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lu-l&idore croisa les deux mains^et flt l'échange des billets contre la clef.
— Mais, dit Saint-Victor en déchirant les billets, je doute que Victorine...
Le bourgeois hocha la tête avec fatuité.
— Il faut que vous héritiez de tous mes sentiments.. . Vous connaissez le jeune violoncelle?
— Théodore ? dit le bourgeois.
— Il a un rendez-vous ce soir. C'est un terribl rival.
— Nous arrangerons cela. Y a-l-il une croisée qu donne sur la rue ?
— Est-ce que vous avez l'intention de le jeter par la fenêtre?
— Pas le moins du monde.
— Il y a une croisée, dit Saint-Victor.
— C'est bien ! Donnez-moi un garçon de théâtre.
Le dh-ecteur appela le garçon de service et lui enjoignit d'obéir aux ordres de M. Marteau, qui s'en alla tranquillement en se faisant suivre.
En relevant le décor du fond, on retrouva M. Ponceau blotti derrière. L'insuccès du Déjeuner à Château- Thierry avait déteint sur toute sa personne; il était plus pâle qu'un moribond.
— Est-ce qu'on siffle encore? demanda-t-il.
La ville était calme. Marteau donnait à la porte d#> l'hôtel ses instructions au garçon de théâtre.
— Tiens, voilà cent sous... Tu resteras à la porte de
18t LES PR|aiIERS BBAUX J0'|UR8.
la chambre de M. Siaint-Victor... Une jeune dame doit venir, laisse-la passer sans rien dire. . . Ensuite un jeune honune : sous aucun prétexte il ne doit entrer. Il insistera; tu es fort : ne le bats pas, descends-le au bas de Tescalier, et invite-le poliment à regarder la fenêtre.
Le bourgeois entra dans la chambre, alluma les bougies, et s'abandonna aux douces angoisses de Tattente, en riant à la lune. Une heure se passa : Victorine ne vint pas... Il se fit du bruit dans Tescalier. Marteau se tint à la fenêtre et vit sur la place la mélancolique silhouette de Théodore qui marchait à grands pas, très-étonné du conseil que lui avait donné le garçon de théâtre de regarder à la fenêtre : il ne s'expliquait plus le billet si positif de Victorine.
— Un homme ! s'écria-t-il en apercevant Marteau à la fenêtre.
— Votre serviteur! répondit d'une voix railleuse le bourgeois. Bonsoir, monsieur Théodore !
Le pauvre garçon s'affaissa sur lui. Après quelques minutes^ il se releva et s'enfuit à toutes jambes.
A une réunion prochaine de la Société philharmonique, un vieil alto dit :
— Pauvre Théodore ! sa mère est très-inquiète... On ne sait pas encore ce qu'il est devenu... Conunent jouerons-nous maiiAenant nos quatuors de Haydn?
LES RAGOTINS. |gl
— Ah! l(\s arlricosî I(f actrices! fit le bonhomme Mflrt. au. qui assistait à cette répétition.
— Kt nos pages? dit une clarinette. Filou de Saint - Victor, qui s'est sauvé avec la recette I
Une larme pendit aux cils de Marteau-Isidore.
Novembre 18S6.
Pipr.