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LA ROY/UTÉ ET LA NOBLESSE

elles étaient à la merci de quelques chefs de parti, et un coup de tête suffisait pour plonger le pays dans les plus graves difficultés. L'influence des Etats en temps ordinaire était faible, mais rien n'est plus dangereux que ces souverainetés théoriques qui ne sont pas instruites et assagies par l'expérience et les responsabilités. Comme les nobles dans les périodes de calme n'exerçaient plus guère d'action sur les destinées du pays, ils s'absorbaient dans leurs rancunes particulières et leurs prétentions de caste, et leur docilité dissimulait habituellement leur soif de représailles : mais la garantie que trouvaient les souverains dans cette indifférence imprévoyante et égoïste, était fort précaire.

Stransky, qui a bien étudié la constitution tchèque à cette époque, nous dit que les Bohèmes voulaient être gouvernés par un roi, à condition que son pouvoir fût tempéré et partagé dans une certaine mesure avec l'aristocratie. Il ne faut pas de bien longues études pour voir comment les nobles entendaient ce partage. « La liberté des Ordres est très grande dans ce royaume, dit-il encore; en effet, bien que les seigneurs ' reconnaissent le roi comme le maître suprême^ qu'ils lui doivent obéissance et fidélité et qu'ainsi chacun d'entre eux comme individu lui soit infiniment inférieur, réunis, ils représentent l'État et, de cette manière, dans la plupart des choses, partagent sa majesté et égalent sa puissance et sa splendeur - ». Ils en concluaient que le monarque n'était qu'un de leurs égaux. — Le malheur était qu'ils n'éprouvaient aucune sympathie pour des maîtres dont tout les séparait et qui n'avaient jamais consenti de bonne grâce à leur déléguer quelque part dans les affaires publiques. Ils sentaient leurs humiliations et comptaient s'en venger. Leur idéal n'avait pas varié depuis Vladislas : une royauté élective et nominale, des fonctionnaires désignés par les États et responsables devant eux, des diètes libres de se réunir à leur gré, ayant l'initiative et le vote de la loi

1. Le même mot signifie en tchèque les Etats et les Nobles, parce que seuls ils avaient quelque autorité dans la diète.

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