TRAITÉ DE PRESBOURG I
de postérité masculine, la couronne revenait aux filles, mais cette disposition était depuis tombée en désuétude, et les Jagellons, qui n'étaient arrivés au trône que par la violation de cette loi, n'étaient pas autorisés à en réclamer le bénéfice. L'on n'était pas même d'accord sur le sens qu'il convenait de lui attribuer. C'est ainsi que les Etats tchèques, appliquant au droit politique les coutumes juridiques civiles, prétendaient que les filles mariées et dotées renonçaient par cela même à toute revendication ultérieure, et Vladislas avait accepté cette interprétation : lorsqu'il avait obtenu de la diète la promesse de reconnaître sa fille comme héritière du ro}'aume dans le cas où son frère mourrait sans enfant, il s'était engagé en retour à ne pas la marier sans l'avis et le consentement des Etats. Le mariage d'Anne avec Ferdinand ne pouvait ainsi avoir d'autre effet juridique que de lui faire perdre tous ses droits à la Couronne, s'il n'avait pas été approuvé par la diète.
La diète tchèque avait-elle connu et accepté les traités de Presbourg et de Vienne ? La question a été l'objet de très longues discussions, et la lumière n'est pas encore absolument faite, en ce sens que nous n'avons aucune preuve formelle et directe du consentement des États; jNL Rézek a du moins établi qu'ils n'avaient pas ignoré les négociations de Presbourg et de Vienne, que leurs représentants n'en avaient pas été écartés, et qu'aucune protestation ne s'était élevée contre l'union de l'héritière du royaume et du petit-fils de Maximilien. Dans ces conditions, il ne semble guère plus possible de mettre en doute les droits d'Anne à la succession de Vladislas, et les prérogatives de la diète n'allaient qu'à « accepter » l'époux de la reine. Tout au plus est-il permis de dire que le parti oligarchique avait voulu se ménager un moj'en de procédure, en ne pas approuvant solennellement le mariage.
A la mort de Maximilien (i5i9), l'attention des Habsbourgs fut absorbée quelque temps par les affaires d'Allemagne, d'Italie et de France. Les craintes qu'avait longtemps inspirées la santé de Louis, s'étaient peu à peu
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dissipées; les deux frères, Charles et Ferdinand, avaient quelque peine à se mettre d'accord sur le partage de leur héritage, et Ferdinand, qui avait été le favori de son grandpère maternel, Ferdinand d'Aragon, et qui avait été un moment soupçonné d'avoir des prétentions sur l'Espagne ou même sur la couronnne impériale, ne pouvait pas s'intéresser beaucoup aux ambitions autrichiennes, tant qu'il ignorait si l'Autriche même lui reviendrait. Les troubles qui éclatèrent dans la Basse-Autriche prouvèrent bientôt à Charles-Quint qu'il risquait de compromettre la fortune de sa Maison, s'il s'obstinait à conserver sous son autorité immédiate tous les domaines qu'avaient réunis ses ancêtres; il avait trop d'affaires sur les bras aussi pour suivre d'assez près les questions orientales: par le traité de Worms (i 52 1), confirmé et complété par le traité de Bruxelles (i522), il laissa à Ferdinand la Haute et Basse-Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole, l'Istrie, le Tyrol, le Vorarlberg et les domaines de Souabe et d'Alsace, — en somme, toutes les possessions allemandes de Maximilien. Les Habsbourgs d'Espagne et les Habsbourgs d'Autriche, bien que longtemps étroitement unis, n'en formèrent pas moins dès lors deux branches distinctes, et, tandis que les premiers défendaient les intérêts de leur puissance dans l'Ouest et le Sud, les seconds tournèrent plus spécialement leur attention vers l'Europe centrale et orientale.
Pendant les années suivantes, Ferdinand continua cependant a s'occuper moins de la Bohême et de la Hongrie que de l'Allemagne qu'il gouvernait au nom de son frère, et de ritalie que François L^'" disputait à Charles-Quint. Il avait réussi sans trop de difficultés à rétablir son autorité dans ses provinces immédiates et cruellement réprimé les tentatives d'usurpation des États, mais ses succès ne satisfaisaient pas son imagination aventureuse. Plus tard, l'expérience modéra son ardeur et lui inspira un sens plus juste des réalités politiques, mais il était bien le petitfils de Maximilien et le frère de Charles-Quint; sa fantaisie se plaisait aux vastes plans et aux desseins chimériques. Il
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essaya de décider son frère a lui abandonner la couronne impériale; surtout il suivait avec passion les événements d'Italie et sollicitait l'investiture du Milanais '. Même l'invasion de Soliman en Hongrie et la prise de Petrovaradin, ne le décidèrent pas tout de suite à renoncer à ses projets : il partit non pour Vienne, mais pour Innsbruck, et lorsque, dans les premiers jours de septembre, il reçut la nouvelle du désastre de Mohacz et les lettres désespérées de sa sœur Marie qui demandait des secours, ce ne fut pas sur la frontière de Hongrie qu'il dirigea Freundsberg à la tête de forces importantes, mais sur la Lombardie -. Cependant, lorsque de nouvelles lettres lui eurent appris la mort de Louis, il songea aussitôt à faire valoir ses droits sur sa succession et partit pour Linz, où il était plus à portée de suivre les événements. La plus grande partie de la Hongrie était déjà entre les mains des Turcs; le moindre retard pouvait lui coiiter ce qui restait encore du ro3'aume des Jagellons.
Ferdinand avait envoyé à Prague un agent retors et très au courant des affaires bohèmes, Jean Mrakech de Noskov. Il ne lui avait donné que des instructions générales, se réservant de modifier son plan de campagne suivant la tournure que prendraient les événements; il était assez mal informé de l'état de la question, comptait appu ver ses droits sur le traité de iSbq et n'avait dans tous les cas aucun doute sur la valeur de ses titres. Il ne comptait pas solliciter une élection, mais faire reconnaitre son autorité. Ses chargés d'affaires s'aperçurent bientôt que son acceptation par les États n'irait pas sans de sérieuses difficultés et que, pour ne pas tout compromettre, ils seraient obligés sans doute à bien des concessions.
Bien que les règnes de Vladislas et de Louis fussent de nature a décourager les plus lobustes ambitions et que la tâche de gouverner un peuple qui depuis longtemps avait