‹ Les premiers éléments de la science de la couleurChapitre 3 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il est difficile de donner, par de simples descriptions, une idée précise d’expériences qui ont pour objet les couleurs, au point de vue des propriétés de l’œil. L’enseignement par la vue est ici le seul efficace. C’est pour ce motif que la publication de ces planches coloriées a été décidée.

Elles se rapportent à des conférences expérimentales que l’auteur a eu l’honneur de faire depuis 1877, à diverses reprises, devant plusieurs Sociétés savantes, sur la loi de la vision des couleurs. La tendance générale de ces conférences a été de prouver qu’à la base de l’art du coloris se trouve une science aussi exacte que les diverses branches de la physique ; mais tandis que la physique étudie la propriété de la lumière, indépendamment et en dehors de l’organe de la vue, la science dont il est question ici n’envisage que les sensations éprouvées par l’œil, sous l’influence de la lumière colorée ou non, et les soumet à la mesure. Elle appartient à la physiologie par son but, à la physique par ses moyens.

Ce n’est pas toutefois au point de vue de la science pure seulement que les conféi’ences ont été faites. Elles avaient en même

temps un but pratique : celui de montrer comment ces nouvelles connaissances acquises peuvent être appliquées à l’art du coloris.

Si l’on avait voulu reproduire toutes les expériences et tous les tableaux de couleurs qui ont été mis sous les yeux des auditeurs, on eût été entraîné bien loin, et arrêté par bien des obstacles pratiques et des difficultés d’exécution. Il a fallu se résigner à faire un choix, lequel a porté naturellement sur ce qui parait le plus urgent de faire connaître, et sur les faits immédiatement applicables.

Le plus urgent est de détruire certaines notions erronées qui se sont introduites dans les esprits et qui paraissent justifier le proverbe des scolastiques du moyen âge : « Il ne faut pas disputer des goûts et des couleurs ».

Il est certain que le goût reste le souverain maître de la valeur esthétique d’une association de couleurs.

Mais pour arriver à trouver une combinaison agréable, n’en eston pas réduit à des tâtonnements, que l’inspiration artistique peut seule abréger? Les données scientifiques, qui pourraient guider souvent, ne sont pas mises à profit, parce que la science n’a pas donné la preuve de son utilité. Le discrédit dans lequel elle est laissée tient, d’après l’auteur, à des erreurs qui sont généralement admises comme des vérités par les artistes, et à des confusions et inadvertances d’interprétation commises par les savants.

Ce sont ces premiers obstacles qu’il était de toute importance d’éliminer préalablement par la démonstration.

Parmi les faits immédiatement applicables, l’auteur place en première ligne la manière de dégrader les couleurs, qui seule répond aux prédilections de notre (bU.

11 prouve d’abord que la manière dont on proeède habituellement pour foncer ou éclaircir une couleur donne des résultats défectueux, au point de vue esthétique. Le procédé empirique consiste, on le sait, à délayer une matière colorante dans un liquide ou une pâte incolores, et à appliquer en quantité d’autant plus forte que l’on veut faire plus foncé, ou en quantité d’autant plus faible que l’on veut obtenir un ton plus clair.

En opérant ainsi, on accepte sans contrôle le résultat du mélange des matières, et si l’on assortit dans un coloris les tons foncés et les tons clairs obtenus par ce procédé, on met en présence des couleurs qui n’ont entre elles aucun rapport, au point de vue esthétique. Tandis que si, pour dégrader les couleurs, on mélange les sensations, on obtient des résultats bien difl’érents. Les tons et les diverses teintes d’une seule et même couleur, obtenus par ce procédé, forment entre eux des arrangements dont l’effet est incomparablement supérieur.

A cette notion sur la manière de dégrader les couleurs qui est, selon lui, un point essentiel, l’auteur ajoute des indications sur la manière de rechercher les couleurs complémentaires, et sur la mesure à observer dans leur emploi.

Pour éviter les malentendus, l’auteur donne dans un chapitre spécial la définition des termes dont il se sert.

Des gravures et cjuatre tableaux chromolithographiés servent à expliquer l’appareil employé dans ses recherches, son mode d’emploi, et à montrer quelques-uns des effets surprenants que l’on obtient par le mélange des sensations. Cinq tableaux, comprenant quarante-neuf types de couleurs, permettent de constater la diffé-

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rence profonde qu’il y a entre le résultat du mélange des sensations et de celui des matières.

Chaque tableau est accompagné d’un chapitre de texte qui en décrit l’expérience et en discute les conséquences.

Ces conséquences se trouvent exprimées par un certain nombre de propositions nettes et précises qui constituent les notions élémentaires de la science de la couleur.

Souvent ces propositions et les faits choqueront les idées reçues. N’est-ce pas, en effet, heurter une conviction arrêtée que d’affirmer que le mélange de jaune et de bleu produit du blanc et non du vert ? et que la couleur « chair » ne dérive pas du rouge, mais d’un orangé-jaune ?

Puis encore qu’une couleur foncée n’est pas une couleur intense, et qu’une couleur claire n’est pas une couleur de faible intensité 1

Telles sont pourtant les conclusions auxquelles conduit l’étude expérimentale qui se trouve résumée dans cette publication.

