FONDATION DE I.'UNTTK AUTRICHIENNE
absolument autonome, au moins en principe : non-seulement les diètes conservent avec le vote de l'impôt une influence décisive sur toutes les questions de politique générale, mais les tribunaux sont souverains, leurs arrêts, sans appel, et aucun habitant ne peut être cité devant une cour étrangère; dans l'intérieur du pajs, les grands fonctionnaires seuls exercent régulièrement l'autorité, et, dans toutes les affaires graves, le dernier mot appartient aux États. L'indépendance de la Bohême est si bien établie qu'elle survit même en partie à la guerre de Trente Ans; elle ne disparaîtra réellement que dans la seconde moitié du xv!!!*^ siècle.
Il importe donc de se tenir en garde contre des exagérations auxquelles des préoccupations contemporaines ne sont pas toujours étrangères ; mais, ces réserves faites, il n'en est pas moins certain que, dès le règne de Ferdinand I"'', se dessine la révolution qui aboutira sous Joseph II et réduira alors la Bohême à n'être plus qu'une province de la monarchie autrichienne. La force des choses travaillait ici avec les souverains : l'union permanente avec les États voisins impliquait pour chacun des membres de l'association une sorte d'abdication, elle entraînait presque fatalement la création d'institutions centrales qui, par leur existence seule, alors même qu'elles étaient purement consultatives et que leur autorité n'était pas officiellement acceptée, réagissaient sur les constitutions particulières et menaçaient l'autonomie des divers royaumes.
Dans une certaine mesure, les tendances centralisatrices, dont le roi et ses agents devinrent les instruments, étaient favorables à la Bohême : elles neutralisaient en effet l'esprit de morcellement et de division qui avait si fâcheusement relâché les liens qui rattachaient à la Couronne les provinces annexes. Le roi, qui n'éprouvait pas une tendresse bien vive pour les Tchèques, les soutint cependant en général contre les Silésiens et les Moraves : la compétence de la Chancellerie bohème fut étendue à tout le ro3'aume ; la surveillance de la Chambre aulique tchèque s'exerça sur les
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finances de la Lusace, de la Silcsie et de la Moravie; dans certains cas, les procès des provinciaux furent évoqués devant les tribunaux de Prague ; Ferdinand créa en 1 548 une haute Cour d'appel, pour juger en dernier ressort les affaires qui relevaient en première instance des tribunaux municipaux, et il s'efforça d'établir entre les diverses provinces une certaine unité juridique.
Ces mesures, fort mal accueillies dans les provinces, particulièrement dans les pays allemands, la Silésie et la Lusace, donnèrent une âpreté nouvelle aux rancunes passées : elles contribuèrent indirectement par là à fortifier le pouvoir royal, en rendant plus difficiles les insurrections générales, en même temps qu'elles servaient de préface à des modifications plus profondes. — La soumission plus étroite des Silésiens et des Moraves aux Bohèmes n'était aux yeux des Habsbourgs qu'une étape; le but dernier était la fusion de leurs divers royaumes en une seule monarchie et l'établissement d'un régime unitaire.
Ferdinand reprenait ici l'œuvre entrevue et essayée par Maximilien. Les variations et l'agitation un peu brouillonne de Maximilien ne doivent pas, en effet, nous empêcher de saluer en lui le véritable créateur de l'organisation politique autrichienne. — Sous Frédéric III, les institutions féodales étaient encore toutes puissantes; non seulement l'autorité du prince était très faible et le pouvoir presque tout entier concentré dans la main des États, mais les diverses provinces jouissaient d'une indépendance à peu près complète, et la personne du souverain était le seul lien qui existât entre elles. Sous son successeur, un sérieux effort fut tenté pour modifier cet ordre de choses.
La France, arrivée à l'unité beaucoup plus vite que les royaumes voisins, a été l'éducatrice du reste de l'Europe; l'administration royale, telle qu'elle a été créée par les Capétiens, a fait le tour du monde avant le drapeau tricolore, et il serait intéressant de montrer de siècle en siècle le régime féodal perdant peu à peu du terrain devant les théories modernes qui avaient trouvé en France leur première
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et leur pluscomplètc application, jusqu'au moment où, sous l'influence de la Révolution, se termine le changement commencé par les successeurs de Hugues Capet. Lorsque les Valois s'étaient établis dans les provinces flamandes, ils y avaient importé le système d'administration française, et ce fut dans ses domaines de Flandre que Maximilien, héritier des ducs de Bourgogne, apprit à connaître les institutions qu'il entreprit d'acclimater en Autriche, Le Conseil du roi et les diverses sections, politique, financière et judiciaire, qui s'en étaient détachées, avaient été l'instruraent des rois de France dans leur lutte contre la féodalité : les Habsbourgs eurent aussi leur Conseil royal qui servit des desseins analogues, représenta en face des traditions nobiliaires séparatistes l'idée de l'État moderne, et prépara l'unité du gouvernement et du pays.
Maximilien n'avait guère que tracé un peu vaguement le programme; Ferdinand l'exécuta dans ses lignes essentielles. Le Conseil auliqiie fut à la fois une haute-cour de justice et un grand conseil de gouvernement. Le roi songea d'abord à étendre sa compétence aux royaumes de Bohême et de Hongrie : mais l'usurpation eût été trop flagrante, et l'opposition qu'aurait provoquée une entreprise aussi radicale, eût facilement dégénéré en insurrection. L'action du Conseil, pour être indirecte, n'en fut pas moins profonde : « Nous ne voulons pas, dit Ferdinand dans son instruction de lôSy, qu'il y ait aucune différence entre les membres du Conseil à cause du pays dont ils sont, ce ne sont pas les représentants du pays, mais nos conseillers et nos serviteurs » '. Rien n'était plus opposé aux idées des nobles d'alors, et rien aussi ne pouvait contribuer davantage à fondre dans un même ensemble les diverses parties de la monarchie, que cette concentration de l'autorité dans une assemblée qui, nommée par le roi et ne dépendant que de lui, s'élevait au-dessus de tous les intérêts et de tous les souvenirs
J. Cité par Roseuthal, p. 68.