Id., p. G
3.Cp.Stieve,<i;e Vevhandlungen ûber die Nachfolge K. R. Il in den Jahren i58i-i6o2, Munich, 1879, très important pour la politique allemande. V. aussi la grande collection, Brie/e und Akten ^ur Gesch. des dreissigjœhvigen Krieges.
de tiédeur, et en même temps il espérait vaguement que les périls dans lesquels il se précipitait ouvriraient à ses propres ambitions quelque perspective favorable. L'Empereur de son côté devinait ces calculs et s'inquiétait de l'influence que s'arrogeaient les ambassadeurs de Philippe, San-Clemente ou Zuniga, et du crédit qu'ils rencontraient auprès des Catholiques. Il était ainsi dans une situation très compliquée et fort embarrassante : sa politique intérieure lui aliénait les Protestants, et il n'osait pas s'appu\'er contre eux sur les puissances catholiques; sa ligne de conduite variait sans cesse : son éducation et ses instincts ne lui permettaient pas de pratiquer sincèrement la tolérance, et il paraissait cependant par instants prêt à se rapprocher des Réformés par haine et par crainte du parti espagnol. Ces oscillations, dans un pays où la majorité appartenait depuis longtemps aux hérétiques, annulaient tout TelFet des mesures les plus énergiques et n'en laissaient subsister que l'odieux.
Les tendances diverses qui tiraillaient l'esprit du roi s'incarnaient dans les conseillers qui se partageaient ou, plus exactement, se disputaient l'influence. Entre les fanatiques, dont Popel de Lobkovits, Martinits et Slavata sont les types les plus connus, et les modérés qui se groupaient autour d'Adam de Sternberg, Rodolphe inclinait vers les premiers par conviction et vers les seconds par tempérament. « Plus flegmatique et doux que colère, plus timide qu'ardent, et par dessus tout mélancolique «, il détestait les Protestants, mais redoutait les complications que provoqueraient nécessairement des mesures radicales. Trop négligent pour exercer sur les affaires cette surveillance de tous les instants qui est la condition même du gouvernement, il était la proie naturelle de tous ceux qui guettaient ses accès de paresse. A côté des fanatiques, s'agitaient autour de lui des faiseurs, pour lesquels la restauration catholique était une affaire et qui se souciaient peu de mener le royaume aux abîmes, s'ils y voyaient quelque avantage personnel. Les uns s'attachaient à l'ambassadeur espagnol et lui vendaient le plus cher possible un dévoue-
ment suspect; les autres excitaient au contraire la méfiance de l'F^mpereur contre Philippe. Comme le but leur était en somme assez indifférent, les mesures les plus conformes à leurs prétendus desseins leur étaient suspectes, si elles étaient proposées par leurs rivaux, et les fluctuations les plus imprévues s'expliquaient par ces jalousies de cour. Barvitius, Trautson, Rumpf, Lang, Liechtenstein, Berka, tout ce ramassis d'aventuriers faméliques, cette camarilla de valets de chambre, chambellans, secrétaires particuliers, c'est là qu'il faut chercher les principaux coupables des fautes du souverain et les auteurs de la catastrophe.
D'abord ils arrêtent l'élan de la restauration catholique. Sans leurs querelles intestines, il n'est pas sûr que la Réforme n'eût pas été étouffée sans coup férir, comme cela se produisit par exemple en Styrie. En Moravie, où la liberté de conscience était cependant si ancienne, les hérétiques, assez longtemps, ne font presque pas mine de résister, et le cardinal de Dietrichstein, qui apportait dans la réalisation de ses projets autant de méthode que de hardiesse, eût peutêtre ramené à l'Église cette province si longtemps séparée, s'il n'avait été sans cesse contrecarré par les rancunes et l'inertie de l'entourage impérial. A ce moment, dans cette heure de résignation apathique des Protestants, il est impossible de dire ce qu'eût obtenu une volonté persévérante. Mais les mesures les plus rigoureuses, dès qu'elles n'étaient pas maintenues et appliquées avec suite, exaspéraient les dissidents sans les affaiblir et n'aboutissaient qu'à créer la haine et le mépris de l'autorité souveraine.
