L UNITE SE RECONSTITUE I
sottise; — mais,pourqiielaviolenceproduisesespleinseffets, certaines conditions sont nécessaires; lorsque Louis XIV révoquait l'édit de Nantes, son autorité était incontestée et il s'appuyait sur une organisation ecclésiastique très serrée, un clergé instruit et convaincu, une population fanatique; en Bohême, en dehors de la volonté du roi, la réaction catholique à ce moment ne s'appuyait sur rien. Si bien peu de personnes se souciaient de mourir pour leur foi, rares aussi étaient celles qui voulaient tuer pour elle ; les prêtres, très dépendants des patrons, peu instruits, aux convictions assez obscures, se lassèrent vite d'une surveillance qui leur créait mille embarras. On n'exigea plus que les Frères assistassent aux cérémonies catholiques ou utraquistes, l'on ferma les yeux sur leurs réunions secrètes. Un peu plus tard, çà et là, quelques églises se rouvrirent; les prédicateurs fugitifs revenaient; les timides se rassuraient, demandaient à être réconciliés, faisaient pénitence de leur apostasie.
L'Unité avait le bonheur de posséder à ce moment une cohorte de pasteurs admirables, tels qu'ils suffiraient pour illustrer une secte, Tchervenka, Jean Tcherny, Georges Israël, pour ne citer que les plus connus, et parmi eux, tout jeune encore, mais destiné à les dépasser tous, une des âmes les plus nobles, un des esprits les plus éclairés qu'ait produits la Bohême au xvf siècle, Jean Blahoslas. Personne n'a pris autant de part à la réorganisation de l'Église ébranlée; comme Kheltchitsk}', Loukach et Augusta, il devait à son tour la transformer à son image et la marquer de son empreinte ; il fut le dernier des grands évêques de l'Unité libre. Si l'on compare au clergé utraquiste ces hommes, leur vie, leurs œuvres, leurs talents, leurs vertus, on ne s'étonne plus que les Frères aient refusé de renoncer à leur organisation particulière et de se perdre dans le marais de l'Eglise officielle. Aucun de ces prêtres n'avait la supériorité de génie ou l'éloquence fougueuse d'Augusta; Blahoslas lui-même, qui lui est si supérieur par tant de côtés, qui surtout est bien plus profondément imbu de l'esprit de l'Unité et pénétré de ses traditions, est loin au point de vue purement humain de lui être comparable. Mais ils
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avaient, avec moins d'audace et d'éclat, plus de prudence, de sagesse et de mesure ; Dieu les avait comblés en particulier des dons les plus nécessaires dans cette période de réparation : le courage que rien ne lasse, la foi que rien ne trouble, la patience que rien n'irrite, la connaissance des hommes, l'invincible douceur. Si les blessures se fermèrent aussi vite, l'honneur leur en revient tout entier.
Les synodes, sous leur direction, avaient recommencé à se réunir; les ruines étaient grandes, l'œuvre de restauration — délicate, et, pour surcroît, ce n'était pas seulement Ferdinand qu'ils rencontraient devant eux, mais leur propre chef, Augusta. En 1 553, après de longues et vaines supplications, désespérant de le fléchir, ils passèrent outre et le Synode, sans son consentement, nomma évêques Jean Tcherny et Tchervenka; l'année suivante, une nouvelle chapelle fut ouverte à Mlada-Boleslas.
Ferdinand essaya bien de s'opposer à cette résurrection si rapide. De nouveaux édits rappelèrent les anciens, la persécution recommença. Feu de paille qui brille plus qu'il ne brûle!
En réalité, le roi n'avait plus la même confiance ; il sentait désormais que, si l'Église romaine devait jamais ressaisir la direction en Bohême, il y faudrait de lents efforts et des luttes prolongées; la vieillesse commençait à paralyser son activité ; usé par tant de travaux, mécontent des dispositions de son fils, inquiet des projets de Charles-Quint qui voulait ménager à Philippe la couronne impériale, il se rapprochait des Protestants allemands, et sa foi prudente remettait volontiers à d'autres le devoir d'engager contre l'hérésie une guerre sans merci : symptôme caractéristique, dans le décret qui renouvelait les vieilles ordonnances contre les Frères, il ne visa ni Mlada-Boleslas ni le seigneur de Krajek, le confident et l'appui de leurs évêques, le plus ferme défenseur de l'Unité \
I. Au mois de mars i554, le seigneur Ernest de Krajelc reçoit un mandat très sévère du roi contre les Picards : leurs églises seront confisquées et tous ceux qui toléreront leurs assemblées, sévèrement punis. Le lendemain même de l'arrivée de l'édit a lieu l'inauguration solennelle de la nouvelle