‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 106 sur 248 · E PARTI CATHOLIQUE VERS · texte numérisé non relu

E PARTI CATHOLIQUE VERS

paroisses, brutalement congédiés par un seigneur dont les exigences ont lassé leur patience, et s'en vont au hasard, tristement, au devant des mêmes souifrances et des mêmes opprobres.

Dans leur détresse, qui les soutiendra? — Leurs chefs? Mais ils n'ont ni crédit ni courage; ils ne connaissent pas leurs subordonnés, bien assez occupés à se défendre euxmêmes. — Leur foi? Mais savent-ils seulement ce qu'ils croient et quelle est la doctrine de leur Église? — Grandis au milieu des divisions, ils se sont peu à peu habitués à l'erreur. Leurs consciences, émoussées ou faussées, sont accessibles à toutes les tentations, prêtes à tous les marchés, satisfaites des plus grossières compensations. Depuis plus d'un siècle le schisme domine, attire les esprits aventureux et les cœurs ardents, écréme à son profit la masse religieuse. Les vexations, trop connues, effrayent les vocations. Où se donne l'instruction? — A l'Université, où la plupart des professeurs sont luthériens. Aussi, combien sont misérables les serviteurs que l'Église recrute pour sa défense. Lorsque le nouvel archevêque passe en revue ses futurs auxiliaires, son courage défaille : c'est avec de tels soldats qu'il combattra le bon combat !

Beaucoup de prêtres font des dettes, négligent leurs fonctions, ne disent pas leurs messes ; leurs mœurs sont grossières ou débauchées. En i 570, il y a à Kroumlov six prêtres mariés; on les relâche, quand ils ont promis de ne plus retomber dans leur péché. Les doyens ne tarissent pas en lamentations sur la conduite de leurs subordonnés, leur ivrognerie, les rixes où ils se commettent, les scandales qu'ils provoquent. Prenons au hasard le rapport d'un de ces doyens, celui de Most : le curé de Betchov, malade, incapable, néglige ses devoirs, ne songe qu'à gagner de l'argent, marie ses paroissiens sans observer les formalités régulières; — le curé de Teln, vaniteux, dépense 80 thalers par an pour sa toilette ; — celui de Louzets court les auberges et exige un thaler pour chaque mariage qu'il célèbre; — le curé de Novosedlitse est un moine fugitif que le patron

LE PARTI CATHOLIQUE VERS IDjS 235

a accepte à condition qu'il enseignerait la pure doctrine catholique : il ne tient pas ses promesses, refuse de distribuer la communion sous une seule espèce, introduit dans sa paroisse les cérémonies luthériennes, fait la fête avec les paysans, passe sa vie dans les cabarets, vend lui-même de la bière, et, révérence parler, fait chaque année un enfant à sa femme; — le curé de Tchauch danse, est très fort à l'escrime, a le corps couvert de cicatrices, dit rarement la messe ; admonesté, il se tire d'affaire en niant tout ce qu'on lui reproche et persiste dans ses errements ; — le curé de Jirgétin scandalise ses ouailles en se promenant avec sa femme ; — un autre observe fidèlement les cérémonies catholiques, mais fréquente trop assidûment les brasseries et les cabarets; il se promène armé de deux fusils, et c'est dans cet attirail militaire qu'il s'est présenté au doj'en; sa cuisinière est habillée comme une madame ; il a demandé aux notables d'être les parrains de son enfant et l'a fait baptiser avec pompe '. — Remarquez qu'il s'agit précisément des régions où le Catholicisme conserve ses plus nombreux adhérents, puisque dans les quinze cures du doyenné de Most, dix-sept cents personnes environ communient sous une seule espèce contre onze cents qui reçoivent la communion utraquiste. — Tous ces scandales et ces désordres ne se rencontrent pas seulement dans les petites paroisses : à Kadan, un prédicateur, moine fugitif, est ivre tous les jours. Quelquefois les chefs eux-mêmes, les doyens, donnent le mauvais exemple.

Le clergé régulier est pire. Les moines n'observent pas la règle de leur ordre, passent leurs journées au cabaret, se grisent, se donnent en spectacle. Souvent les prieurs sont les plus coupables. Ils maltraitent leurs paysans, exigent des redevances excessives, séduisent les filles, enlèvent les femmes. Dans le couvent des Carmes déchaussés de Tachov,en i568, l'abbé, fantasque, ivrogne, rosse de coups les domestiques, frappe de verges le cuisinier, un vieillard,

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