RÉVOLTE DE LA HONGRIE
tre les dissidents redoublèrent en Autriche ; en Moravie, les agents royaux contestèrent les droits de la diète et violèrent, sinon la lettre de la constitution, du moins des traditions séculaires; en Hongrie, où les Protestants, fort nombreux, jouissaient depuis longtemps d'une sécurité complète, les officiers publics commencèrent à les inquiéter, et, lorsque la diète de Presbourg se plaignit (1604), le roi répondit à ses doléances en ajoutant de sa propre autorité aux résolutions votées par les Etats, un article dans lequel il rappelait un mandat très sévère de l'assemblée de 1524 contre les hérétiques. Ces mesures étaient, si non absolument imprudentes, du moins très risquées; pour qu'elles réussissent, il eût fallu une vigilance toujours en éveil, une énergie que ne déconcertât aucun danger, surtout l'union étroite de tous les souverains catholiques et en particulier de tous les princes autrichiens. Aucune de ces conditions n'existait.
De toutes les provinces des Habsbourgs, la plus dure à la main était la Hongrie. Nulle part le régime féodal n'était plus lourd, la noblesse, plus avide de privilèges et plus rebelle à toutes les conditions d'un gouvernement régulier; nulle part la domination des Autrichiens ne soulevait plus de haine. La révolte y était toujours menaçante : l'autorité n'y était respectée que si elle était soutenue par une armée imposante, et précisément les bataillons impériaux, composés de soudards sans aveu et de mercenaires recrutés un peu partout, se plaignaient de ne pas être payés; les finances avaient toujours été le point faible des Habsbourgs et le règne de Rodolphe ne les avait pas améliorées. En 1604, une insurrection éclata; elle avait pour chef Etienne Bocska}', ancien général d'Etienne Bathor3\ Irrité d'un déni de justice des ministres impériaux, Bocskay entraîna d'abord les Haïdouques; — on désignait sous ce nom lesMag3"ars qui, fuyant la tyrannie turque, se retiraient dans les plaines de la Theiss et y formaient une sorte de république militaire, vivant de pillage et gouvernée par des capitaines élus et des pasteurs calvinistes. — Puis, il appela à son aide les Musulmans; les
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généraux autrichiens, abandonnés par une partie de leurs soldats et arrêtés dans leur marche par le manque d'argent, perdirent rapidement du terrain. L'armée de Bocskay s'augmenta de tous les mécontents ; Illeshazy s'unit à lui et, après un moment d'incertitude, une partie des nobles suivit son exemple. Bientôt, les insurgés furent maîtres de toute la Hongrie. Rodolphe demanda l'appui des Autrichiens et des Bohèmes; mais ils étaient plus disposés à faire cause commune avec les rebelles qu'à voter des subsides pour les combattre. Il ne lui restait plus qu'un moyen : négocier. Mathias entra en pourparlers avec les révoltés, et, après de longues discussions, il signa avec les Hongrois le traité de Vienne (i5 mai 1606), bientôt suivi du traité de Sistva avec les Turcs (3i octobre).
Ces deux traités étaient fort onéreux : aux Magyars, on avait promis la complète égalité des diverses confessions, et l'autorité royale sortirait certainement fort amoindrie des négociations entamées avec la diète. Dans la paix de Sistva, on renonçait à tous les avantages qu'annonçaient les premiers succès. Rodolphe, dont la tendresse pour Mathias avait été fort éprouvée par les derniers incidents, le soupçonna d'avoir mal défendu ses intérêts et d'avoir fait de la popularité à ses dépens. Il ne se hâta pas de ratifier la paix : les revirements n'étaient pas rares en Transylvanie; pourquoi la victoire ne reviendrait-elle pas aussi vite qu'elle s'était éloignée?
La fortune veut être prise de force et elle ne prodigue guère ses caresses aux amoureux transis qui l'implorent de loin. Rodolphe appartenait à cette classe de politiciens Imaginatifs qui s'épuisent en admirables et vaines conceptions; sa fantaisie était fort ambitieuse, « mais il ne s'émouvait que par boutades ». Après beaucoup de temps perdu et des hésitations puériles, il ratifia le traité de Vienne, mais refusa de signer l'acte de confirmation de la paix de Sistva. Les bonnes raisons ne manquaient pas : Bocskay venait de mourir, et les mécontents avaient perdu avec lui leur chef le plus dangereux; les événements, dont la Tran-