La vue de nombreux échantillons qu’elle renferme, les mesures exactes auxquelles ils ont été soumis, la description de la méthode, effaceront les doutes du lecteur et lui feront entrevoir qu’il se trouve en présence d’une science naissante que l’avenir développera, et aux progrès de laquelle les industries artistiques sont appelées à contribuer.

La reproduction de tableaux coloriés, représentant avec exactitude des types de couleurs, offre de sérieuses difficultés dans l’état actuel des moyens d’exécution.

L’original avait été fait en découpant les types dans des feuilles de papier ou d’étoffe de couleur, et en collant ces morceaux à leur place dans les tableaux. Le papier avait été peint au pinceau, et l’étoffe imprimée au rouleau.

Pouvait-on adopter cette manière de faire pour reproduire quelques milliers d’exemplaires ?

Il était naturel d’hésiter à prendre ce parti, si l’on songe que le découpage et le collage devaient porter sur des centaines de mille morceaux de formes diverses.

Il paraissait préférable de confier à la chromolithographie, dont les moyens d’exécution sont plus rapides et plus économiques, le soin de faire ce travail.

Mais cet art se prêterait-il à ce qu’on exigeait de lui, c’est-à-dire à reproduire une copie exacte de types de couleurs ayant chacun une signification scientifique ?

L’expérience personnelle de l’auteur ne lui permettait pas de répondre à toutes ees questions. Aussi a-t-il été très heureux de pouvoir les discuter avec des hommes compétents, bien au courant des ressources des industries auxquelles il fallait s’adresser. Guidé par les conseils de M. Lorilleux, et secondé par le concours actif de M. Renoul, l’habile chimiste de cette maison, l’auteur a pu acquérir la conviction qu’il était possible d’imiter l’aspect des types de couleurs avec des encres d’imprimerie servant à la chromolithographie.

Ce point acquis, les essais d’impression ont été faits par

M. Jehenne, connu par les œuvres d’art qui sont reproduites industriellement dans ses ateliers.

Pendant que s’exécutaient ces essais à l’encre grasse, on faisait, d’un autre côté, des efforts pour arriver à copier avec des matières colorantes couvrantes, sur papier, les types qu’il s’agissait de multiplier.

Grâce à l’intervention obligeante de M. Thomas, fabricant de matières colorantes pour papiers peints, on a pu s’assurer le concours de deux habiles fabricants, M. Danois et M. Follot, qui ont consenti à consacrer une partie de leur temps à ce travail minutieux. Il a fallu bien des tâtonnements et recommencer souvent le même ouvrage avant que la copie des types pût être jugée suffisamment exacte.

Après s’être ainsi rendu compte de ce que l’on pouvait demander â chaque branche d’industrie, il fut décidé que l’on exécuterait en chromolithographie les quatre premiers tableaux, dont les ligures â contours courbes eussent été trop dispendieux â reproduire en papiers découpés ; que les cinq autres tableaux seraient faits de la môme manière ({ue l’original, c’est-â-dire partie en étoile, partie en papier peint.

La maison Schæfler-Lalance et G'®, de Pfastadt, voulut bien se charger des échantillons d’étolîes imprimées.

L’auteur remplit un devoir, bien agréable pour lui, en offrant l’expression de sa gratitude aux personnes qui ont bien voulu l’aider de leurs connaissances et de leur concours actif dans l’exécution de cette œuvre scientifique, actuellement unique dans son genre.

Quelque soin que l’on ait mis â copier fidèlement les types, il était â craindre que les reproductions (n’étant en définitive que la copie de copies) ne fussent sensiblement différentes de ce que l’on avait l’intention de représenter.

Il en est réellement ainsi, et il ne pouvait en être autrement ; tes écarts peu sensibles pour les tons clairs, le sont davantage pour les tons foncés. Ils sont plus grands pour la chromolithographie que

pour les papiers et les étoiles ; mais il n’y a cà cela aucun inconvénient. Ces tableaux imprimés ne doivent indiquer que le sens général des phénomènes et ils remplissent ce but avec une précision suflisante. Il faut attacher plus d’importance aux cinq derniers tableaux donnant des types de couleurs. Le texte qui les accompagne se rapporte non à la copie mais à l’original, avec toutes les données numériques correspondantes. Alin de donner à ces reproductions leur vraie valeur, elles ont été l’objet d’expériences de mesure directes, à l’aide des appareils décrits dans ce travail.

Les chilîres obtenus de la sorte, qui sont souvent peu différents de ceux de l’original, indiquent avec précision le rapport réel numérique qui existe entre les copies des types, précision qui, vu qu’il s’agit ici de couleurs, est certainement une condition assez nouvelle.

Ces données numériques sont réunies dans un tableau spécial.

En terminant, l’auteur recommande aux personnes qui voudraient appliquer au coloris les connaissances contenues dans cette publication, de faire directement les teintes dont elles ont besoin à l’aide des appareils à disques tournants. Elles disposeront ainsi de ressources bien autrement importantes que si elles se bornaient à copier le petit nombre de types auquel il a fallu limiter la reproduction.

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