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LA REACTION CATHOLIQUE

impit03^ablement frappés. L'Administrateur avait eu une fille d'un mariage régulier : il fut destitué, et les membres du Consistoire de Prague ne furent plus choisis que parmi ceux des curés de Prague dont on était sûr. Les cérémonies et les fêtes du culte protestant étaient interdites; les pasteurs, cités devant le conseil royal sous n'importe quel prétexte, menacés et expulsés. Sur les biens ecclésiastiques et les domaines des seigneurs catholiques, les habitants étaient mis dans l'alternative d'assister à la messe ou de vendre leurs terres. A Mlada-Boleslas, un des centres les plus importants et les plus célèbres de l'Unité, l'église des Frères fut fermée et leurs biens confisqués. A Khomoutov, Most, Kroumlov, on refusait d'enterrer dans le cimetière consacré ceux qui mouraient sans sacrements. Les imprimeurs, mandés au Château, recevaient l'ordre de ne pas mettre leurs presses au service des Réformés. Dans les villes, on n'admettait aux fonctions municipales que des hommes hostiles aux idées nouvelles, « Tu sais mieux que personne, disait le pape à l'archevêque dans la bulle du 14 octobre 1604, ce qui a été fait en Bohême pour relever la foi catholique, en améliorant les mœurs du clergé, mais nous voulons aussi supprimer partout les hérésies. » L'archevêque, ainsi encouragé et excité, redoublait de zèle. Il réunissait en i6o5, pour la première fois depuis deux siècles, un s3mode national et on y traçait tout un plan pour relever le crédit des prêtres catholiques, étendre leur instruction, accroître leur influence et effraj^er les Protestants. Pour obtenir un grade universitaire, exercer les fonctions de professeur, notaire, médecin, imprimeur, libraire, il fallait un certificat de foi orthodoxe '.

« li y a beaucoup d'imagination dans les plaintes des Protestants, suivant lesquelles on les aurait traités avec rigueur depuis 1602. Qui donc aurait pu agir contre eux? » dit M. Gindely, Gesch. der bœlim. Brader, II, p. 343. — En fait, les écrivains catholiques ont raison. Il n'y eut pas de persécution véritable, et les faits que nous relevons sont ou sans grande importance ou exceptionnels. C'est une des causes de l'indifférence que montra la masse du peuple au moment de l'insurrection. Est-ce à dire par là que le péril n'existât pas? — Le but des Catholiques, ils ne s'en cachaient pas, était la suppression de la liberté de conscience. « Les Luthériens et les Cal-

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Bien que le résultat réel de toute cette agitation fût presque nul et qu'il soit absurde de parler de persécution, les Protestants étaient mécontents et avaient le droit de l'être. Il se formait autour d'eux une conspiration qui ne dissimulait pas ses projets : attendraient-ils pour se défendre qu'elle eût paral3'sé toutes leurs forces? Leurs divisions leur créaient déjà bien assez de difficultés en face d'adversaires admirablement disciplinés. Il y a par tous les pays une masse flottante, qui est la proie des ambitieux et des violents; la livreraient-ils aux Catholiques? Les nouvelles qui arrivaient du dehors augmentaient leurs angoisses : en Silésie, en Lusace, en Autriche, en Hongrie, la réaction remportait victoires sur victoires, et ses progrès n'étaient arrêtés que par les discordes de ses propres agents. En Moravie, le cardinal de Dietrichstein réduisait au silence Ziérotyn et les Protestants de la diète, et la liberté religieuse, qui récemment encore y paraissait inébranlable, n'y était plus qu'un souvenir. Comment le péril commun n'aurait-il pas rapproché les chefs de l'opposition dans les divers pays soumis aux Habsbourgs, et pouvaient-ils ne pas songer à exploiter à leur profit les circonstances favorables, les inci-

vinistes, dit Winder dans son Traité sur la suppression de l'hérésie, il faut les frapper avec l'épée, les chasser, les détruire, les brûler avec le feu, le soufre et la poix, les exterminer et les annihiler, les persécuter par tous les moyens et jusqu'à anéantissement complet..., en un mot, les poursuivre jusqu'à la mort et les extirper par toutes les tortures et les châtiments. » — « Sachez-le, dit un autre, nous tous, ici et dans le monde entier, nous avons formé une sainte ligue; notre puissance est grande, nous sommes déjà 80,000; nous n'épargnerons ni peine ni travail, ni soin ni habileté pour vous détruire, vous, votre religion, votre pays et votre peuple, tant qu'il restera un de nous. Et personne ne nous en empêchera, pas même un ange du ciel. » A quoi bon multiplier les citations? Est-il un seul catholique sincère qui conteste à l'Eglise le droit et le devoir de travailler, par tous les moyens, à la ruine de l'hérésie?— Les Protestants étaient donc en légitime défense, et l'inanité des tentatives de leurs ennemis ne changeait rien à la situation au point de vue du droit. — Que l'insurrection ait été opportune, qu'il n'eût pas mieux valu dédaigner des provocations encore stériles et, dans tous les cas, qu'il eût fallu laisser à la nation le temps d'apercevoir nettement le danger, c'est une autre question. Que beaucoup de chefs de la révolte surtout aient été heureux de prétextes que guettait leur ambition, c'est incontestable. Mais tout cela ne suffit pas à déplacer la responsabilité, et les agresseurs furent certainement les Jésuites. On est libre de les en louer ou de les en blâmer; il me parait puéril de les en défendre.

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dents de la guerre avec les Turcs, l'affaiblissement de la santé de Rodolphe et le déclin de son autorité, les divisions de la famille impériale?

Le mot d'ordre des rebelles qui, un peu plus tard, se soulèvent contre le roi, c'est la liberté religieuse. Belle formule, a-t-on dit souvent, mais combien vaine et fausse ! Parmi tous ces révoltés, qui donc se soucie de l'Évangile et de la tolérance? — Ces accusations ne sont pas complètement justes : les chefs les plus en vue, Boudovets, Ziérotyn, ont bien réellement à cœur de mettre leurs coreligionnaires à l'abri des dangers qu'ils prévoient, et dans le gros de l'armée qu'ils entraînent, beaucoup ne se seraient jamais ralliés à l'insurrection, s'ils n'avaient été poussés à bout par des vexations, moins graves en elles-mêmes que par les tendances qu'elles révélaient.

Il n'est pas douteux d'ailleurs qu'à la question religieuse bien d'autres se mêlent et que sous les mots sonores de respect de la conscience et de liberté de la Parole de Dieu se cachent des ambitions très concrètes et des calculs tout terrestres. Il est certain aussi que, sans qu'il soit toujours possible de distinguer ce qui se mêle chez les divers combattants de sincérité et d'hypocrisie, de conviction et de calcul, le triomphe du Protestantisme eiit fatalement entraîné des conséquences qui n'auraient eu aucun rapport avec la religion.

En premier lieu, l'établissement sur les ruines de la monarchie d'un régime oligarchique. — La lutte des nobles et des rois, interrompue depuis Ferdinand, n'avait pas cessé. Si la monarchie avait pris une revanche légitime et nécessaire de ses défaites, les nobles, intimidés, n'avaient rien abdiqué de leurs prétentions, Pas plus qu'en

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