LA ROYAUTÉ ET LA NOBLESSE
et concentrant dans leurs mains toute la direction des affaires; dans leur long sommeil, ils avaient continué leur rêve. C'était d'ailleurs le seul moyen de mettre le Protestantisme à l'abri de route surprise ; seulement beaucoup tenaient plus au moyen qu'à la fin, et la Confession de 1675 leur aurait été moins chère si l'établissement du régime oligarchique n'eût été indissolublement lié à la victoire de la Réforme.
Les quelques hommes dont l'idéal politique était moins étroit et moins égoïste, étaient trop en avant de leur époque et trop au-dessus de leurs contemporains : on les suivait quand ils prêchaient l'insurrection, on se détournait d'eux dès qu'ils recommandaient la modération. Ces tiraillements entre le gros du parti et les hommes que leurs talents et leurs vertus auraient désignés pour les postes suprêmes, poussaient la masse des seigneurs à chercher des guides moins timorés et ils se jetaient les yeux fermés à la suite de ceux qui flattaient le plus docilement leurs mesquines passions. Bientôt découragés, quelques-uns des politiques les plus remarquables s'enfermèrent dans une inaction mélancolique, incertains où était leur devoir; Ziérotyn par exemple, qui avait cru possible la fondation d'un régime mixte et modéré et qui ne se décida pas à choisir entre la révolte ouverte et la servitude. Il se trouva en dernière analyse que leur bonne volonté clairvoyante ne fut guère moins funeste au pays que l'imprudent aveuglement des autres : par horreur de la révolution, ils facilitèrent le triomphe du despotisme qu'ils détestaient; c'est presque trahir ses amis que de les précéder de trop loin.
Les divergences qui se produisaient à propos de la politique intérieure entre ce que l'on est tenté d'appeler, par une phraséologie beaucoup trop moderne, les membres du parti libéral et les intransigeants, se renouvelaient dans les questions de politique extérieure. Les premiers désiraient le maintien de la monarchie autrichienne, tandis que la plupart des autres poursuivaient avec plus ou moins de franchise le rétablissement de l'ancienne indépendance du royaume. Ici aussi, les conséquences de l'incurie de Maximilien et de