors de la France des documents à l'appui de la tradit'on provençale ? L'Italie en fournit un très-authentique dans les Actes de saint Alexandre de Brescia; les martyrologes de l'Église grecque et de l'Église latine supposent l'arrivée de la sainte famille de Bé- Ihanie dans les Gaules, et le Bréviaire romain l'affirme dans les termes les plus irrécusables.
Ce que l'histoire rapporte, l'arcbéoîogie l'atteste : la crypte de Saint-Maximin renferniant les tombeaux du premier évêque d'Aix et de sainte Marie Madeleine, sarcophages qui, au jugement de tous les antiquaires, datent des premiers sièùles du christianisme; la grotte de la Sainte-Baume, honorée de temps immémorial comme un lieu sanctifié par les larmes de l'illustre amante de Jésus-Christ; l'oratoire du Saint-Sauveur à Aix, dont l'oriiiine a toujours été attribuée à saint Maximin lui-même; le sépulcre de sainte Marthe à Tarascon, auprès duquel déjà Clovis était allé prier pour obtenir sa guérison ; la prison de saint Lazare à Marseille, antique