I. L'cdit est public dans Skala, I, p. 3o
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puis lors jusqu'au moment de sa mort, reste un des directeurs les plus écoutés du parti protestant; en lui s'incarne la cause de la Réforme, comme dans Ziérotyn en Moravie et lUeshazy en Hongrie. — Il était né en 1547. A 18 ans, ses parents, suivant un usage toujours plus répandu parmi les Frères, l'avaient envoyé compléter son éducation à l'étranger; il voyagea douze ans, visitant TAllemagne, le Danemark, l'Angleterre, les Pays-Bas, la France et l'Italie, puis il accompagna à Constantinople l'ambassadeur impérial, 3^ séjourna plusieurs années. Il avait appris l'arabe et le turc et il songeait à réfuter le Mahométanisme, contre lequel il publia par la suite une diatribe véhémente, VAiîti-Alkoran '. A son retour, il remplit avec distinction diverses fonctions importantes. Sa science, son éloquence, la fermeté de ses convictions et la dignité de sa vie l'avaient vite désigné à l'attention de ses coreligionnaires, Slavata l'accuse d'avoir été l'élève de Théodore de Bèze, et il est vrai qu'il avait vécu dans l'intimité du grand théologien français et que rien n'altéra jamais leur amitié. L'influence des Calvinistes est extrême à ce moment sur les Réformés autrichiens. De même que parmi les Catholiques la direction passe aux plus fanatiques, elle revient parmi les Protestants aux plus hardis. Au point de vue politique, les princes luthériens, les Saxons surtout, étaient en général fort pacifiques; les mécontents voulaient des chefs moins longanimes et plus résolus; les Electeurs palatins étaient tout prêts à prendre la haute main sur un mouvement dont ils espéraient de sérieux avantages. Et, de même que c'étaient les princes calvinistes qui acceptaient les périls d'une guerre contre Rome, ils recrutaient leurs adhérents parmi les disciples ou les amis de Calvin : Tschernembl, Illeshazy, Ziérotyn, Boudovets sont tous bien moins éloignés de Genève que de Wittenberg.
Parmi ces combattants de la dernière heure, beaucoup
I. Est-ce ignorance ou mauvaise foi? Ses adversaires l'accusaient d'avoir passé à l'Islamisme.
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sont des hommes supérieurs. Aucun n'est aussi pur que Boudovets, n'attire autant les cœurs. Très pieux, — il prêchait lui-même l'Évangile à ses paysans, — sa foi n'était ni étroite ni intolérante : à ceux qui essayaient de mettre en opposition les Luthériens et les Frères, il répondait qu'ils n'étaient séparés que par des divergences secondaires, analogues, par exemple, à celles des difterents ordres monastiques, et que ces différences de détail ne devaient pas empêcher l'union de tous ceux qui combattaient pour la liberté de la parole de Dieu. Cette liberté, il la réclamait pour tous, pour les paysans comme pour les seigneurs; il est avec Ziérotyn un des rares hommes du xvi"^ siècle qui aient eu le respect de la conscience humaine. Tandis aussi que pour la plupart de leurs compagnons la tolérance religieuse n'était qu'une formule creuse sous laquelle ils dissimulaient mal leurs ambitions, pour désarmer Boudovets et Ziérotyn n'eussent demandé à la royauté que de renoncer à toute pensée de persécution. Les résolutions extrêmes inquiétaient à la fois leur raison et leur conscience : ils connaissaient trop bien la situation de la Bohême et de l'Europe pour ne pas entrevoir et redouter les conséquences possibles d'une insurrection, et, d'autre part, leurs scrupules religieux répugnaient au mélange impie de théologie et d'intrigue qui ravalait souvent la Parole de Dieu jusqu'à couvrir de mesquines cupidités. In Deo fortititdo, c'était la devise de Boudovets : ce soldat du Christ était prêt à donner à la cause sainte ses biens et sa vie, et une fois engagé dans la mêlée, il n'eut ni défaillance ni remords; mais il n'acceptait pas sans difficulté et sans tristesse la pensée du conflit fatal ; les scrupules du cro3^ant attiédissaient en lui l'ardeur belliqueuse du gentilhomme. Il avait beau avoir vécu longtemps au milieu des Calvinistes, il avait accepté leurs doctrines théologiques, non leur courage confiant et leur enthousiasme juvénile. Il ne croyait pas au succès et peut-être le désirait à peine, tenant plus à bien agir qu'à réussir, les yeux fixés sur la patrie future qu'il travaillait à mériter.
