‹ Les premiers éléments de la science de la couleurChapitre 6 sur 23 · TABLEAU I · texte numérisé non relu

TABLEAU I

Les couleurs complémentaires.

§ 11. L’expérience. — La figure 1 représente deux disques concentriques. Le plus grand est formé par l’orifice noir dont il a été parlé plus haut, devant lequel est placé un secteur blanc de 80% divisé en deux secteurs égaux et symétriques de 40” chacun. Le secteur blane est peint avec du sulfate de baryte précipité, substance d’une blanebeur parfaite, et qui, dans toutes mes expérienees, sert de type de comparaison. Le disque intérieur est formé de deux seeteurs bleus et de deux secteurs jaunes, égaux entre eux, et disposés systématiquement par rapport à un diamètre.

N. B. — On n’a pas représenté dans cette figure, ni dans les suivantes, les accessoires, tels que l’écrou qui sert à fixer les disques, ni le cercle gradué avec lequel on mesure les angles ; l’attention ne doit se porter ici que sur les phénomènes de coloration.

§ 12. Le AlÉLANGE DE RLANG ET DE NOIR DONNE LE MÊME RÉSULTAT QUE CELUI DU JAUNE ET DU BLEU. — La nuaiice du jaune et du bleu, de môme que leur intensité, sont choisies de telle sorte que, quand tout le système est mis en rotation rapide autour du centre, l’asjjeet des deux disques est, ainsi que le fait voir la figure 2, uniformément gris ; ce qui montre que le mélange du jaune et du bleu, quand il s’effeetue dans l’œil, produit le même effet que le mélange de blanc et de noir.

Deux moyens bien différents peuvent conduire à un résultat identique. La discussion de eette expérience très simple conduit à des eonclusions intéressantes.

§ 13. Définition du gris. — Le seeteur blanc, en tournant rapidement devant l’orifiee noir, qui lui sert de fond, a produit un gris parfaitement incolore.

Or, le noir étant l’absence de toute sensation lumineuse, le gris obtenu résulte uniquement de la sensation du blanc, dont l’inten-

site a été diminuée par la rotation devant le fond noir. Le gris est donc un blanc de faible intensité.

L’expérience nous dit exactement dans quelle proportion la sensation produite par la vue du gris est moindre que celle produite par la vue du secteur blanc immobile.

Il est évident que, plus nous prenons grand le secteur blanc, plus le gris obtenu par la rotation sera clair, et inversement, un petit secteur donnera un gris très foncé, c’est-à-dire une sensation d’une faible intensité.

La mesure de l’angle du secteur blanc donne celle de l’intensité de la sensation du gris ; dans le cas particulier, l’angle du secteur blanc étant de 80", le gris est représenté par soit les|. Ce qui veut dire que la sensation éprouvée par l’œil à la vue du gris de la figure 2 est les | de la sensation qu’il éprouve en voyant une même surface entièrement blanche, l’éclairage restant, bien entendu, le même.

Le gris se trouve par là nettement défini par des chiffres, et l’on voit de suite que la manière de procéder, qui a été adoptée dans ces expériences, contient les bases d’une méthode permettant de mesurer l’intensité de certaines sensations lumineuses, colorées ou non, par rapport à une sensation prise comme unité de mesure, et qui, dans le cas actuel, est le blanc au sulfate de bary te.

Ce point sera développé plus longuement dans la suite.

§ 14. Blanc obtenu par le mélange de deux couleurs. — Le disque composé de secteurs jaunes et de secteurs bleus a produit, par sa rotation rapide, un gris parfaitement incolore. Interprétant cette expérience d’après ce qui précède, nous sommes autorisés à dire que le mélange du jaune et du bleu, s’étant efi'ectué dans l’œil, a produit la sensation du blanc.

Le blanc, d’après cela, serait une sensation complexe composée de deux sensations colorées, et il convient d’ajouter que le jaune et le bleu ne sont i)as les seules couleurs qui produisent cet etîet.

On obtiendrait le même résultat en composant un disque avec

(les scclcurs les uns rouges et les autres d’un vert-bleu convenablement choisi ; l’orangé et un bleu voisin du précédent mais moins vert ; le jaune- vert et le violet ; le vert et un violet-rouge, produiraient un résultat identique, et, d’une manière générale, l’expérience montre qu’à chaque couleur, quelle qu’elle soit, en correspond une autre qui, mélangée avec elle dans une proportion déterminée, reproduit la sensation du blanc.

Deux couleurs qui remplissent cette condition sont dites : * complémentaires ».

C’est une des propriétés les plus remarquables de notre œil, que celle de pouvoir reconstituer une sensation uni(jue avec des mélanges de composition si variée.

§ 15. Définition de l’intensité de deux couleurs complémentaires. — Les secteurs jaunes et les secteurs bleus de la figure 1 sont égaux entre eux. Si pour faire l’expérience j’avais pris les secteurs bleus plus grands que les secteurs jaunes, le gris obtenu par la rotation rapide eût été teinté de bleu; inversement, si j’avais augmenté les secteurs jaunes, par rapport aux secteurs bleus, le gris n’eùt plus été incolore, mais il eût été teinté de jaune.

Il faut donc que les couleurs complémentaires soient employées dans une proportion rigoureusement déterminée, pour que leur mélange produise la sensation du blanc.

Si, au lieu de prendre un jaune terne, comme celui que l’on voit dans la figure 1, j’avais pris un jaune de même nuance, mais plus vif, il se serait encore produit un gris teinté de jaune. Pour obtenir un gris incolore, il aurait fallu diminuer l’angle du secteur jaune, augmenter celui du secteur bleu, et cela d’autant plus que le jaune employé eût été plus vif ; d’où, en général, plus une couleur est vive, c’est-à-dire plus la sensation de couleur qu’on éprouve à sa vue est intense, plus l’angle du secteur nécessaire pour produire le gris incolore, avec une seule et même complémentaire, sera petit. Faits qui se résument dans la proposition suivante : l’intensité relative de deux complémentaires est en raison inverse des secteurs

nécessaires pour produire la sensation du blanc, et, en conséquence, deux couleurs complémentaires qui produisent la sensation du blanc, quand elles occupent sur le disque tournant des secteurs égaux, possèdent une égale intensité de coloration.

§ 16. Impossibilité de faire, avec des matières colorantes, des

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