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CHAPITRE III

DEUXIEME GROUPE DE MISSIONNAIRES DE LA FOI DANS LES GAULES OU LES SEPT ÉVÉQUES ENVOYÉS PAR SAINT PIERRE ET LEURS COMPAGNONS

Paul Serge , fondateur de la première communauté chrétienne de Narbonne. — Preuves de sa mission en Espagne. — 11 est calomnié ; son innocence reconnue par ses collègues , les évéques des Gaules. — Monuments de son culte. — Trophime , fondateur de la première- communauté chrétienne d'Arles. — 11 se montre le disciple affectueux et dévoué de l'apôtre saint Paul. — Il s'eff'orce d'établir le christianisme sur les ruines du paganisme autour d'Arles. — Saturnin , fondateur de la première commimauté chrétienne de Toulouse. — Preuves de sa mission apostolique. — Son martyre et son culte. — Austremoine , fondateur de la première commrmauté chrétienne dans la cité des Arvernes. — 11 envoie ses auxiliaires dans les montagnes d'alentour. ^- 11 combat contre le druidisme, le paganisme et le judaïsme. — Chute lamentable d'Urbicus. — Austremoine se retire dans la solitude d'Issoire. — Preuves de sa mission apostolique. — Martial , fondateur de la première communauté chrétienne de Limoges. — Il convertit la fille du sénateur Loocadius. — Ses miracles dans le cachot où les prêtres païens l'avaient enfermé avec ses compag>nons apostoliques. — On lui attribue deux lettres. — Sa mort et son culte. — Catien, fondateur de la première communauté chrétienne de Tours. — Il est accablé d'injures. — Il se retire dans uu lieu solitaire où l'on bâtit depuis Marmoutier. — Il construit un cimetière dans xm des faubourgs de la ville. — Il y fonde im hôpital. — Valère, Eucher et Materne jettent les fondements des premières communautés chrétiennes de Trêves et de Cologne. — Documents relatifs à la mission apostolique de ces trois évéques. — Martyre de Nazaire et de Celse , sous Néron. — Leur culte.

Un demi-siècle ne s'était pas écoulé depuis qu'un navire jeté à la mer par les Juifs déicides avait amené de Jérusalem au delta du Rhône la sainte famille de Béthanie , et que le grand Paul était venu poser les bases des principales Églises de la Gaule méridionale, laissant Grescent à Vienne, Paul Serge à Narbonne, Trophime à Arles, lorsque saint Pierre, qui de Rome inspirait le Docteur des nations, déploya le réseau épiscopal fixé par ces trois points fondamentaux. La mission des sept évéques et de leurs compagnons s'organisa promptement sous ses auspices pour porter le flambeau de la foi au delà des monts. Les chefs de cette mission établirent Paul à Narbonne, Trophime à Arles, Martial à Limoges, Austremoine à Clermont, Catien à Tours, Saturnin à Toulouse, Valère à Trêves, le centre de leurs opérations apostohques, guettant, comme l'aigle du haut de son aire, les régions environnantes et le moment de s'y élancer à la pacifique conquête des âmes. Les quatre grandes voies percées à Lyon par Agrippa, lieutenant d'Auguste, s'ouvrirent au loin sous leurs pas. Dans

leur ensemble, elles coupaient le territoire transalpin au nord, au nord-ouest, au sud, au sud-ouest. Celle du nord aboutissait au Rbin et à l'océan Germanique par Chalon-sur-Saône, Langres, Metz, Trêves et Coblentz; celle du nord-ouest gagnait, par Autun, Sens et Beauvais, les grands ports de l'Océan et le détroit de Bretagne; celle du sud-ouest conduisait par les montagnes d'Auvergne au golfe Aquitanique, en traversant Limoges et Saintes; celle du sud enfin longeait le Rhône sur sa rive gauche, et, se bifurquant à Tarascon, allait rejoindre Narbonne et Marseille. Les envoyés de saint Pierre parcoururent en héros ces routes stratégiques providentiellement préparées^ et ne les quittèrent qu'en vainqueurs.

D'abord un sentiment unanime a vénéré, de temps immémorial, dans Paul Serge, fondateur de l'Église de Narbonne, le proconsul de Chypre, dont la conversion miraculeuse est racontée dans l'admirable épopée qu'on nomme les Actes des apôù^es. Le proconsulat réunissait dans les limites de son gouvernement le pouvoir administratif et judiciaire. Paul Serge, doué d'une rare prudence, voulut entendre saint Paul, qui venait d'arriver avec saint Barnabe à Paphos, résidence ordinaire du proconsul. Il fut vivement ébranlé par la parole éloquente des deux apôtres; mais le magicien Barjésu employait toute la puissance de son art infernal pour détruire les bons efifets delà prédication de l'Évangile; alors saint Paul, indigné du prestige qu'exerçaient les artifices de Barjésu, dit à ce Juif rempli de ruses : Hoimne trompeur, fils du démon, ne cesseras-tu donc j)as de pervertir les voies du Seigneur^ Dieu va te frapper de sa main; tu deviendras aveugle et tu ne verras plus le soleil pendant un certain temps. Le magicien perdit aussitôt la vue et tournoya sur lui-même, cherchant un point d'appui. Ce miracle convertit le proconsul. Ce nouveau disciple du Christ, laissant là les grandeurs du monde et abandonnant la haute position qu'il occupait dans l'empire, s'attacha désormais à saint Paul, qui venait de le baptiser en lui donnant son nom; il le suivit à Rome, où il devait subir avec lui le supplice sous l'empereur Néron. Après une dure captivité de deux ans, le Docteur des nations se rendit avec Paul Serge en Espagne par la Narbonnaise ; il y recueillit, comme ailleurs, les fruits de salut dus à l'ardeur de son zèle; puis, à son retour, il consacra son compagnon évêque de Narbonne avec la mission d'étendre les progrès du christianisme aux autres villes de la province.

Il n'existe aucune raison sérieuse de révoquer en doute cette tradition, confirmée par le vieux martyrologe dont l'Église romaine se servait au temps de saint Grégoire le Grand. Elle a été soutenue avec énergie par l'archevêque Pierre de Marca dans sa lettre à Henri de Valois : ce prélat cite le texte d'Usuard et d'Adon, qui donnent à Paul Serge le litre, l'un, de disciple des apôtres, l'autre, de disciple de saint Paul. Si l'on ajoute à ces témoignages, d'une valeur incontestable, l'autorité des écrivains de VArt de vérifier les dates, de l'Histoire du Languedoc, de l'Histoire de l'Église gallicane, des Acta sanclorum et du Gallia christiana, qui penchent aussi pour l'opinion émise par les martyrologes d'Adon et d'Usuard, on verra s'accroître et se corroborer la masse de preuves qui plaident en faveur de l'apostolat de Paul Serge dans la Narbonnaise.

Le zèle de Paul Serge ne put être contenu dans les limites de Narbonne, sa ville épiscopale, ni même du midi de la Gaule; cela paraît d'autant moins surprenant que les premiers prédicateurs de l'Évangile étaient des évêques missionnaires qui, bien qu'attachés à des sièges particuliers , allaient souvent d'une ville à une autre ville, et même d'une contrée à une autre contrée pour y implanter les germes de la foi. La proximité de l'Espagne, les heureuses dispositions de ses habitants et l'espoir fondé de les gagner à Jésus -Christ devaient donc naturellement déterminer Paul Serge à y faire une excursion. De plus, n'est-il pas logique de penser que, ayant accompagné

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