I. Koldyn, p. SgS
i6o3, lorsque les États protestèrent contre le mandat de Rodolphe qui renouvelait l'édit de Vladislas relatif aux Frères et aux dissidents, les villes, directement visées par l'ordonnance, demandèrent à se Joindre à la pétition : les Seigneurs et les Chevaliers, « par suite de leur haine invétérée contre les communes », refusèrent '. Les officiers royaux, encouragés par ce secours inattendu, poussèrent hardiment l'exécution du décret royal : au mépris des traditions et des règlements, ils ne tinrent plus aucun compte de l'opinion des habitants dans la nomination des magistrats municipaux : perfidies, menaces, violences, tous les moyens leur furent bons pour mettre l'administration dans des mains dévouées; dans certaines villes, la population était tout entière protestante, on alla chercher des étrangers, on leur conféra le droit de bourgeoisie, et, en dépit des plus vives et des plus légitimes protestations, on en fit des bourgmestres et des conseillers. Malheur au magistrat indépendant : il était brutalement révoqué, quelquefois jeté en prison, ruiné par d'énormes amendes; on le remplaçait par des gens qui ne comprenaient pas le tchèque, ne savaient ni lire ni écrire. Il est facile de comprendre dès lors pourquoi, lorsque les Utraquistes convoquent une assemblée générale au mois de mai 1618, la plupart des villes n'y sont pas représentées. Plusieurs d'entre elles se séparent ouvertement des États, déclarent « qu'elles ne veulent connaître d'autre roi, d'autre seigneur, d'autre défenseur que l'Empereur et n'ont besoin d'aucune autre protection ^ ». Qui parle ainsi? — Les bourgeois? Non certes, mais des magistrats épouvantés et qui ne représentent qu'une infime minorité. Si les Catholiques ont mis la main sur les forteresses de la Réforme, à qui la faute cependant, sinon aux seigneurs qui les ont livrées de leurs propres mains à leurs adversaires?