‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 125 sur 248 · I. Reimann, p · texte numérisé non relu

I. Reimann, p

— L'Empereur n'était pas éloigné d'entrer dans leurs vues ; il était de ces débiteurs qui se croient libérés lorsqu'ils ont reculé les échéances. — Les Catholiques, l'Administrateur, Jean de Waldstein au contraire, crièrent, se prétendirent trompés. Maximilien exploita leur intervention. Le 2 septembre, il fit venir Lobkovits et neuf membres des États, recommença ses doléances : ils voulaient une charte, mais alors ils n'avaient pas confiance en lui, et sa signature vaudrait-elle mieux que sa parole? — Ils suspectaient les intentions de ses fils? — Sans doute, ils sont catholiques, mais ils savent ce qu'ils doivent à leur père et ils n'iront pas contre sa volonté. Sur son âme, sur son honneur, qu'ils ne doutent pas de lui : si quelqu'un attaquait les Protestants, ils n'avaient qu'à s'adresser à leur souverain; il savait que la main de Dieu s'appesantit sur les rois parjures. — L'allusion à Charles IX était transparente, et elle ne passa pas inaperçue '.

Les délégués ne résistèrent pas à ces torrents d'éloquence et ils entraînèrent le reste de la diète. Les promesses de Maximilien manquaient au moins de précision. S'appliquaient-elles à l'Unité? Le doute était permis, mais les Frères étaient conquis -, et les Luthériens, assez mécontents du rôle qu'avaient joué leurs partenaires, faisaient bon marché de leur sécurité. Les anciennes rivalités de castes avaient reparu, les bourgeois se plaignaient fort justement des privilégiés et ceux-ci les traitaient d'insolents. Beaucoup de nobles étaient las de cette interminable session, presque tous étaient enchantés d'éviter une rébellion ouverte. Ils préférèrent ne pas aller trop au fond des choses. Une députation des Évangélistes se rendit auprès du roi

\. Diètes bohèmes, p. 460.

2. Vers cette époque se place une phrase curieuse de Maximilien. Un des membres du parti avancé rencontre Crato et lui annonce^ tout heureux, les bonnes nouvelles qu'ils ont du Palais : Je le sais, répond Crato, car après le départ des États, j'étais auprès de l'Empereur et il m'a dit : Comment pourrais-je leur refuser, puisque je suis de la même religion, (cum ego sim ejusdem religionis), (p. 454). — De quelle religion, aurait-on pu demander ? Dans tous les cas, la f'oi de Maximilien n'était certainement pas la foi vivante dont parlaient les Frères.

pour le remercier et quinze Défenseurs furent élus pour assurer la liberté du culte protestant '. Quelques jours après, Rodolphe était reconnu roi de Bohême. Les États ne songèrent môme pas à faire modifier le serment du sacre : Rodolphe prit à témoin la Vierge et les Saints, ce que n'avait pas fait Maximilien, et reçut solennellement la communion en présence des Catholiques -.

Les derniers jours de la session furent occupés par l'expédition de diverses affaires. Les Seigneurs votèrent une série, de mesures destinées à augmenter leur influence sur le gouvernement ou à étendre leur domination sur leurs paysans. Les capitulations imposées à Rodolphe étaient déjà plus rigoureuses que celles qu'avait consenties Ferdinand pour Maximilien. D'autres décrets garantirent l'indépendance des tribunaux, interdirent aux étrangers le droit d'acquérir des propriétés foncières dans le royaume tant qu'ils n'avaient pas été naturalisés, réservèrent aux Tchèques exclusivement les charges de capitaine-général de la Silésie et de la Lusace, la principauté d'Opava, etc. Les dénonciations des serfs contre leurs seigneurs devinrent plus difficiles. Il fut interdit aux bourgeois sous peine d'amende de prendre à leur service les serfs qui ne leur présenteraient pas des lettres de congé régulières, et de recevoir ou de cacher l'argent ou les objets précieux qui leur seraient confiés par des paysans '^. Ces derniers articles lésaient les intérêts des communes ; comme on redoutait leur opposition, on ne les avait pas consultées. Les Praguois, très mé-

1. La déclaration purement orale de Maximilien se bornait en somme à une vague promesse de tolérance et à l'autorisation d'élire un certain nombre de défenseurs pour les choses de la foi, (p. sSg); elle constatait en même temps les engagements qui liaient le roi vis-à-vis des Catholiques et maintenait implicitement le Consistoire.

2. Il est possible cependant que l'on eût supprimé dans la cérémonie du sacre la question traditionnelle : Veux-tu être le patron et le défenseur des Saintes-Églises et de leurs ministres? (p. 265), et le correspondant du duc de Bavière n'est pas absolument satisfait. ,Que de détails encore cependant qui auraient dii choquer et inquiéter les Etats!

3. Les décrets politiques de la diète de i5jb ont été publiés, dans les Diètes bohèmes, de la page 26g à la p. 3oo.

contents, demandèrent que l'affaire fût renvoyée à la prochaine session: les nobles passèrent outre '. Vis-à-vis des bourgeois comme des paysans ou du souverain, ils n'avaient rien abdiqué de leur orgueil; les leçons du passé étaient lettre morte pour eux -.

Ils se consolaient par ces menus profits de leur déception réelle, A la nouvelle de l'entente des Etats et du roi, la joie avait été générale à Prague, l'ère des persécutions était close, un siècle nouveau naissait. En réalité, qu'y avait-il de changé? Quelques discours, quelques effusions; et puis? Jusqu'alors les Protestants n'avaient pas été en général persécutés, mais ils étaient hors la loi, toujours menacés, soumis nominalement à un Consistoire dont ils répudiaient les croyances, sans gouvernement régulier et sans discipline. Aucune des obscurités de la situation n'avait été écartée, aucun des périls, éloigné. — Le nonce du pape manifestant quelques inquiétudes, Maximilien le rassura : il voulait seulement laisser se développer et mûrir les choses telles qu'elles avaient été préparées par son père: le moment venu, il prendrait les mesures convenables ; il espérait que le séjour de Rodolphe en Bohême serait favorable au Catholicisme et ramènerait à la vraie religion beaucoup de dissidents. — Quelle que fût la sincérité de l'Empereur quand il parlait ainsi, il n'en disait pas moins la vérité. Et le pape ne fut pas trop exigeant, le félicita, lui représenta seulement que les hérétiques donnaient une autre version de ses paroles ; il serait peut-être à propos de démentir des rumeurs qui augmentaient leur audace; très adroitement, il attira son attention sur le mauvais effet que produisaient ces racontars en Pologne, Le souverain le calma : trop de hâte serait une imprudence, mieux valait laisser s'épuiser les passions en paroles, bientôt il ré-

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