TABLEAU VII
Comparaison entre les tons de la gamme empirique et ceux de la gamme esthétique du bleu d’outremer.
§ 40. Changement de couleur de l’outremer par la dilution. — Les matières colorantes se comportent toutes de la même manière; leur couleur ehange avec l’épaisseur de la couche sous laquelle elle est vue. Les unes subissent cette modification plus que d’autres, chaeune change de eouleur d’une manière qui lui est propre, mais d’une façon générale toutes deviennent plus rougeâtres quand on augmente l’épaisseur de la couche. Le tableau VII montre encore un exemple de ce fait. La couleur n” 10 est celle que l’on obtient en délayant la matière qui a servi à eolorer le n® 7 ; c’est du bleu d’outremer.
Que l’on compare le n" 10 avec n“ 9, son voisin, qui a même complémentaire que n° 7, et l’on eonstatera la différence considérable qu’il y a entre les deux modifications.
Si l’on demande à une personne habituée à manier les matières colorantes, quel nom elle donnerait au n° 9, elle dira que e’est un oiolet clair, parce que, pour l’obtenir, il lui faudrait une matière violette pour la mélanger avec une matière blanebe, c’est-à-dire que dans notre esprit nous donnons à la couleur elaire le nom de la couleur de la matière colorante qui a servi à la [)roduire.
§ 41. De l’importance de la gamme esthétioüe dans la décoration. — J’insiste beaucoup surladifïérence entre la gamme esthétique et la gamme empirique. J’ai consacré les tableaux 4, 5, 6 et 7 à la démonstration de ce fait fondamental, paree qu’il importe de le graver dans l’esprit du coloriste, comme la notion élémentaire la plus indispensable. Dans l’emploi de la couleur pour la décoration, il est permis de chercher à flatter l’œil, à la condition de ne pas choquer le bon sens, et c’est pour cela qu’il faut arranger et asso-
cier les couleurs, d’après la manière qui correspond au mélange des sensations, manière qui dépend des propriétés mêmes de l’organe de la vue.
Tandis qu’en associant à une couleur foncée, simplement celles qu’on obtient en mélangeant la matière colorante avec une matière incolore, on s’abandonne au hasard, mode de procéder qui ne peut se justifier que par l’ignorance dans laquelle nous sommes en ce qui concerne les modifications que subit la couleur de la matière colorante par l’effet du mélange.
§ 42. Intensité relative des différentes teintes du tarleaü vu. — En fai.sant abstraction de la couleur n° 10, le tableau VII représente deux couleurs complémentaires : un jaune et un bleu à différents degrés d’insensité. La colonne de gauche renferme, comme couleur principale, le n° 4 qui correspond au 3® jaune du cercle chromatique de M. Chevreul.
N" 1 est la même couleur dont l’intensité a été réduite à Vas- Pour l’obtenir, on a opéré ainsi qu’il a été dit pour le tableau 111, fig. 6, c’est-à-dire on a formé un disque avec :
3® jaune, un secteur de
Noir absolu. .
Secteur blanc
On a fait tourner ce disque rapidement et on a copié aussi exactement que possible l’aspect du disque.
Le résultat eut été bien plus beau, si on n’avait pas été obligé d’adjoindre au secteur 3® jaune un secteur blanc, mais j’ai dit plus haut pourquoi cette addition est indispensable; on trouvera partout, dans toutes les expériences qui suivront, un secteur blanc qui fait partie de la composition des disques, .le ne reviendrai plus sur ce point.
N° 2 est obtenu avec un secteur :
3® jaune de Noir absolu Blanc
L’intensité de sa coloration est en conséquence (par rapport au point de départ) de = y,.
Le n" 3 est fait avec :
3® jaune . .
Noir absolu Blanc ....
Son intensité par rapport au 3® jaune est de */,.
L’ensemble des n®® 1 à 4 représente donc la même couleur à des intensités qui vont en croissant comme les fractions 7^: 7^: 1.
§ 43. Exemple de deux tons de la même teinte; du<’eérence ENTRE UNE COULEUR FONCÉE ET UNE COULEUR INTENSE. — Le II® 5 représente un cas particulier. Il est obtenu comme n“ 3 avec un secteur 3® jaune de 180®, mais au lieu d’un secteur noir on a pris un secteur blanc aussi grand que possible, c’est-à-dire de 180®.
Ce ton a donc même intensité de coloration que n® 3.
En comparant entre eux ces deux tons de la même teinte on trouve que n® 3 est bien plus foncé que n® 5 et on est même disposé à dire : «il est plus intense», et en employant cette dernière expression, l’on veut dire qu’il a fallu bien plus de matière colorante pour le produire que pour faire le n® 5, mais cette expression est impropre, vu qu’en parlant de couleurs il ne faut pas oublier qu’elles sont des sensations lumineuses et non des matières.
Les n®" 3 et 5 sont un exemple des plus intéressants, de couleurs ayant même intensité de coloration, et ce fait particulier sera développé, avec tout le soin qu’il mérite, dans le tableau VIII.
Comme coloration, ces deux couleurs sont identiques, c’est-à-dire, dans la nomenclature adoptée, elles ont même teinte, elles ne diffèrent que par la sensation du blanc qui est bien plus faible pour le n® 3 que pour le n® 5 ; cette dernière provoque une somme de sensations plus grande que la première; elle est plus lumineuse, son intensité lumineuse totale est plus grande; elle est d’un ton plus clair.
§ 44. De DIEEÉUENTES TEINTES DÉIUVÉES DU DLEU OBTENU AVEC i.’outremeh; exemule de deux tons DE LA mPxme teinte. — La colonne de droUe renfenne 4 Ions du lileu com])lénienlaire du 3“ jaune el eorrespond au bleu-violet du cercle ehroinalique de M. Clievreul.
11 représente la couleur d’une marque d’outremer très employée ; c’est le 11° 7 du tableau.
Les n"'' G et 8 en sont deux tons de môme intensité de coloration
obtenus avec ; g g
Secteur bleu n" 7 180" 180"
Secteur blanc 4° 180°
Secteur noir absolu 17G° —
§ 45. De l’influence du blanc mélangé a la couleub. — En comparant ces deux tons, on voit que le ton foncé paraît bien plus coloré que le ton clair. Je dis qu’ils le paraissent, car, par la manière même dont ils ont été obtenus, il est sûr qu’ils possèdent la môme intensité de coloration ; ils ofirent un exemple frappant de la manière dont le blanc, en se mélangeant à une couleur peu intense, nuit à la sensation de cette couleur. On le comprend aisément : la sensation colorée est une portion bien faible de la sensation du blanc (voyez tableau I), il n’est pas étonnant que la partie produise moins d’impression que le tout.