L^ BOHÊME ET LES PROVINCES
lésien ne l'était pas. Les exemples n'étaient pas rares non plus de seigneurs qui possédaient des domaines dans diverses parties de la monarchie, avaient le droit de siéger dans plusieurs diètes et servaient ainsi de lien entre les assemblées particulières. En réalité cependant, la fusion n'avait fait aucun progrès depuis deux siècles, au contraire : les détenteurs de l'autorité, rois ou nobles, n'avaient pas réussi à créer cette communauté de sentiments, cette solidarité d'intérêts et cette sorte de ressemblance morale qui sont la condition du patriotisme et font des habitants d'un même État une famille en face de l'étranger. Les institutions communes n'avaient pas disparu : la Chambre aulique tchèque avait la haute direction des finances silésiennes et moraves, les arrêts de tous les tribunaux municipaux venaient en appel devant la Cour du château à Prague, le chancelier de Bohême était un véritable ministre d'État dont l'autorité s'étendait sur le ro3'^aume entier; lesdiètesgénéralesoù se rencontraient les délégués des parlements particuliers, étaient assez fréquentes. Seulement, comme rien n'avait été fait pour développer le sentiment national, cet embryon d'organisation centraliste contribuait plutôt à entretenir le mécontentement qu'à cimenter l'union. Silésiens, Moraves et Bohèmes, tous avaient cependant les mêmes besoins, étaient menacés des mêmes dangers; si les nobles avaient eu réellement à cœur le bonheur et l'indépendance de la patrie, s'ils avaient été franchement animés du culte de la liberté politique et religieuse, n'auraient-ils pas trouvé un mo3^en de dissiper des préventions injustes et de rallier dans un effort unanime tous ceux qu'inquiétaient les progrès de la réaction catholique? Quelle que fût la décision de l'avenir, que la Bohême reprît son existence indépendante ou qu'elle continuât à faire partie de la monarchie des Habsbourgs, la situation devenait tout autre dès que les divers membres de la Couronne de Saint-Venceslas formaient une masse compacte et indissoluble. L'intelligence des Seigneurs tchèques ne s'éleva pas à ces considérations ; leur horizon était borné, parce que leur âme était mesquine. Des calculs vulgaires, des