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L UNIVERSITE

incapables de mener à bien une réforme qui eût exigé du temps et de la suite : sur ce terrain mouvant, aucune construction solide ne saurait s'élever. Tous les projets au bout desquels on n'aperçoit pas un bénéfice immédiat et concret, sont bientôt écartés : les parlements s'agitent et ne font rien, la révolution est la seule forme de l'activité politique qu'ils connaissent. De temps en temps, quelques orateurs signalent le mal, on nomme une commission, on présente un projet, puis, les Etats à peine séparés, l'affaire est enterrée, et les choses reprennent leur cours.

Les biens de l'Université ne lui ont pas été rendus; ses ressources sont insuffisantes et précaires. Des prescriptions vieillies, (l'obligation du célibat par exemple), s'ajoutent à la médiocrité des revenus et à l'incertitude de la situation pour éloigner la plupart des hommes de valeur. Quelques professeurs émérites : ils font tache au milieu de médiocrités qu'ils troublent dans leurs habitudes et qui, par tous les moyens, veulent se débarrasser de leur gênant voisinage. Depuis que les relations avec l'Allemagne sont moins haineuses, la plupart de ceux que ne satisfait pas cette vie végétative vont chercher dans les universités germaniques une existence plus large et une liberté moins mesurée. Ceux qui demeurent, sont des employés, timides, anxieux, qui ne voient dans l'étude qu'une carrière ; le plus clair de leur temps se passe à administrer leurs maigres revenus, leur principal souci est de ne pas se compromettre et de gagner à bon compte leurs pauvres appointements. Une seule Faculté, — avec des examens, des cours réguliers, au moins en principe, — la Faculté de philosophie. Pas de Faculté de droit! Dans un siècle qui est tout entier rempli par les polémiques religieuses, pas de Faculté de théologie! Les étudiants ne sont guère qu'une trentaine. Les professeurs s'endorment dans une nonchalante quiétude : les cours sont faibles et rares. Le vice endémique du siècle, l'ivrognerie, n'épargne pas les maîtres. « Le contubernium mériterait plus justement d'être nommé un combibernium. » Présentations aux postes vacants, examens, anni-

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versaires, excursions, autant d'occasions de beuveries; les esprits s'échauffent, les conversations s'animent, et ce ne sont pas des questions scientifiques que Ton discute si âprement. Des querelles, on passe aux coups. Les maîtres n'ont pas même toujours la prudence de cacher leur vice dans l'intérieur du collège; ils jouent le rôle d'hilotes pour l'édification de leurs élèves : ceux-ci, avec une sorte de respect pour ce qu'ils seront eux-mêmes plus tard, soutiennent leurs pas titubants, les portent quand ils ne tiennent plus debout. Le lendemain, l'esprit est trouble, le travail pénible. En hiver, souvent les étudiants attendent à la porte du cours, en grelottant, un professeur qui ne vient pas. Ce sont les naïfs, les nouveaux; au bout de quelques semaines, ils sont au courant, ne paraissent plus à la Faculté que de temps en temps. Plus d'un professeur fait une ou deux leçons pendant le trimestre, d'autres n'en font point. Les ennemis de l'Université prétendent qu'il suffit d'avoir passé deux ou trois ans dans ses collèges pour ne plus rien valoir. Les meilleurs n'échappent pas à la contagion. Dans la dernière partie de sa vie, Bakhatchek prend l'habitude de se griser : de là, de grandes querelles avec son vieil ami Trojan, qui se grisait aussi : un soir, ils se jettent l'un sur l'autre, et peu s'en faut que Trojan ne passe par la fenêtre; le pauvre Bakhatchek, à la suite de cette équipée, est traduit devant le conseil académique qui exige de lui la promesse qu'il ne se grisera pas, au moins pendant un an ; il implore seulement la permission de boire un verre de vin, dans sa chambre, avec un de ses amis.

Les anecdotes les plus piquantes ne sont pas les plus probantes. Il faut toujours se garder d'abonder dans son sens : les retouches, les atténuations, les explications donnent seules une certaine approximation de la réalité. Il n'}'^ a pas si longtemps que l'ivrognerie est devenue une marque de mauvaise compagnie, et Bakhatchek, pour aimer à boire un verre de vin, n'en était pas moins un professeur consciencieux, un érudit et un pédagogue ingénieux et sage. Parmi ses collègues, plusieurs n'étaient pas indignes de le

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