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CHAPITRE III

Je Docteur des nations dans la Gaule méridionale, il brûla du désir de suivre son maître par delà les Pyrénées, où, selon les témoignages les plus graves, celui-ci annonça la parole divine avec un si éclatant succès, que les autorités païennes s'en émurent et chassèrent du pays tous les ouvriers évangéliques?

Cotte mission ultra pyrénéenne, attestée par une foule d'écrivains respectables, trouve une preuve d'une grande force dans une inscription latine du i" siècle, découverte à Rio-Pisuerga; en voici la traduction : A Claude Néron, César Auguste, souverain pontife, pour avoir purgé cette province des voleurs et des hommes qui enseignaient au genre humain une superstition nouvelle. Évidemment ces professeurs d'une superstition nouvelle n'étaient autres, aux yeux du paganisme, que les missionnaires apostoliques, puisque Tacite et Suétone ont relaté le fait dans leurs livres, et que les paroles de cette inscription présentent une identité frappante avec celles qu'emploient ces annalistes. Tacite appelle la religion chrétienne exitiabilem superstitionem, une superstition pernicieuse. Suétone se sert des expressions superstitionem novam etmaleficam, superstition nouvelle et malfaisante. Ces missionnaires, d'après les traditions les plus anciennes et les plus universellement accréditées, c'étaient saint Paul et son disciple Paul Serge; de là cette popularité qui, dès les temps apostoliques, entoura le nom de ce saint évêque de Narbonne, et la vénération perpétuelle qu'on lui a vouée en Espagne, au point de lui attribuer les premiers succès de la prédication évangélique à Barcelone et dans la plupart des villes de la Catalogne, ainsi que le constate Salazar dans son martyrologe espagnol.

Plusieurs auteurs même prétendent qu'il y vint à deux époques différentes; ils disent qu'après avoir quitté 1 Espagne au moment où les missionnaires en furent expulsés, il y retourna par suite d'un avertissement du Ciel. Guillaume Hulard, prêtre de Saint-Paul de Narbonne, qui composa, en 1364, la Vie de ce saint prélat sur des manuscrits anciens; Pierre de Natalibus, son contemporain, qui en publia un abrégé; du Saussay, dans son martyrologe des saints de France, appuient cette assertion.

Ce fut probablement avec l'époque du second voyage de Paul Serge dans les Gaules que coïncida la mission des sept évêques envoyées par saint Pierre. Voilà pourquoi sans doute il figure dans ce groupe d'apôtres. En passant le Rhône près d'Arles, il ressuscita le pilote qui s'était noyé dans le fleuve; le bruit de ce miracle se répandit dans toute la contrée et détermina un grand nombre de païens à embrasser le christianisme '.

D'après l'ancienne légende de ce saint évêque, écrite au v^ siècle par un anonyme et insérée par les continuateurs de Bollandus dans leurs Acta sanctorum au 22 mars, avec de savants commentaires, il aurait établi primitivement son siège à Béziers, ville du bas Languedoc, dans le territoire des Volces-Tectosages, où il diminua, par ses leçons et par ses exemples, le nombre des infidèles; puis, ayant ordonné à sa place Aphrodisius, sacrificateur d'Héliopolis, baptisé par saint Pierre et martyrisé sous Néron le 28 avril 65, il se serait consacré entièrement à la conversion des habitants de Narbonne. A son arrivée dans cette cité florissante, il opéra un prodige qui donna de l'efficacité à ses enseignements; il délivra du démon le fils de la veuve du gouverneur et lui conféra le baptême , ainsi qu'à une foule de personnes touchées de la puissance miraculeuse de l'homme de Dieu. Les vertus qui brillaient en lui encourageaient, fortifiaient les néophytes; les conversions se multipliaient; les chrétiens récompensaient le zèle de leur évêque par l'amour filial dont ils ne cessaient de lui prodiguer les marques les plus vives. Par intervalles il allait en Espagne, sui-

1 Vie de saint Paul Serge, suivie d'uue Dissertation, par l'abbé llobitaille. 1837.

vant la voie romaine qui conduisait de Nice à Barcelone; il avait conservé une vieille affection pour la partie de cette péninsule où il pouvait compter quelques fidèles , mais dispersés, sans pasteur connu pour les diriger et les consoler, sans église pour se rassembler et prier en commun.

