‹ Les premiers éléments de la science de la couleurChapitre 16 sur 23 · NUMÉROS · texte numérisé non relu

NUMÉROS

.Jaune

Orangé

Jaune

Orangé

Gr.

Gr.

Gr.

Gr.

Dans le n” \, il y a parties sensiblement égales de jaune de chrome et d’orangé de chrome ; dans le ton clair, il y a 25,5 fois plus d’orangé que de jaune de chrome, pour obtenir un ton clair qui eut même complémentaire (pie le ton foncé. Cet exemple numérique montre combien la couleur d’une matière colorante change

quand on l’applique en couche mince ou quand on la mélange avec une matière incolore.

§ 38. — Comparaison de la gamme esthétique avec la gamme DU CERCLE CHROMATIQUE DE M. CiiEVREUL. — Lcs peintres et les teinturiers savent par expérience que certaines matières colorantes verdissent, quand on les emploie pour faire des tons clairs, et ils s’appliquent quelquefois à corriger ce défaut, en ajoutant au mélange qui doit donner le ton clair un peu d’une matière colorante d’une nuance plus rouge.

Ils appellent cela « réchauffer » une couleur. Néanmoins, la proportion dans laquelle ils corrigent de la sorte est insuffisante. Je m’en suis convaincu en allant aux Gohelins, comparer la gamme ci-dessus <à celles qui ont été faites par les habiles teinturiers de cet établissement. De cette manière j’ai pu fixer mes idées sur la valeur de leurs jugements ; voici le résultat de cette comparaison :

Numéro de la gamme Numéros des gammes correspondantes du

du tableau Vl. cercle chromatique des Gobelins.

et un ton clair qui n’a pas trouvé place dans ce tableau.

5® orangé 8® ton 2® orangé 5® ton

5® rouge-orangé 4® ton 4® rouge-orangé 3® ton 3® rouge-orangé 2® ton 1®'' rouge-orangé l®''ton

D’après cela, le ton clair de ma gamme correspond à un mélange de matières colorantes qui, à l’état foncé, n’est plus un orangé-jaune, mais un rouge-orangé.

Pour se rendre compte combien cet écart est considérable, il faut se rappeler que du rouge à l’orangé le cercle chromatique de M. Ghevreul compte 24 couleurs distinctes; dans cette étendue, la gamme du tableau VI embrasse 11 couleurs, étant chacune représentée par 10 tons intermédiaires entre la couleur et te blanc.

C’est donc un ensemble de 110 types, parmi lestiuels il a fallu choisir les 5 tons.

Il résulte de tout cela que même des teinturiers, dont ni l’habileté, ni l’expérience ne peuvent être contestées, se sont trompés en faisant leurs gammes. Leur œil n’a pu les avertir que les tons clairs étaient plus verdâtres que leurs tons foncés, car ils sont habitués, par la pratique de leur art, à employer moins de matière colorante pour un ton clair ; c’est leur manière de définir ce ton, ainsi que cela ressort des paroles de M. Chevreul. « .J’ai appelé, dit-il, tons « d’ime cotileur, les différents degrés d’intensité dont cette couleur « est suseeptihle suivant que la matière qui la représente est pure 1 ou simplement mélangée de blanc. »

La gamme du cercle chromatique représente le résultat du mélange des matières ; elle n’a aucune signification esthétique, tandis que la gamme dont tous les tons ont même complémentaire correspond au mélange des sensations: celle du blanc qui s’ajoute à celle de la couleur. La gamme du tableau VI, n“' 2 à 5, représente la dégradation vraie de la couleur n° 1 ; c’est la seule dont il faille faire emploi si l’on veut, non pas représenter un objet naturel, mais produire un eflet décoratif.

§ 39. De l’lnfluence de notre éducation sur nos jugements. — D’où vient donc que nous jugions que le ton clair est plus rouge que le ton foncé?

Cela vient de ce que notre esprit juge d’après l’expérience (ju’il a acquise; nous savons qu’il a fallu plus de matière rouge pour le produire, nous savons comment se dégrade la matière colorante si on n’y ajoute que du blanc, et notre jugement résulte de cette comparaison inconsciente que nous faisons entre la gamme ([ue nous connaissons de longue date par expérience et la nouvelle obtenue méthodiquement par des moyens précis.

Notre jugement est faussé parce qu’il s’appuie sur des données inexactes.

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