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comprendre et de l'aider. Mais enfin, et tout en faisant aussi large que possible la part des exceptions, il serait difficile de nier la médiocrité des études supérieures et il est évident que la décadence de l'Université doit exercer une influence des plus fâcheuses sur l'état moral de la nation entière.
Ce n'est jamais sans un grand désavantage pour un pays que périclitent ces établissements d'instruction nationale dont la mission est de répandre le culte du beau et du vrai. Le sens littéraire proprement dit s'émousse. Les progrès de la langue et la fécondité des écrivains dissimulent dans une certaine mesure l'inanité de leur labeur, mais l'histoire de l'art nous permet de toucher du doigt la sécheresse et la stérilité du siècle.
Quand on pénètre dans la connaissance un peu plus intime des grands seigneurs tchèques du xvi^ siècle, de ceux qui dirigent les Etats, mènent les partis, concentrent dans leurs mains le pouvoir et la richesse et résument à un degré supérieur les qualités et les faiblesses de leur pays et de leur temps, on s'aperçoit qu'on peut les diviser en deux grandes classes, les croyants et les artistes. La Renaissance et la Réforme, voilà les deux pôles du siècle, et en Bohême comme dans le monde entier, tous les hommes instruits oscillent entre ces deux centres d'attraction ; seulement, chez les seigneurs tchèques, ces nobles passions, religieuses ou artistiques, nous apparaissent comme édulcorées : elles n'ont ni autant de furie qu'ailleurs ni autant de sérieux.
De même que les fanatiques parmi eux mêlent à leur foi trop de calcul ou un certain découragement lassé, les artistes ne sont que des curieux. Entrez dans la diète un jour où préside Boudovets, on se dirait dans un parlement anglais, à la veille de la révolution puritaine : même jargon biblique, même mélange de politique et de religion, mêmes accusations contre une monarchie qui menace la foi, la constitution et l'honneur même du pays : la ressemblance est superficielle, les mots n'ont pas le même sens, les âmes, les mêmes besoins. — Dans son château, Guillaume de
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Rosenberg rappelle les princes italiens de la Renaissance, tous les chroniqueurs font la comparaison, elle le Hatte, — sans doute parce qu'elle n'est pas exacte. Ces dilettanti sont assez frottés de civilisation pour avoir le prurit des jouissances esthétiques, ils favorisent les artistes, élèvent des palais somptueux, les œuvres d'art s'entassent dans leurs palais, leurs châteaux sont entourés de magnifiques jardins; de nouvelles espèces déplantes ou d'animaux ornent leurs parcs : les paons, les perdrix, les tulipes que Bousbeck apporte de Constantinople ; les fêtes sont nombreuses et magnifiquement ordonnées. — Mais en somme tout cela, c'est du luxe, et non de l'art, et quelquefois moins du luxe qu'un puéril étalage. La plupart de ces nobles obéissent à la mode, leur goût n'est ni délicat ni sûr.
Rodolphe, à ce point de vue comme à tant d'autres, résume assez bien le caractère général de ses contemporains. De même qu'il en a les ambitions sans constance et les ardeurs sans énergie, de même qu'il est intolérant sans être croyant, il a la furie des choses de Fart, il n'en a pas l'intelligence. Ses fantaisies intellectuelles le dominent; peinture, sculpture, mosaïque, orfèvrerie, alchimie, astrologie, que sais-je encore, toutes les formes de l'activité intellectuelle le passionnent. Ses émissaires courent le monde pour lui découvrir des pièces curieuses. A sa mort, un jésuite, archéologue distingué, Jean-César Boulenger, — mort à Cahors en 1 628, — évalue à 1 7 millions la valeur des perles, pierres précieuses, objets d'or ou d'argent de sa collection : qu'on y ajoute celle des tableaux, statues, etc., les sommes dépensées pour la réunion de tous ces trésors, les pertes, les détournements, le gaspillage! Le chiffre total de l'argent que consacre l'Empereur à la création de ce musée, dépasse certainement plusieurs dizaines de millions '. Avec une partie de cet argent, les Turcs auraient
I. Presque toutes les collections européennes se sont enrichies de quelques pièces du musée de Rodolphe. Telle était la célébrité dont il jouissait que le désir de s'en emparer décida les Suédois, au moment où la paix de Westphalie était déjà signée, à attaquer par surprise la ville de Prague pour