Toutefois la vie de Paul Serge^ animé de Tespritle plus apostolique, ne put échapper à la calomnie; dans la haine qu'ils avaient conçue contre lui, deux diacres indignes tentèrent de flétrir sa réputation; ils ne reculèrent point devant des accusations infâmes contre leur évêque. Paul Serge ne se laissa point abattre par cette douloureuse épreuve; fort de son innocence , il ne voulut pas qu'un souffle impur vînt, ne fût-ce qu'en passant, faire tache sur son nom; il pria ses collègues des Gaules de s'assembler pour le mettre en jugement. La calomnie tomba honteuse et impuissante au sein du synode; les ennemis de l'évêque se virent contraints de rendre eux-mêmes hommage à sa sainteté. Quelque temps après cette éclatante manifestation de sa vertu, Paul Serge, averti de sa fin prochaine, consacra évêques le diacre Etienne et le prêtre Rufus; il désigna le premier pour son successeur à Narbonne, et le second pour occuper le siège d'Avignon. Ce fut le dernier acte de sa vie, bientôt il expira dans son église même, où il était en prière et où il fut inhumé.

Son corps demeura dans le lieu où il avait été déposé jusqu'à la révolution de 93; alors les septembriseurs le profanèrent et le livrèrent aux flammes. Les parcelles dérobées à la fureur de l'impiété furent mises dans une châsse modelée sur l'ancienne et placée, comme autrefois, sur le tabernacle du raaitre-autel de son église, où elles sont toujours l'objet du culte non-seulement des habitants de la ville, mais de ceux des pays voisins; si l'on en croit une antique tradition, l'église actuelle de Saint- Paul, construite à l'époque de transi'ion entre la période romane et la période ogivale, renferme dans sa magnifique enceinte l'emplacement de l'oratoire que Paul Serge éleva en l'honneur de la sainte Vierge. Non loin de cette église, il y a la place des Infidèles et la rue Sainte; la chronique locale, pour expliquer ces singulières dénominations, raconte que les habitants de la Petite-Place résistèrent d'abord aux prédications de leur apôtre, tandis que ceux de la rue Sainte s'y montrèrent dociles en embrassant immédiatement le christianisme.

La prédication de l'Évangile ne se concentra pas exclusivement dans les mains de Paul Serge à Narbonne. Cette ville était citée par le géographe Strabon comme la plus importante de la province à laquelle elle donna son nomj elle entretenait, par mer, des relations commerciales avec l'Espagne, l'Afrique, la Sicile et l'Italie; mais à ses côtés florissait Arles, la petite Rome des Gaules, qui ne pouvait dès lors ne pas attirer sur elle, avec les regards des Apôtres, quelques rayons de la lumière qu'ils répandaient de toutes parts dans l'empire romain.

Les lettres échangées, au iv^ et au v° siècle, entre les évêques de la province d'Arles et les souverains pontifes, attestent que tous, d'un commun accord, reconnaissaient l'apostolicité de cette Église ; ils déclarent hautement que Trophime en a été le fondateur;

Trophime était né sur les fortunés rivages dTonie, non loin de la patrie d'Homère, àÉphèse, célèbre chez les païens par son temple de Diane, mais chère aux chrétiens pour avoir reçu la Vierge Marie, lorsque le disciple bien-aimé, auquel Jésus mourant avait confié sa sainte Mère, l'y conduisit après l'Ascension. Ainsi il avait appris de Jean, ami de prédilection du Sauveur, les récits du drame évangélique; il avait pu recueillir de la bouche de Marie d'intimes détails sur la vie du Christ; il fut l'un des douze disciples auxquels saint Paul imposa les mains en traversant Éphèse; dès lors il accompagna le grand Apôtre des nations dans tous ses voyages de l'Asie en Macédoine, du royaume d'Alexandre aux rivages de Troie, de la Grèce en Pa-

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