‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 221 sur 248 · Histoire des Persécutions, ch · texte numérisé non relu

Histoire des Persécutions, ch

RKACTION CATHOLIQUK 5 I I

mes dans les collèges des jésuites, leur conscience violentée. Les serfs étaient forcés d'assister aux cérémonies catholiques et de déclarer qu'ils ne demandaient pas mieux que de revenir à la foi romaine; ceux qui résistaient, étaient chassés ou emprisonnés. Les prêtres exaltaient par tous les mo3'ens le zèle de leurs fidèles, condamnaient les habitudes de tolérance qui avaient peu à peu passé dans les mœurs, refusaient l'absolution à ceux de leurs paroissiens qui assistaient aux baptêmes, aux mariages ou aux enterrements hérétiques, n'autorisaient les unions mixtes que par exception et dans des cas déterminés avec beaucoup de prudence. Un jésuite prêchait à Prague qu'il valait mieux avoir dans sa maison le diable plutôt qu'une femme luthérienne : car on exorcise les démons, mais non les Luthériens.

Ces griefs, relevés sur la longue liste de ceux qu'énumère V Apologie des Etats ', sont en général très réels. A la même époque, les Silésiens, qui n'avaient aucun sentiment de haine particulière pour les Habsbourgs et que leur éloignement protégeait dans une certaine mesure, ne relèvent pas moins de deux cents trente-trois points sur lesquels on a violé contre eux la Lettre de Majesté. La réponse des Catholiques à V Apologie ressemble fort à un aveu. Ils détournent le débat, reprochent aux Réformés quelques actes de violence, — presque tous d'ailleurs postérieurs à l'insurrection, — refusent la discussion, s'enferment dans des affirmations générales: — les plaintes des rebelles ne sont que des prétextes; nulle part la liberté n"était malheureusement aussi grande qu'en Bohême sous le règne de Mathias, et chacun croyait ce qu'il lui plaisait; sa Majesté n'a-t-elle pas permis que dans Prague, sa capitale, sous ses 3'eux, on construisît deux magnifiques églises où les Protestants célébraient leurs cérémonies impies? Les Picards n'en ont-ils pas inauguré une autre? Plusieurs autres églises n'ont-elles pas été ouvertes dans diverses villes royales? Que l'on parcoure la liste des signataires de ï Apologie; il y a là des assesseurs du Tribunal

I. VApologic, cdit. Schubert; v. cii particulier p. 42, 43, etc.

5l2 RÉACTION CATHOLIQUE

suprême, des officiers de la maison ro3'ale, des conseillers des communes. Singuliers proscrits que ces fonctionnaires! — La réponse est spécieuse. Slavata, qui écrit ses Mémoires pour réfuter les accusations lancées contre lui par Thurn et les exilés, revient à plusieurs reprises sur les privilèges dont jouissaient les dissidents : « En somme, dit-il, les Etats du ro^^aume et des provinces annexes n'avaient aucune raison de réclamer une plusgrande liberté au point de vue politique et religieux que celle dont ils jouissaient sous l'heureux gouvernement de l'illustre maison d'Autriche ' «. Ailleurs, il se défend contre les calomnies dont il a été l'objet ainsi que Martinits,et prétend qu'il ne nourrissait aucune arrière-pensée contre la constitution. — ^En réalité, c'est jouer sur les mots. Lorsqu'il s'était agi d'accepter la Lettre de Majesté, Slavata et ses amis l'avaient combattue pour deux raisons principales, parce que leur conscience n'admettait pas que la décision des questions religieuses appartînt aux assemblées politiques, « et parce qu'elle confirmait et approuvait l'existence d'une autre religion que la religion catholique - ». Leur conviction s'était-elle modifiée depuis lors? Qui donc oserait le soutenir. Lorsque Eerdinand avait confirmé la charte de lijoc), Slavata et les hommes qui se qualifiaient eux-mêmes de CalhoUqiies ardents, avaient eu le plus grand soin de déclarer que, pour eux, ils ne s'en souciaient nullement. « Il convient de savoir, dit Slavata en parlaiit de lui-même et de Martinits, que ces deux comtes étaient convaincus que les seigneurs ont le devoir, devant Dieu et devant leur conscience, d'amener et de tenir leurs sujets à tout ce qui est favorable au salut de leur âme ou utile à leur corps; ils rendront compte à Dieu de leur gouvernement. Pour éviter une lourde responsabilité devant l'Éternel, ils doivent donc contribuer et travailler, autant qu'il est en eux, à tout ce qui est utile au progrès et à l'expansion de la foi catholique, dans la ferme conviction qu'ils obtien-

Page 1