I. Cité par Jiretchek, Rukoviet
1. Sur Cahéra et les débuts de la Réforme en Bohème, v. Rézek, Mémoires sur les troubles de Prague en 1524 (en tchèque) dans les Abhandlungen der K. bœhm. Ges. der M^iss., vi» Folge, 2, p. 8 et sq.
INCERTITUDES DE l'oPINION j5
tisme comme formant, dès les premières années, une Église absolument indépendante et nettement séparée de l'Église catholique. En réalité, il fallut de très longues années pour que la foule de ceux qui acclamaient Luther se rendît compte de l'importance de la révolution qui s'accomplissait et s'avouât qu'elle était sortie de l'ancienne communion des croyants. Si l'on étudie ce qui se passe alors dans la plupart des provinces qui deviennent ensuite protestantes, on s'aperçoit que, dans l'opinion générale, la Réforme n'est pas un schisme, mais une transformation de l'ancienne organisation religieuse : les chefs officiels ont manqué à leurs devoirs, ils n'ont pas voulu ou n'ont pas su écarter les abus contre lesquels s'indigne depuis si longtemps la conscience chrétienne; d'autres s'en chargeront. Le clergé a été corrompu par ses richesses et a oublié la parole du Sauveur: la direction reviendra aux laïques. Mais personne n'admet que, pour obtenir ces changements secondaires et en quelque, sorte individuels, une révolution soit nécessaire ; pendant de longues années, on poursuit une réconciliation, on croit à un compromis. Les progrès du Protestantisme furent même déterminés en partie par ces espérances optimistes : beaucoup eussent reculé devant une révolte, ne voulaient qu'adresser à la papauté une sorte de mise en demeure. Les questions de dogme ne jouèrent certainement pas dans cette première période un rôle prépondérant : une doctrine n'a toute sa force et sa précision que lorsqu'après s'être transmise d'âge en âge, elle a été consacrée par le temps, et est devenue un préjugé. Au xyi*^ siècle, les croyances variaient de ville à ville, une multitude de nuances et d'interprétations établissaient une chaîne ininterrompue entre les orthodoxies de Rome et de Wittenberg; de là, la conviction que même sur le terrain scientifique une entente n'était pas impossible.
Nous avons un curieux exemple de cette longue persistance des idées modérées et conciliantes, qui seules expliquent bien des particularités de l'histoire du Protestantisme primitif, dans ce qui se passe au sein d'une des provinces