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Ces dispositions d'esprit ont leurs avantages: seules elles expliquent l'ascendant de Boudovets et qu'il ait réussi à galvaniser son parti ; sans lui et quelques-uns de ses amis, le Protestantisme aurait peut-être été étouffé en Bohême, comme en Styrie, sans bruit, sans le dernier honneur d'une lutte suprême : et il était bon que l'indépendance tchèque ne sombrât pas au milieu de l'indifférente prostration d'un peuple épuisé. Quelle inégalité cependant, les jours de batailles, entre la passion âpre des Jésuites et cette sorte de résignation qui accepte le combat par devoir! Il fut facile de s'en apercevoir dès la diète de i6o3.
Afin de ne pas sortir de la légalité, pour ne pas mêler aussi la cause de Dieu à des questions de gros sous, Boudovets obtint des Chevaliers, non sans peine, qu'ils votassent les subsides demandés par l'Empereur avant de lui présenter leurs griefs. Après seulement que l'impôt eut été accordé, il résuma dans un magnifique langage les griefs des Protestants. — Il rappela les promesses de Maximilien et celles de Rodolphe lui-même. Sous prétexte de rétablir les anciens usages, on les violait partout; on prétendait soumettre les Évangélistes au Consistoire; mais qui donc reconnaissait encore l'autorité de ce fantôme? Ce n'étaient pas les Compactats qu'avait acceptés Maximilien, mais la Confession tchèque, celle dont se réclamaient tous les dissidents. C'était elle que suivaient les glorieux soldats qui avaient marché contre les Turcs à l'appel du roi et qui avaient scellé de leur sang leur fidélité au souverain. Leurs veuves, leurs enfants, leurs amis n'auraient-ils pour récompense que la persécution et l'exil? Une telle pensée n'avait pas pu venir à l'esprit du roi. Les coupables, c'étaient les conseillers infidèles ou étrangers, qui, ignorant les usages et les lois du pays, trompaient Sa Majesté et lui avaient extorqué un mandat odieux. Quand on marche contre les Infidèles, les Chrétiens ne se séparent pas par confessions, combattent unis au noni de la Sainte-Trinité; de même, tous les Bohèmes doivent être unis dans la défense de la liberté religieuse. Tous, nous payons l'impôt, nous sommes prêts
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à exposer notre vie pour Sa Majesté; nous avons tous droit à la même protection et à la même justice '.
Un grand frémissement courait dans l'assemblée; beaucoup d'auditeurs éclataient en sanglots; à la fin de son discours, Boudovets lui-même fondit en larmes. Une pétition très énergique, dont il avait été un des principaux rédacteurs, fut présentée à l'Empereur. Les conseillers de Rodolphe répondirent en prononçant la dissolution de la diète, et une instruction judiciaire fut ouverte contre l'orateur des Chevaliers.
Les Catholiques triomphaient. L'édit de 1602 fut maintenu, on interdit la nomination aux cures de tout prêtre qui n'accepterait pas l'autorité de l'archevêque ou du Consistoire utraquiste. Les confidents du roi discutaient des mesures plus radicales. L'évêque de Vienne, Khlesl, qui avait fait ses preuves en Autriche, le jésuite Lano}^, soumettaient au nouvel archevêque de Prague, Zbyniek Berka de Douba, des projets de restauration, fort habilement combinés : chasser les étrangers des communes catholiques; nommer dans toutes les villes des curés orthodoxes; soumettre les maîtres d'écoles à une rigoureuse surveillance, écarter les instituteurs suspects et les remplacer par des jésuites -. Les grands officiers, Lobkovits, Slavata, Martinits, l'archevêque de Rrague et son grand vicaire, Barthold de Breitenberg, le secrétaire du roi, Paul Michna, étaient les dociles exécuteurs des ordres de la Compagnie. Les prêtres utraquistes, suspects d'être favorables à l'hérésie, étaient