DÉFINITIONS
Couleur. — Sensation lumineuse spéciale éprouvée par l’œil. Cette sensation peut se produire en l’absence de toute lumière; elle est alors un phénomène nerveux, provoqué, soit par un état maladif de l’organe, soit par une pression mécanique ou une excitation électrique.
Dans la pratique, la couleur est obtenue par la lumière modifiée par l’action des matières colorantes.
Couleur saturée se dit de la sensation colorée ou couleur pure, sans mélange de blanc. A proprement parler, on n’a jamais afïaire à des couleurs saturées dans les arts.
Tous les objets naturels ou toutes les matières colorantes renvoient à l’œil de la lumière blanche. Les couleurs du spectre, dans lesquelles la lumière blanche est exclue par l’action du prisme, sont considérées comme saturées. Mais en réalité il n’y a guère que celles qui correspondent à des sensations simples qui puissent être saturées; les autres, qui résultent du mélange de deux sensations, ne sauraient l’être, car ce mélange donne toujours naissance à la sensation du blanc dans une certaine mesure.
Dans la nature et dans les arts on ne rencontre que des couleurs relativement saturées ; on les appelle alors couleurs franches.
Les couleurs peuvent subir trois espèces de variations :
1“ Variations dans l'espèce;
2" Variations de Vintcjisité;
3" Variations de pureté, c’est-à-dire dans la proportion du blanc.
1° Variations dans l'espèce. — Elles sont exprimées par les noms des couleurs principales : rouge, orangé, jaune, vert, bleu.
violet. Les limites entre les couleurs de nom différent ne sont pas nettes; le nombre d’intermédiaires est grand, et le passage d’une couleur à l’autre se fait d’une manière insensible.
Ces petites différences de deux couleurs voisines et de même nom se désignent par le mot nuance. Nuance est une petite variation dans l’espèce. Exemple ; un orangé peut être plus ou moins voisin du jaune; on dit que sa nuance est plus ou moins jaune, on dit qu’il est d’une nuance plus ou moins jaune.
2° Variations dans l'intensité. — Ces variations sont désignées par le mot teinte. Deux couleurs peuvent être de même nuance, mais de teintes différentes; le tableau VIII donne cinq teintes d’un même jaune-orangé.
3“ Les variations dans la proportion de blanc sont désignées par le mot ton. Avec une même teinte on peut faire plusieurs tons. Le tableau VIII représente cinq teintes, chacune dans deux tons; total dix tons.
N.-B. — Il est à remarquer que dans le langage des couleurs, les mots nuance et ton sont pris dans le sens inverse de celui qui leur est attribué en musique.
Ton, en musique, indique un intervalle entre deux notes d’espèce différentes, et nuance signifie une variation d’intensité.
Cette interversion est assurément regrettable, d’autant plus qu’elle est particulière à la langue française. Aussi, dans certains ouvrages traduits de l’allemand par exemple, le mot ton appliqué aux couleurs est pris dans le sens qu’il a en musique. Cependant cet usage n’a pas prévalu.’
Et je pense qu’il n’y a pas lieu de proposer une réforme et de l’appuyer; elle ne ferait faire aucun progrès à la science. Peu importe que les mêmes mots aient un sens analogue pour la couleur et la musique ; il y a si peu d’analogie entre l’œil et l’oreille qu’il est inutile de la rechercher dans les expressions. L’essentiel
* Nous adoptons ici la signification que M. Chevreul a donnée en 1839 au mot tow; signification qui était peut-être déjà alors en usage aux Gobelius.
est de connaître le sens attribué aux mots et de les employer toujours avec la même signification.
Intensité de coloration exprime l’intensité de la sensation de couleur pure; elle correspond au mot teinte.
Intensité totale lumineuse, ou luminosité, exprime la somme des sensations de la couleur et du blanc; elle correspond au mot ton.
Egale hauteur de ton se dit de deux couleurs dont la nuance et la teinte peuvent être différentes, mais dont l’intensité lumineuse totale est la même.
Un gris peut être de même hauteur de ton qu’une couleur; le mot ton n’irnplique pas nécessairement l’existence de la coloration.
Le gris est la sensation du blanc de faible intensité.
Les tons d’une couleur dont la coloration est de faible intensité paraissent gris; on dit de pareils tons qu’ils sont des gris teintés.
Les tons d’une couleur intense fortement mélangés de blanc s’appellent les tons clairs ou des couleurs claires, et aussi couleurs pâles. Quelques-unes portent des noms spéciaux. Exemple : rose, chair, paille, ciel, lilas; ces tons, qui ne paraissent pas grisâtres, s’appellent aussi des couleurs fraîches.
Couleur foncée est une couleur de faible intensité lumineuse totale. Le mol foncé s’applique aussi au gris, c’est-à-dire à l’absence de toute coloration.
Si une couleur foncée est pure, c’est-à-dire peu mélangée de blanc, elle est toujours fort belle.
Une couleur foncée peut être vive; elle n’est jamais franche.
Les couleurs de faible intensité s’appellent aussi dans les arts des couleurs rompues, rabattues. Si elles sont mélangées de blanc, elles sont ternes.
Gamme se dit d’un ensemble de tons régulièrement espacés, qui représentent le passage graduel d’une couleur au blanc. D’autre part, on désigne par le même mot le passage graduel d’une couleur au noir; elle est alors un ensemble de teintes régulièrement espacées.
La gamme, dans le sens adopté par M. Chevreul, n’a aucune valeur scientifique.
J’appelle gamme esthétique l’ensemble des modifications d’une seule et même sensation de couleur, que l’on obtient soit en diminuant son intensité, soit en y ajoutant la sensation du blanc en diverses proportions, soit en faisant l’un et l’autre à la fois.