‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 191 sur 248 · I. Bezold, p. i · texte numérisé non relu

I. Bezold, p. i

fants: la famille royale, môme en laissant de côté la lii^ne espagnole, était donc fort nombreuse. Le frère cadet de Rodolphe, Ernest, était mort en 1094, et l'héritier légitime du roi, s'il ne se mariait pas, était son second frère, Mathias. Mathias avait eu la chance d'échapper à l'éducation espagnole, et cela lui avait créé une sorte de popularité qu'il ne méritait par aucune qualité transcendante. Tourmenté d'une ambition inquiète, il avait eu un moment la pensée de se faire proclamer roi des Pays-Bas; l'équipée avait été peu brillante et le candidat-monarque avait joué un assez sot personnage ; revenu un peu honteux, il avait été réconcilié sans trop de peine avec son frère par l'impératrice douairière, et Rodolphe, dont la défiance n'excluait pas une très sincère affection pour sa famille, l'avait chargé d'importantes fonctions. Commandant des troupes impériales en Hongrie et gouverneur de l'Autriche, Mathias était en réalité le co-régent de son frère, et il administrait tout l'est de la monachie. Avec un peu de prudence et quelques ménagements, il eiit sans doute conservé les bonnes grâces de Rodolphe et eût été à même d'exercer une action fort utile sur la politique générale; malheureusement, ses précédentes déconvenues ne l'avaient pas guéri du goût des aventures. L'attitude de Mathias était telle qu'elle aurait mécontenté même un souverain dont les susceptibilités eussent été moins promptes à s'éveiller que celles de Rodolphe. Les historiens, ceux en particulier qui sont le plus dévoués à la dynastie des Habsbourgs, sont en général aussi indulgents pour Mathias qu'ils sont implacables pour son aîné. Il y a là tout au moins quelque excès '. Membre de la maison d'Autriche, Mathias devient l'auxiliaire et le jouet des adversaires de cette maison, et ce n'est vraiment pas sa faute si les troubles qu'il provoque ne se terminent pas par le morcellement et la ruine de la monarchie ; catholique ardent, il se met à la tête des hérétiques mécontents, achète leur concours par les

I. M. Gindely, par exemple, me parait beaucoup trop sévère pour Rodolphe ; en réalité, les fautes furent partagées. Cp. les très beaux articles de Tomek, La lutte de Rodolphe et de Mathias, dans le Tchasopis tch. M., i856.

plus larges promesses, et, à peine a-t-il conquis le trône grâce à eux, qu'il cherche à reprendre sa parole et trompe ses complices comme il a trompé son frère; pour usurper le pouvoir, il ramasse les accusations des adversaires de Rodolphe contre son indolence et sa frivolité, et, victorieux, il ne montre ni plus de suite dans les idées ni plus de fermeté dans l'action ; il ne nous apparaît ainsi que comme un brouillon, prêt à tous les coups de tête pour satisfaire ses fringales de pouvoir et incapable de justifier son ambition par l'usage qu'il fait de l'autorité. Il convient de plus de ne pas oublier qu'une partie au moins des négligences et des fautes qui amènent la chute de Rodolphe retombe directement sur Mathias, puisqu'il avait depuis plusieurs années la haute main sur les affaires de la Hongrie, et, d'autre part, les dernières entreprises de Rodolphe, presque folles, trouvent leur explication, sinon leur excuse, dans le désespoir de l'Empereur, froissé dans ses plus chères affections et trahi par les hommes que la reconnaissance, à défaut de tout autre sentiment, aurait dû détourner d'une odieuse défection.

Mathias fut surtout l'instrument d'un intrigant, l'évêque devienne, Khlesl. De petite naissance et fort ambitieux, sans talents supérieurs, mais actif et plein d'entregent, Khlesl avait aperçu de bonne heure qu'un grand rôle reviendrait à l'homme qui se mettrait à la tète de la restauration catholique. Violent, sans avoir même l'excuse d'une foi très vive, il s'était acquis une rapide renommée par ses rigueurs contre les hérétiques autrichiens et avait reçu, en récompense de ses bruyants services, l'évêché de Viener-Neustadt. Il désirait exercer ses talents sur un plus vaste théâtre et il avait un moment brigué la faveur de Rodolphe. Repoussé de ce côté, il s'était attaché à la fortune de Mathias, en attendant l'occasion de se venger de l'Empereur qui avait eu le tort impardonnable de ne pas vouloir de lui pour ministre. Il fut la cheville ouvrière de tous les complots et n'éprouva aucun scrupule à solliciter le concours des conspirateurs hérétiques.

La santé de Rodolphe avait toujours été mauvaise. Dès 1377, la fugue de Mathias l'avait rendu « presque mélancolique », et l'on disait déjà de lui à ce moment « qu'il n'était pas fort ». Un contemporain qui le vit en 157Q lui avait trouvé si mauvaise mine quil en avait été effra3'é. L'année suivante, il fit une grave maladie, et pendant longtemps on le crut perdu. Depuis lors, il donnait de temps à autre des signes non équivoques de fatigue mentale, passait par de brusques accès d'excitation et d'apathie, refusait les audiences; il se purgeait souvent, et, dans ces périodes de malaise, personne ne pénétrait auprès de lui que son médecin et un ou deux confidents privilégiés. Les excès de toutes sortes aggravèrent cette disposition fâcheuse , et plus encore les terreurs égoïstes surexcitées par sa mauvaise santé. Harcelé de tous les côtés par les conseillers plus ou moins désintéressés qui l'invitaient à régler la succession au trône, il en vint à se croire entouré de traîtres, et il paraît en effet probable que ses confidents les plus intimés étaient soudoyés par les candidats éventuels au trône. Ces tortures morales aboutirent, vers i(3oo, à de véritables ^accès de délire. Depuis lors, Rodolphe fut sujet à des attaques assez fréquentes de son mal, et ces alternatives de raison vacillante et de folie à demi-lucide se continuèrent jusqu'à sa mort.

Les princes de la maison d'Autriche, justement effra3'és d"une complication aussi fâcheuse, cherchèrent les moyens de remédier au mal. L'entreprise était fort délicate, exigeait des ménagements infinis : la moindre précipitation, la plus légère imprudence étaient grosses de complications redoutables. Les négociations traînèrent plusieurs années, jusqu'au célèbre traité du 2 5 mars 1606, conclu à Menne entre Mathias, ses frères Maximilien et Maximilien-Ernest, et son neveu, Ferdinand de Styrie. Les archiducs, en présence « de l'indisposition mentale de Rodolphe qui le rend moins capable d'exercer l'autorité », déléguaient leurs pouvoirs à Mathias pour les représenter et agir au mieux des intérêts de leur Maison. Comme le fait très justement remarquer

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