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LA REACTION CATHOLIQUE

lâcheté, et toute tolérance, un crime '. En 1609, au moment de la Lettre de Majesté, les Catholiques se divisent en deux groupes et leurs discussions sont caractéristiques : Martinits et Slavata dénient au roi le droit d'accueillir la demande de la diète : dans les questions qui intéressent l'Eglise, le prince ne saurait intervenir; au pape seul appartient l'autorité. Cette intransigeance ultramontaine étonne Sternberg : il rappelle les précédents, montre qu'à toutes les époques le roi et les sujets ont réglé en toute souveraineté les rapports des diverses Confessions. Au point de vue du droit historique, sa thèse ne saurait être contestée, mais la logique est du côté de ses adversaires, l'esprit du temps aussi ; l'Eglise reconstituée réclame de ses serviteurs une obéissance moins réservée et une foi moins timide. L'heure des compromis et des tergiversations est passée, et les politiques sont entraînés malgré qu'ils en aient dans le tourbillon réactionnaire.

L'arrivée aux affaires de la jeune génération est signalée par une recrudescence de ferveur catholique : de nouvelles églises s'élèvent, divers couvents sont fondés; bientôt les mesures de rigueur commencent contre les Protestants. Les documents contemporains sont pleins du récit des violences exercées par les seigneurs catholiques contre leurs serfs : ils les battent, leur introduisent de force l'hostie dans la bouche, lancent des chiens contre ceux qui refusent d'aller à l'église. Il convient sans doute de faire dans ces plaintes une large part à la légende; les témoignages officiels ne laissent pourtant aucun doute sur la réalité de la persécution. Martinits, accordant des privilèges assez étendus à sa ville de Mountsiftaj, met pour condition qu'elle n'admettra

I. Voici la manière dont Slavata s'indigne de la faiblesse des Catholiques : « Les personnes des classes supérieures ne s'étonnaient pas de voir un catholique épouser une utraquiste ou réciproquement, et ensuite faire élever leurs enfants dans l'un ou l'autre culte, suivant leurs conventions. Ils assistaient aux baptêmes et aux enterrements les uns des autres et écoutaient les sermons qu'on y prononçait. Les politiques catholiques s'excusaient en disant que d'après la Constitution du pays, Utraquistes et Catholiques doivent vivre en bonnes relations. » [Mémoires, I, p. 40).

LA RÉACTION CATHOLIQUE SSj

jamais d'hérétiques parmi ses habitants ; quiconque ne communiera pas au moins une fois l'an sous une seule espèce, sera chasse et ses biens confisqués : un tiers reviendra au seigneur, un autre à la ville, le reste sera remis au condamné pour son voyage '. — A Jindrzichov-Hradets (Neuhaus) les Catholiques étaient en majorité, ce qui s'explique sans peine par l'influence seigneuriale, mais les dissidents y vivaient en paix; les Utraquistes y avaient leur prêtre, allaient faire leurs dévotions hors de la paroisse s'il s'absentait; personne ne les en blâmait, on les enterrait même dans le cimetière consacré. Il y avait aussi dans la commune quelques Frères et ils jouissaient d'une tranquillité complète. A la fin du siècle, brusque revirement. En 1692, le burgrave du royaume, Adam de Hradets, avait demandé aux Jésuites de fonder dans sa ville un collège qui fut inauguré en 1595. Son fils, Joachim-Ulrich, sur leur instigation et d'après les conseils du recteur Blasius, s'applique à rétablir la foi catholique. C'est le devoir des princes, dit l'Instruction qu'il promulgue, de travailler à l'honneur et à la gloire de Dieu, ce qui ne peut avoir lieu sans l'unité et la conformité dans la foi; aussi rien ne lui a paru plus utile et plus désirable au début de son administration, que de mettre un frein aux divisions religieuses et à la violation des lois ecclésiastiques -. Suit toute une série de prescriptions: les habitants ne s'adresseront pas à des prêtres étrangers; le curé distribuera la communion sous les deux espèces à ceux qui le demanderont; il n'y a donc aucun prétexte de chercher ailleurs les secours religieux et la direction que les ministres réguliers de l'Église sont seuls autorisés à donner. Quiconque mourra sans avoir reçu les derniers sacrements et la communion d'un prêtre orthodoxe, sera enfoui hors du cimetière municipal. Le dimanche et les jours de fête, aux heures des offices, les cabarets seront fer-

1. Rybitchka, Les préludes de la Contre-Réforme en Bohême, dans les Comptes-rendus de l'Acad. de Prague, 1882, p. 100.

2. Orth, Esquisse d'une histoire politique et morale de Jindrzichov-Hradets (en tchèque), Jindrzichov-Hradrets, 1879; page 52-54.

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mes, il sera défendu de vendre et de travailler sous peine d'amende : huit jours de prison à tous ceux qui se mêleront à des cérémonies dans lesquelles on s'éloigne des rites romains. Tous les habitants seront tenus d'assister au culte catholique et de prendre part aux processions; les conseillers suivront le cortège, le cierge à la main; les bourgeois devant les maisons desquels elle passera, décoreront leurs maisons et se tiendront sur le seuil de leurs portes avec un cierge. A l'arrivée d'un nouveau curé, les magistrats se réuniront à la maison commune, l'accompagneront aux vêpres et, le lendemain, feront l'offrande. Ils veilleront à ce que les règlements soient observés. Personne ne s'établira dans la ville qu'après avoir confessé sa foi devant le doyen. Les parents n'enverront leurs enfants que dans des écoles catholiques.

Avec quelques nuances, qui dépendent du caractère des propriétaires, des faits analogues se passent alors dans presque tous les domaines catholiques. — Ces actes n'étaient pas absolument contraires aux lois du pays, ils n'atteignaient encore qu'une très faible partie de la population ; ils expliquent cependant l'inquiétude et le mécontentement qui commençaient à se manifester. L'émotion devint générale quand, au mois de septembre 1G02, des hérauts descendirent du château des Hratchany et publièrent à son de trompe un mandat impérial qui renouvelait contre les Frères les éditsde Vladislas et de Ferdinand, interdisait leurs réunions, ordonnait aux prêtres catholiques ou utraquistes de prendre possession de leurs églises et déclarait ennemis publics tous ceux qui ne se soumettraient pas à l'ordre du roi. C'était une véritable provocation, d'autant plus que les termes du décret, vagues et ambigus, visaient avec les Frères toutes les sectes hérétiques, tous ceux qui n'étaient pas catholiques ou utraquistes orthodoxes '.

Lorsque la diète se réunit au mois de janvier i6o3, l'opposition trouva un chef dans Boudovets de Boudov qui, de-

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