Cette incertitude et cette sorte de flottement, cet évanouissement du pouvoir étaient plus sensibles encore et plus fâcheux dans les questions politiques. La monarchie était fort étendue, les communications lentes et difficiles, la position de Prague un peu excentrique, la surveillance ne s'y exerçait pas facilement sur les autres provinces. On avait installé à Vienne une sorte de second gouvernement, sous la présidence d'un archiduc, assisté des délégations des
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conseils supérieurs '. La plupart des affaires échappaient ainsi au roi; il connaissait mal les événements, et on oubliait peu à peu ses droits. Comme il était impossible cependant que l'on n'en référât pas à la cour dans les cas les plus graves, les questions urgentes souffraient de longs retards, et les solutions étaient prises au hasard par des ministres incomplètement renseignés. Souvent, lorsque leurs ordres arrivaient, les circonstances avaient changé. Les représentants de l'autorité centrale n'étant ni surveillés ni contenus, ils abusaient de leurs pouvoirs, les uns dans un but d'avidité personnelle, les autres par excès de zèle. Ils empiétaient sur les privilèges des diètes, étendaient au préjudice des libertés provinciales la compétence de la Chancellerie aulique ou des tribunaux ro3^aux. Par une contradiction fréquente en histoire, le pays ne se sentait pas gouverné et il était opprimé. Le mécontentement était général, plus vif dans certaines régions, la Moravie par exemple, habituée depuis longtemps à une très large autonomie et abandonnée à des ambitieux sans pudeur -.
Henri IV avait à Prague un ambassadeur très actif, fort au courant des affaires de la Bohême, où il séjournait déjà depuis longtemps, et qui, comme presque tous les diplomates français de cette époque, mettait tout son cœur au triomphe de son maître "\ Il voulait ruiner la maison de Habsbourg
1. Fellner, Mittheihingcn des Instituts fiir Œst. GeschichtsfnyscJiiing, 1887, p. 296.
2. Chloumetsky a écrit quelques chapitres excellents sur l'état de la Moravie à ce moment. Je ne saurais ici entrer dans le détail des faits, comme en général, dans ces derniers chapitres, je ne reviendrai pas longuement sur des événements trop connus. Le règne de Rodolphe et le début de la guerre de Trente-Ans ont été souvent racontes, : je voudrais seulement essayer de rectifier sur quelques points les opinions reçues et montrer comment éclata la catastrophe que les événements antérieurs avaient rendue inévitable.
3. C'est avec un vif regret que je suis obligé, pour ne pas m'écarter de mon sujet, de passer si rapidement sur l'action de la France dans les troubles autrichiens. Il y aurait là matière h un grand travail. Ancel mériterait un livre semblable à la belle biographie d'Anquez sur Bongars, et on en trouverait sans peine les éléments, entre autres dans la collection Harlay de la Bibliothèque nationale. Nous sommes à l'aurore de la grande époque de la diplomatie française et les collaborateurs de Henri IV ne sont inférieurs ni en talent ni en patriotisine aux collaborateurs de Richelieu.
LE MARIAGE DE RODOLPHE ^3q
en séparant les différents états réunis par Ferdinand l'"', et il avait des auxiliaires très ardents dans l'Electeur palatin et dans un petit prince de l'Empire, Christian d'Anhalt. Christian, sans scrupules, d'une grande fécondité d'invention, infatigable en intrigues, gouvernait le Haut-Palatinat, ce qui lui permettait d'entretenir des relations suivies avec les ennemis de Rodolphe. Il était fort bien renseigné par ses coreligionnaires, les calvinistes Illeshazy en Hongrie, Tschernembl en Autriche, Zi-érotyn en Moravie, Boudovets et Vouk de Rosenberg en Bohême. Désignés par leurs richesses, leur influence et leur ardeur religieuse à la direction de leur parti, tous ces grands seigneurs n'accueillaient pas volontiers la pensée d'une révolte et surtout ils n'en acceptaient pas avec une égale facilité les conséquences extrêmes : Ziérotyn par exemple, le cœur le plus droit peutêtre et à coup sûr l'esprit le plus remarquable de ce groupe si riche en talents et en vertus, était absolument convaincu de la nécessité de maintenir l'Autriche; tous non plus n'avaient pas les mêmes sentiments pour Rodolphe. Ces divergences apparurent dès le lendemain de la révolution et en diminuèrent le succès ; pour le moment, elles se fondaient dans une commune colère. Les ambitions étrangères, les rancunes féodales, les désirs séparatistes s'unissaient dans une même volonté d'exploiter contre le roi le mécontentement à peu près universel provoqué par son misérable gouvernement et la réaction catholique qu'il encourageait.
Une insurrection parut bientôt si probable que, parmi les parents du souverain, les cupidités s'éveillèrent; ils n'auraient peut-être pas créé le mal, mais, puisqu'il existait, la tentation était grande d'en profiter. — La vie de Rodolphe ne fut qu'une longue négociation matrimoniale. La première de ses fiancées, et celle qui occupa le plus longtemps sa fantaisie, fut la fille de Philippe II, Isabelle ; les pourparlers durèrent plus de vingt ans. La mère de Rodolphe, bonne espagnole et bonne romaine, désirait très vivement cette union; en i582, le roi d'Espagne donna son consentement