DESARROI MORAL D
effet; mais, dès la session suivante, les nobles revinrent sur leurs engagements et, dans la charte que reçurent les villes, passèrent sous silence quelques-uns des principaux privilèges qu'ils leur avaient reconnus. Dans ces conditions, comment compter sur le dévouement des bourgeois et leur empressement à se soumettre aux lourdes charges de la guerre?
Ils n'avaient, d'ailleurs, guère moins que la noblesse subi la désastreuse influence du régime social. Peu de foi, beaucoup de lassitude, les rivalités traditionnelles, la cupidité, la mollesse, la lâcheté, l'étroitesse d'esprit, la Curie des villes ressemble fort par là à celle des Seigneurs. Au moment des grands périls, ceux-ci s'enfoncent gravement dans des questions d'étiquette ; celles-là ne se mettent pas môme d'accord contre les nobles ; les représentants de Koutna- Hora revendiquent leur droit de préséance contre Plzen, la lutte déjà séculaire passionne toutes les cités, la Curie est scindée en deux camps, tout autre souci est oublié. — Au-dessous des bourgeois, la foule anonyme, toujours prête à l'émeute, parce qu'elle est protégée par l'obscurité ; mais combien des émeutiers courront-ils aux armes quand l'ennemi approchera? — Après tout, ils ont moins à perdre que les patriciens, la ville n'est plus leur chose ; pourquoi les pauvres se feraient-ils tuer quand les patrons reculent?
Pour secouer la torpeur générale, il eût fallu, — et peutêtre cela eût-il suffi., — une grande parole et un grand exemple. — Où étaient le Zizka et le prêtre Jean qui animeraient leurs soldats d'un saint enthousiasme? Ce qui vient d'en haut, aujourd'hui, ce sont des exemples de démoralisation et d'égoïsme. Ils sont contagieux. Les milices municipales ne sont plus que des gardes de parade; comme les seigneurs, les cités regimbent contre l'impôt, le payent le plus tard possible, sans autre désir que de rejeter sur autrui le poids de la guerre. Ce qui se passe à Kollin est caractéristique. Presque tout entière protestante, elle ne se rallie à l'insurrection qu'à contre-cœur : les finances sont en mauvais état, les dettes très lourdes, les bourgeois, ruinés par