‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 235 sur 248 · DIVISIONS INTESTINES · texte numérisé non relu

DIVISIONS INTESTINES

prévo\'aicnt pas la portée. Beaucoup n'avaient suivi les meneurs que par crainte ou dans un entraînement irrétléchi. Les meilleurs se cro\'aient en règle avec leur conscience parce qu'ils s'exposaient loyalement à tous les risques du conflit; la plupart poussaient l'indilTérence jusqu'à ne pas assister aux plus importantes réunions de la diète.

Les choses suivaient paisiblement leur cours ordinaire, les vieilles querelles reprenaient. Divisions politiques, haines religieuses. Le traita de 1609 n'avait pas réconcilié les Luthériens et les Frères, les premiers, toujours intolérants, les seconds, susceptibles et pointilleux. Les Luthériens reprochaient aigrement aux Frères d'avoir occupé l'église de Bethléem : ils regardaient comme une provocation et une profanation l'usurpation par les Calvinistes du sanctuaire d'où était sortie la Réforme hussite. A chaque instant éclataient des incidents pénibles; les polémiques incessantes entretenaient une agitation malsaine. « De prétendus sages, écrit Skala, turbulents et sots, se servaient de leurs écrits comme de leviers pour attaquer et détruire l'Unité évangélique. Leur but? — Uniquement ne pas être forcés de vivre dans le bon ordre et la discipline. Leur désir? — Exercer un pouvoir absolu suivant les vues de leur orgueil et de leur ambition. » Quelques chrétiens, plus fervents et mieux avisés, intervenaient, cherchaient à apaiser les querelles, mais ne triomphaient pas facilement des passions et des préjugés de la foule. L"idée de tolérance avait encore à peine eftieuré les esprits, les querelles les plus futiles s'envenimaient. Les haines étaient si invétérées qu'elles survécurent même à la proscription et à toutes les souflVances de l'exil, troublèrent de leurs échos discordants les douleurs de l'émigration. « Notre union n'est pas dans les choses, mais dans les mots, disait Skala; elle n'atteindra pas sans peine Tàge de puberté; là où les confessions sont diverses, les cœurs ne sont pas liés dans un seul faisceau. » L'élection de Frédéric V exaspéra la mauvaise humeur des Luthériens. L'Électeur palatin était calviniste, et il ne fut pas toujours très prudent. 11 livra à ses prêtres la cathédrale

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de Prague, qui fut dépouillée de ses imaî^es et de ses ornements sacrés : cela scandalisa toute la population de la ville ; beaucoup, comme Hoë de Hœneck, sentirent leur cœur se briser en songeant que « tant de nobles pays allaient s'engloutir dans la gueule du Calvinisme ». La pensée de plus d'un se reporta vers Ferdinand : l'allié de Georges de Saxe, l'Empereur, ne serait sans doute pas impitoyable pour les Luthériens, et ils se consolaient des menues vexations qu'ils auraient à supporter par l'espoir d'être enfin délivrés de ces maudits Picards, qui niaient la présence réelle et qui, si longtemps proscrits, étaient devenus les maîtres du pays.

Les nobles détestaient dans les Frères leurs principes politiques et leur vague odeur de démocratie, non moins que leurs dogmes. C'est qu'ils entendaient bien profiter seuls delà Révolution : ils n'avaient pas pris les armes pour affranchir la nation bohème, mais pour alïermir et étendre leurs prérogatives. C'était un crève-cœur pour eux déjà que d'être obligés d'admettre à leurs débats les représentants de la bourgeoisie, et ils ne s'y résignaient qu'à condition qu'elle n'abusât pas de la situation pour réclamer quelque faveur. Leurs intentions étaient si bien connues et ils avaient si maladroitement favorisé les empiétements des officiers royaux dans les villes, qu'au début ils rencontrèrent de ce côté une extrême froideur : les bourgeois qui assistent aux premières réunions protestantes, sont visiblement préoccupés des dangers qu'ils courent, s'efforcent de ne pas assumer de trop lourdes responsabilités, s'effrayent devant les résolutions radicales. Même après la défenestration, les bourgeois ne se joignirent à l'insurrection que fort lentement, après avoir reçu du comte Schlick la promesse formelle qu'on les rétablirait dans les privilèges dont ils jouissaient sous Venceslas etSigismond et dont les avait dépouillés Ferdinand L'. Il ne lui fut pas facile de tenir sa parole : à un moment, devant la malveillance de la majorité, les communes déclarèrent qu'elles ne payeraient pas les subsides demandés, se retireraient de l'insurrection. Cette menace produisit son

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