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DDO DESARROI MORAL
n'obtenait justice '. » Un cri d'angoisse s'élève de tous les coins du pa3s, toujours plus poignant, et en même temps une clameur de malédiction contre les nobles, « Quand les seigneurs se disputent et se battent, tendez le cou, pauvres sujets ». — Certes le moment était mal choisi pour les récriminations, et les villes auraient dû se rappeler, comme les Silésiens, que, « quand la maison du voisin brCile, c'est de sa propre maison qu'il s'agit. » Mais les véritables coupables de cet état d'esprit, où les chercher sinon parmi les nobles qui avaient avili et corrompu les Communes et qui, au moment même où ils exigeaient d'elles de lourds sacrifices, ne savaient ni les protéger ni les gouverner ni les convaincre !
Jusqu'à Prague qui était gagnée par la contagion. La noble et fière cité qui avait si souvent protégé de ses murailles comme d'un bouclier sacré la liberté religieuse et lindépendance nationale, qu'était-elle devenue? Les épisodes navrants s'y succèdent. Jadis le péril exaltait les courages, et l'émeute héroïque }' tournait ses fureurs contre l'ennemi. — Maintenant les terreurs paniques, les lâchetés en quête d'un abri, les convulsions d'une foule énervée et affolée qui accueille les bruits les plus invraisemblables, et, dominant tous les esprits, une seule idée précise, misérable : donner le moins possible de ses biens et de son sang. — L'armée protestante recule en désordre devant les forces supérieures des Bavarois; elle manque de vivres. Du pain! Du pain! Frédéric en réclame de tous les côtés; la disette est si grande au camp que le roi même n'a rien pour manger. Il implore les Praguois. Ceux-ci s'excusent : leurs provisions s'épuisent; depuis quelque temps le prix des vivres augmente; ils pourraient bientôt souffrir de la disette. — D'avance, leur parti est pris, la défaite ne les surprendra pas; à'quoi bon lutter? — « C'est un secret et juste jugement de Dieu qui leur a suscité tant et de si puissants ennemis! » — Leur terreur s'accroît de l'arrivée de milliers de paysans,
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qui se sauvent devant l'invasion, emportant leurs pauvres richesses, encombrant de leurs bestiaux les places et les rues ; plus tard, de la désertion qui éclaircit les rangs des seigneurs. Beaucoup organisent déjà leur fuite, envoient en avant leurs femmes, leurs enfants, leurs trésors. La cité est pleine de rumeurs, on vit dans l'épouvante de prétendus complots préparés par les Catholiques ; à la nouvelle, fausse d'ailleurs, que le juge ro3'al de la Nouvelle- Ville a été vu au château, l'épouvante est universelle. On se défend avec un luxe minutieux de précautions contre des périls imaginaires : deux fois par semaine, des visites domiciliaires; on voit dans chaque étranger un espion, dans chaque catholique, un traître, et on ne songe pas à organiser les milices ou à se préparer à un siège. Les portes de la ville sont gardées par quelques pauvres diables qui, de temps en temps, déposent leur arme contre le mur pour aller se réchauffera Taubergc. A la première sommation, Prague capitulera.
Des seigneurs légers, bornés, ambitieux, une bourgeoisie sans conviction et sans courage, voilà tout ce qui restait de la Bohème, puisque le servage avait supprimé le peuple. En ïGoq cependant, grâce à l'influence des Frères bohèmes et de Boudovcts, les Etats avaient paru s'apercevoir que ces serfs avaient une âme et que leur conscience avait droit au respect : à défaut de l'égalité sur la terre, on leur reconnaissait l'égalité devant Dieu '. — Mais que signifiait une formule, que la grande majorité de la diète aurait d'ailleurs repoussée sans doute si elle en eût nettement aperçu toutes les conséquences lointaines? De fait, la loi était si contraire aux traditions qu'elle ne fut jamais sérieusement appliquée; comme par le passé, le paysan dut suivre la religion de son maître. Il s'}' résigna sans effort, parce que, le plus souvent, le seigneur et le serf adoraient le même Dieu ; mais comment se serait-il passionné pour une cause qui était si peu la sienne? On a conservé une sorte de complainte présentée
I. La Lettre de Majesté proclame la liberté de conscience des paysans, et l'intention des seigneurs était de leur reconnaître le droit de se construire des églises.