BLEUS, DES VERTS, DES VIOLETS AUSSI INTENSES QUE LES JAUNES
On peut se demander pourquoi dans la figure 1, au lieu de choisir un jaune terne pour faire l’expérience des couleurs complémentaires, je n’ai pas pris un jaune vif, ainsi que le serait par exemple le cbromate jaune de plomb ?
A la vérité cela aurait pu se faire, à la condition d’employer un secteur jaune beaucoup plus petit que le secteur bleu, mais j’ai voulu montrer deux couleurs de même intensité de coloration. Alors, pour obtenir le blanc avec les deux couleurs, dont l’une fut le cbromate de plomb ou une matière produisant un jaune très vif, il eût fallu trouver une matière produisant un bleu bien plus vif que celui de la figure 1 . Or, on se heurte ici à une impossibilité matérielle ; il n’existe pas de matière donnant un bleu suffisamment vif. L’outremer, le smalte, le bleu d’aniline, les plus beaux qui soient dans le commerce, donnent des bleus qui ne possèdent que le tiers environ de l’intensité du jaune que représente le cbromate de plomb. .Je pourrais en dire autant des matières vertes et violettes dont les couleurs sont de beaucoup inférieures en intensité aux jaunes, aux orangés et aux rouges que l’on peut obtenir avec les matières colorantes qui sont dans le commerce.
§ 17. De l’intensité des sensations colorées que l’oeil peut
ÉPROUVER, ET DE LA QUANTITÉ CONSIDÉRABLE DE LUMIÈRE DÉTRUITE PAR LES MATIÈRES COLORANTES. — .le ne veux pas rechercher ici la cause de ces phénomènes. Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est de remarquer que la sensibilité de l’œil pour les couleurs est hors de cause. En effet, la sensation que nous éprouvons à la vue d’un objet coloré dépend: 1“ de la lumière qui éclaire cet objet, c’est-à-dire de son intensité et de sa composition physique ; 2° de
l’action spéciale que la matière de cet objet exerce sur eette lumière en détruisant en elle certains rayons élémentaires, et en en laissant subsister d’autres ; 3° de la sensibilité de notre œil pour la couleur. Or, voici comment on peut prouver que cette sensibilité est très grande :
Le mélange du jaune et du bleu (figure 1), a produit du blanc, mais un blanc peu intense, puisqu’il est représenté par un secteur de 80" seulement, tournant devant l’orifice noir de 3G0° ; il n’est donc que les y du blanc pur. Or, ces représentent la somme des sensations de couleur produite par la vue du jaune et du bleu. Si ces deux couleurs étaient plus intenses, le gris obtenu par leur mélange serait plus clair, et, inversement, plus un blane est partait, plus les deux sensations colorées complémentaires qui le composent sont intenses.
D’où la conclusion logique qu’en voyant une surface blanche, l’œil éprouve des sensations colorées d’une intensité dont nous ne pouvons que difficilement nous faire une idée, puisque aucune matière colorante ne saurait la représenter. D’autre part, il ressort de cette discussion que les matières colorantes 'détruisent bien plus de lumière incidente que ne le font les matières blanches, tel que le sulfate de baryte.