Skala, I
2. Ces faits ont été résumés dans Tchélakovsky, Le Sous-chambellan, p. 62- 73. On en trouve le détail dans Skala, passim, et dans \3, Seconde apologie des États bohèmes.
Les bourgeois n'ont aucune illusion sur les sentiments que nourrissent les nobles à leur égard. Quand, en 1609, poussés à bout et grises par le vent de révolte qui souffle à travers le pa3''s, ils se hasardent, pour la première fois depuis un demi-siècle, à se plaindre des vexations dont on les accable, leur modération frise l'humilité; ils ne réclament pas l'autonomie dont ils jouissaient avant la bataille de Miihlberg, supplient seulement que l'on renonce aux plus criantes et aux plus odieuses pratiques. Ils avaient été prévenus par les seigneurs : sous aucun prétexte, ceux-ci ne consentiraient à étendre les privilèges des bourgeois. Les griefs rappelés par les villes furent épluchés par les Ordres privilégiés avec une partialité évidente et absolument étrange si l'on songe qu'il s'agissait avant tout de garantir la liberté religieuse de leurs compagnons d'épreuves : Sans doute, disaient-ils, il leur paraissait juste que l'on ne nommât conseillers que des personnes respectables, mais ils n'admettaient pas que l'on ne choisît que des Utraquistes et que le Sous-chambellan fût lié dans ses choix par les propositions des électeurs; ils ne voulaient pas que l'on portât atteinte à ses prérogatives. En réalité, c'était par son intermédiaire qu'ils cherchaient depuis longtemps à soumettre les villes à leur autorité, et même dans cette crise solennelle, leurs privilèges de caste leur étaient plus précieux que la victoire de leur foi.
De longues négociations furent nécessaires pour les amener à insérer dans les résolutions de la diète un article vague en vertu duquel « on ne devait pas à l'avenir imposer aux électeurs des villes royales de nouvelles et illégales obligations, mais maintenir le bon ordre et les traditions en usage sous l'administration du dernier Souschambellan ». Ce fut bien une autre affaire quand il s'agit des capitaines dont les Praguois sollicitaient la suppression et des juges royaux dont ils voulaient que l'on fixât les attributions. Il y eut une explosion d'indignation dans l'aristocratie : capitaines et juges se recrutaient dans son sein; les attaquer, c'était attaquer la noblesse tout entière.
Ils accusèrent « le Tiers-Ordre de vouloir s'élever au-dessus des autres », et ne démordirent pas de leur opposition. « Il appartenait à la noblesse seule, dit M. Tchélakovsky, de protéger l'indépendance municipale contre les entreprises du gouvernement et de rendre ainsi très difficile, sinon impossible, toute violation de la liberté religieuse dans les villes. Au lieu de cela, elle approuva la ruine de leur autonomie et par là encouragea les desseins des Catholiques Elle voulait, disait-elle, arrêter la réaction absolutiste et catholique qui, déjà victorieuse dans l'Autriche intérieure, battait en brèche la constitution tchèque. Quel allié plus sûr, plus utile, que le peuple, et avant tout la bourgeoisie ! Chaque conquête de l'autonomie municipale, chaque progrès des villes était une promesse et une garantie de victoire ; la chose était si évidente, que toute considération mesquine et secondaire aurait dû être écartée. Par son marchandage absurde, par sa mauvaise humeur ridicule en face des réclamations les mieux fondées, elle sema le mécontentement et la division au moment où l'on eût eu tant besoin de concorde, d'enthousiasme et de dévouement ' )>.
La faute était si énorme que quelques chefs s'avisèrent de la sottise de leurs compagnons. Pas plus que dans les relations avec les provinces voisines, quelques concessions in extremis n'auraient effacé le souvenir de discordes séculaires; d'ailleurs, même au dernier moment, en face de l'invasion, la majorité, sourde aux conseils de la sagesse, persista dans ses errements. En i6ig, lorsque les bourgeois voulurent faire inscrire sur la liste des flétris et déclarer à jamais indignes d'occuper une charge publique le Sous-chambellan et le Juge aulique qui avaient lourdement abusé de leur autorité, Guillaume de Lobkovits, le représentant du parti ultra-féodal, s'indigna : le Sous-chambellan n'avait pas mérité une pareille injure, il n'avait rien fait contre le pays et les États, tout au plus seulement