‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 131 sur 248 · Peut-être veut ; Borovy, p · texte numérisé non relu

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bourgeois de la ville de Rakovnik se plaignent d'un curé d'une paroisse voisine et de sa femme : ils guettent au passage les voitures de blé et d'avoine, les accaparent et s'enrichissent de la famine des autres. Un autre prêtre court les cabarets, se grise et se prend de querelle avec les passants, entre à main armée dans une maison, veut violer la femme et la fille '. Sans doute tous les prêtres utraquistes ne tombaient pas dans d'aussi déplorables excès, du moins les brebis galeuses étaient fort nombreuses parmi eux, et les meilleurs ne valaient pas grand'chose. Il n'y a pas une lettre du Consistoire qui ne renferme des reproches ou des plaintes, et par ce que nous avons dit de lui, nous ne sommes pas autorisés à l'accuser d'une sévérité excessive.

En face de cette lente et misérable dissolution, l'Unité arrivait au terme le plus éclatant de sa carrière, se dégageait de ses dernières traditions mystiques sans rien perdre encore de sa noblesse morale. — Sous l'influence de ses relations toujours plus fréquentes avec les Protestants occidentaux comme par l'effet du développement logique de ses doctrines, elle se rapprochait visiblement de l'organisation démocratique des Églises calvinistes et presbytériennes. L'autorité des évêques était toujours plus limitée parcelle du Conseil suprême, et ce Conseil n'était lui-même que l'émanation des Synodes dont les réunions étaient fréquentes et l'action prépondérante. Parmi les Frères seuls en Bohême, la parole révolutionnaire de Luther, « tout homme est prêtre », était devenue une vérité, et, de môme que les laïques rivalisaient avec les ministres de Dieu en vertu et en piété, ils partageaient avec eux la direction de l'Église.

En même temps les pasteurs s'affranchissaient des règles presque monastiques auxquelles ils avaient été si longtemps soumis. Le célibat des ecclésiastiques était tombé en désuétude et Ton comptait des prêtres mariés parmi les évêques ou les membres du Conseil étroit. Ils n'étaient plus

I. Winter, la ville de Rakovnik, Journal du Musée boli., 1884, p. 236.

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tenus comme jadis de se livrer à un travail manuel, et la plupart devaient à la générosité des fidèles des domaines et des revenus qui leur permettaient de se consacrer tout entiers aux devoirs de leur ministère. — Ces changements n'ont en rien diminué leur autorité. Leur instruction et leur dévouement assurent leur influence, et ils gagnent en considération et en affection respectueuse la part d'autorité officielle qu'ils ont perdue; ce sont les laïques qui gouvernent TEglise, mais ils dirigent les laïques. Le curé utraquiste ou luthérien est le chapelain du noble, à peine un peu mieux traité qu'un domestique: le pasteur des Frères est l'ami, le guide, le confident, le véritable porte-parole de Dieu, et les plus grands personnages s'inclinent pieusement devant lui.

Cette transformation avait cependant ses dangers. Le siècle pénétrait dans la maison du Sauveur. Plus l'Unité recrutait de nouveaux adhérents, plus il était à craindre qu'il ne s'y glissât quelques éléments impurs ; il n'est pas sans exemple que les progrès intellectuels soient achetés par un certain abaissement moral. Il est probable que l'Unité n'aurait pas échappé au sort commun : la faiblesse humaine triomphe toujours de la sainteté des préceptes ; une minorité se corrompt par cela seul qu'elle devient dominante. Déjà divers décrets indiquent un peu d'inquiétude des chefs, signalent quelque tiédeur dans la foi, un goiàt trop vif pour le luxe; çà et là des fautes plus graves, des légèretés ou même des adultères '.

I. Depuis i565 environ les Décrets des synodes semblent prouver une certaine tendance au relâchement, flétrissent l'ivrognerie, le jeu, la danse, les festins, le luxe des vêtements, les noces bruyantes, etc. [Décrets, p. 240). Ce qui est plus grave, c'est que quelques voix réclament l'indulgence, veulent composer avec la débilité de la nature humaine. Les mariages d'argent se multiplient, « des jeunes gens épousent de vieilles femmes, ou des jeunes tilles des vieillards » {id., p. 241). — Quelques cas d'adultère : l'Unité admettait que l'adultère entraînait la dissolution du mariage; le mari trompé pouvait chasser sa femme et se remarier (p. 245). Pour le mariage des prêtres, les Frères avaient eu un peu la main forcée par les scandales plus nombreux (p. 232 et 233). La conduite des pasteurs n'était pas toujours très édifiante (p. 2 56). Le synode de iSgs accuse un prêtre entre autres choses de se servir dans ses sermons sur les femmes de termes tels

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En dépit de ces rares défaillances, l'Unité demeurait fidèle à ses origines et à sa mission; au milieu de la dissipation et de l'indifférence générales, elle était une admirable école de perfectionnement et de pureté et représentait, dans une génération rongée par Tégoïsme, le culte de l'idéal, le dévouement et le sacrifice. Elle offrait un refuge à toutes les âmes généreuses que froissaient ou indignaient les vices du temps et elle marquait de son empreinte indélébile ceux qui grandissaient sous son influence. « Ils vivaient dans l'obéissance des Saintes-Écritures et se souvenaient des apôtres, selon les exemples de leurs maîtres, Jean Hus et Kheltchitsky. Ils prouvaient l'unité et l'amour par les bonnes œuvres;.... modestes et patients, ils menaient une vie de vertu, de retraite, de support, de renoncement et de piété. Ils acceptaient mutuellement les avis, les conseils, les reproches, les punitions, et chacun avait à cœur les progrès et l'édification des autres ' »,

Ces qualités de gravité et de réserve qui avaient toujours distingué les Frères, ce dédain des frivolités mondaines, ce noble effort pour réaliser ici-bas le royaume de Dieu qui donnent à l'Unité tout entière une physionomie si digne de respect, prennent un caractère incomparable d'élévation quand ils s'associent à une haute culture intellectuelle et

que beaucoup d'auditeurs scandalisés ont quitté l'église. Dans le synode de 1601, on discute la question de savoir si les prêtres condamnés pour adultère peuvent être réintégrés après avoir fait pénitence; le synode répond négativement, mais c'est déjà un symptôme fâcheux que la question soit posée. On se plaint que les étudiants et les candidats aux cures soient trop accessibles aux séductions mondaines et que les défections parmi eux ne soient pas rares (p. 264, 270). Les règles sur les métiers prohibés ne sont plus aussi strictement observées. En somme, il semble bien que l'Unité n'est pas restée complètement fermée au souffle de corruption qui flétrit les âmes à cette époque. Ce ne sont encore d'ailleurs que de très légers symptômes, plus inquiétants pour l'avenir que réellement graves. Le niveau moral parmi les Frères est toujours non seulement très supérieur à celui de leurs contemporains, mais absolument bon. Leurs adversaires ne leur adressent aucun reproche précis, se renferment toujours dans les mêmes déclamations vagues. Balbin ne formule contre eux d'autre accusation que l'instruction qu'ils donnaient aux femmes. Un jésuite, le père .\lexandre, qui les voit de près, est frappé de leur discipline et de leur piété (Gindely, II, p. 492, note 96).

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