I. Mémoires, II, p
nombreux néanmoins pour permettre de constater une sorte d'état de guerre entre les opprimés et les oppresseurs. Au commencement du règne de F'erdinand I, peu s'en faut que la guerre des pa3'sans n'ait son contre-coup en Bohême : la fermentation est extrême, en particulier dans les districts septentrionaux où les relations avec l'Empire sont plus fréquentes et où le comte de Schlick soumet ses manants à un régime très dur. En 1 524, un mouvement éclate à Jachimov (Joachimsthal) : dirigé d'abord exclusivement contre les employés du seigneur, il prend bientôt une tournure plus menaçante; encouragés par l'éloignement des troupes que le comte avait envoyées contre les insurgés d'Ansbach, les mécontents se réunissent au mois de mai i525 sur la place, pillent l'hôtel de ville, brûlent les chartes de la commune et marchent sur le château de Freudenstein, qui est réduit en cendres. Le comte de Schlick accourt avec trois cents mercenaires : devant l'attitude des émeutiers, il se retire sans oser les attaquer; ils étaient déjà trois mille. Le seigneur reçoit des renforts, les paysans sollicitent leur grâce et obtiennent leur pardon en livrant leurs chefs : le vainqueur se montre d'ailleurs clément. La même année, nouveaux troubles dans le sud du royaume. La situation est assez grave pour qu'il paraisse nécessaire d'en appeler à l'autorité morale de Luther, et Ton traduit en toute hâte deux des traités du Réformateur contre les paysans. Malgré tout, le calme ne se rétablit pas sans peine. En 1 644, les sujets de Bohuslas de Schwamberg se soulèvent contre lui. En lôyi, les habitants du village de Chamonits, exaspérés des cruautés et des exactions de leur maître, pénètrent de nuit dans son château et le mettent à mort avec ses deux jeunes enfants '. Ces tentatives, isolées et mal concertées, aboutissent le plus souvent à de sévères répressions, resserrent la chaîne de servitude, laissent dans les cœurs des germes de haine qui peu à peu se développent et grandissent.
I. V. SvsLXek, Culturhistorisclie Bilder ans Bœhmen. Vienne, 1879; p. i58-
Si, dans la deuxième partie du xvi= siècle, les insurrections ouvertes deviennent plus rares, on aurait tort en effet d'en chercher la cause dans l'apaisement des passions et la réconciliation des classes : l'explication de cette accalmie, il faut la chercher dans le sentiment d'impuissance qui s'est emparé des serfs. Les colères n'en sont pas moins vives pour être dissimulées; une multitude d'incidents révèlent l'existence d'un prolétariat rural, poussé à bout et prêt à tout. Des bandes courent le pays, et les lois les plus sévères n'empêchent pas la formation de ces troupes composées de mendiants et de brigands qui répandent partout l'inquiétude et l'épouvante : les chroniques des villes sont pleines du récit des expéditions contre les rôdeurs.
Les paysans fugitifs forment une population flottante qui cause de perpétuelles terreurs à la police. En i585, les serfs s'ameutent dans la Nouvelle-Ville de Prague contre quelques chevaliers, ceux-ci se réfugient à grand peine dans une maison et pendant l'algarade, trois personnes sont massacrées. La cause de cette émeute, ajoute le chroniqueur, c'est que les serfs étaient tenus de demander a leurs seigneurs des lettres d'affranchissement avant d'entrer au service des étrangers, ce qui leur était dur, non moins qu'aux personnes libres qui avaient besoin de serviteurs '. A la fin du siècle, le pays est dévasté par une série d'incendies, dont la responsabilité remonte en général aux ouvriers employés à la construction et a l'entretien des étangs : ce sont presque tous des serfs en rupture de ban. Les conspirations agraires sont fréquentes : nous en trouvons plusieurs exemples dans la biographie de ce Pierre Vouk de Rosenberg -, que l'on nous représente comme « l'ami et le père » de ses laboureurs et qui n'était certainement pas cruel. A plusieurs reprises, sa vie est en danger, et la sévérité de la répression ne laisse aucun doute sur la réalité de ses craintes. En 1 697, on tremble que l'insurrection qui désole l'Autriche ne se pro-