L UNITE SE RECONSTITUE
Lorsqu'un synode se réunit à Slezan, en Moravie (lôôy), pour célébrer le jubilé de l'Unité, l'avenir s'annonçait favorable. En dépit des orages, Dieu avait béni la semence jetée par Kheltchitsky. Si, en Bohême, les lois rigoureuses étaient toujours en vigueur et si Augusta était encore retenu en captivité, TÉglise morave était prospère et les nouvelles de la Pologne et de la Prusse orientale remplissaient les cœurs de reconnaissance et d'orgueil. Un grand nombre de nobles bohèmes, moraves ou polonais, assistaient à la réunion, plus de cent prêtres, — parmi eux les pasteurs les plus vénérés, Tcherny, Tchervenka, Blahoslas. D'importantes résolutions furent prises : c'est à ce moment que se termine réellement le travail de reconstitution qu'avait rendu nécessaire la tourmente de 1 548 ; les synodes suivants développèrent les principes qui avaient été posés à Slezan.
Deux nouveaux évêques furent élus, Israël et Blahoslas. Israël, l'apôtre de la Pologne, eut sous sa direction spéciale les communautés de Pologne et de Prusse \ Par la force des choses, leséglises de Moravie furent aussi peu à peu confiées aux soins particuliers d'un des évêques, et, sans que la question ait jamais été tranchée par un texte formel, l'Unité se divisa en trois provinces, polonaise, morave et bohème ; la discipline fut ainsi mieux assurée, la surveillance plus rapide, en même temps que l'autorité universellement reconnue des synodes et du Conseil suprême empêcha toute scission et maintint la complète conformité de croyances et de rites. — Les dangers auxquels l'ardeur un peu inconsidérée d'Augusta avait exposé l'Unité, sa rébellion, peut être aussi l'influence des Calvinistes, décidèrent les Frères à modifier leur constitution ; elle revêt réellement alors un caractère démocratique, qui était d'ailleurs dans la logique
église de Mlada-Boleslas. En même temps, Krajek et de nombreux seigneurs écrivent à l'archiduc Ferdinand pour protester contre l'accusation d'hérésie, sans nier du reste leur attachement à l'Unité. A la fin de i554, arrive un nouvel édit qui maintient les rigueurs précédentes pour toute la Bohème, mais non pour les domaines de Krajek. Gindely, I, p. Syi et sq.
I. Synode de Slezan, Décrets des Frères, p. 184; confirmé par l'assemblée de Boleslas, i558, p. i85.
i5o l'unité se reconstitue
de SCS principes. La direction de l'Église appartient à la réunion des évoques et non à un d'entre eux ', et ils ne peuvent prendre aucune résolution grave qu'après avoir consulté le Conseil; élu par le synode, le Conseil représente l'ensemble des fidèles et il devient non seulement l'autorité suprême, mais le pouvoir exécutif, le centre de la vie et de l'action -.
Les Frères montraient toujours un très grand zèle pour maintenir la discipline qui avait fait leur gloire et leur force, mais ils s'affranchissaient de ce qu'il y avait eu jusqu'alors d'un peu étroit dans leur vertu; ils avaient charge d'àmes, leurs progrès leur imposaient des devoirs nouveaux et ils les acceptaient, non sans quelque inquiétude, mais sans faiblesse. Pendant longtemps, ils s'étaient défiés des docteurs, avaient condamné ou dédaigné les hautes études; l'influence des Calvinistes avait peu à peu modifié leurs idées sur ce point. Ils envoyaient leurs jeunes gens aux Universités étrangères, se pénétraient des méthodes humanistes ; tous ne regardaient déjà plus comme une impiété de s'occuper des choses de l'esprit pour elles-mêmes et en dehors de l'application au dogme '\ Leurs prêtres avaient toujours été des polémistes très féconds; ils vont devenir des écrivains distingués, Danscexvi^ siècle que l'on nomme le siècle d'or de la littérature tchèque — et à certains égards ce titre est justifié, — rien ne saurait être comparé, pour la pureté et l'élégance du style, l'abondance du développement, l'ampleur de la période, aux ouvrages de Blahoslas. L'attachement des Frères à leurs traditions éveille chez eux le goiit de l'histoire et ils fondent d'admirables archives qui leur assurent à tout jamais la reconnaissance de la pos-
1. « I! y a quatre cvèques, et non un seul, une sorte de pape ». (Synode de Slezan, Décrets, p. i83).
2. V. les résolutions de Przerov, i562 : Décrets, p. 208. C'est une véritable ordonnance administrative qui règle les devoirs et les droits du Conseil, des évèques et du Juge. Les évèques sont absolument dans la dépendance du Conseil ; en général, l'élément laïque tend à tous les degrés à prendre une part de plus en plus grande dans la direction de l'Église.