LES FRÈRES ET LA RKFORME C
conséquences pouvaient être incalculables. Les villes seraient plus volontiers allées de l'avant : elles se jugeaient invincibles; dans ces insurrections anonymes d'ailleurs, la responsabilité se divise et n'effra3'e plus personne : mais elles étaient contenues par les conseillers nommés par le roi et qui s'appuyaient sur d'importantes minorités catholiques ou utraquistes. En somme une révolte restait improbable, tant que les événements extérieurs ne tenteraient pas trop vivement les progressistes.
Alors même que les nouvelles du dehors encouragèrent les Protestants, les plus empressés à engager le combat ne furent pas les Luthériens, mais l'autre fraction des hétérodoxes tchèques, les Frères de l'Unité. — Elle prend réellement alors la direction du combat contre la réaction et joue un rôle très supérieur à celui que semblerait devoir lui attribuer le nombre relativement faible de ses fidèles.
L'Unité, — et cela s'explique par ses origines son développement et le but qu'elle se proposait, — n'a pas eu de doctrine théologique complète et systématique. Grande cause de faiblesse ! Dans ces questions capitales, la précision et la profondeur sont les conditions nécessaires de toute propagande ; les fidèles ne confient pas volontiers leur salut aux prêtres qui ne leur paraissent pas sûrs de la vérité. Cause aussi de mobilité et de variations : sur certains points, souvent très graves, la croyance des Frères hésite, change quelquefois complètement d'une génération à l'autre; il arrive que la nomination d'un nouvel évêque indique presque l'acceptation d'un autre Credo. De là une singulière facilité à subir les influences étrangères ; sous l'action d'Augusta, vers le milieu du siècle, peu s'en fallut qu'ils ne se confondissent complètement avec les Luthériens, et si Blahoslas réussit à sauver en fait l'indépendance de son Église, au point de vue du dogme elle continue à être à la remorque des autres sectes protestantes.
On se tromperait cependant à supposer que, dès le com-